‹ DaumierChapitre 8 sur 52 · VII. — RUE TRAN5NONAIN (1834) (H. et D · texte numérisé non relu

VII. — RUE TRAN5NONAIN (1834) (H. et D

Au cours des émeutes d'avril, les soldats, après avoir pris une barricade, envahirent une maison d'où un coup de feu avait pu être tiré et massacrèrent les habitants.

On lit, dans une brochure publiée sous le coup des événements, par Ledru-Rollin :

(( Dans une seule maison de la rue Transnonain, douze cadavres furent affreusement mutilés ; quatre personnes ont été dangereusement blessées : femmes, enfants, vieillards , n'ont pas trouvé grâce. »

Déposition de la dame Daubigny : — « Un peloton de voltigeurs est survenu par la rue Transnonain, sapeurs en avant; ils cherchaient, mais vainement, à briser la porte de notre maison, dont la solidité est extrême.

« C'est la ligne, s'est-on écrié dans la maison, ah 1 voilà nos libérateurs , nous sommes s au vés I »

« M. Cuitard, mon mari et moi, nous descendons en toute hâte pour ouvrir. Plus leste que ces deux messieurs, je me Jette sur la loge de la portière, je tire le cordon, la porte s'ouvre. Les soldats se précipitent dans l'allée, font un demi-tour à droite, et mettent en joue mon mari et M. Cuitard, au moment où ceux-ci arrivaient à la dernière marche de l'escalier. Ils tombent sous une grêle de

halles Rapides comme la foudre (déclaration de

M^e Poirier-Bonneville), des soldats, un officier en tête, franchissent le second étage. Une première porte pleine à deux battants a cédé à leurs efforts; une double porte vitrée résiste encore. Un vieillard se présente qui l'ouvre ; c'est M. Breffortpère. « Nous sommes, dit-il à l'officier, des gens tranquilles sans armes, ne nous assassinez pas. » Ces paroles expirent sur ses lèvres, il est percé de trois coups de baïonnette, il pousse des cris, a Gredin, dit l'officier, si tu ne te tais pas, je te fais achever. » Annette Besson s'élance d'une pièce voisine pour voler à son secours. Un soldat fait volte-face vers elle, lui plonge sa baïonnette audessous de la mâchoire et, dans cette position, lui lâche un coup de fusil dont l'explosion lance des

fragments de sa tête jusqu'aux parois du mur

Au quatrième, les soldats qui venaient de tuer M. Lepère et M. Robignet disaient à leurs femmes : « Mes pauvres petites femmes, vous êtes bien à plaindre de perdre ainsi vos maris. Mais nous sommes commandés , nous sommes forcés d'obéir aux ordres, nous sommes aussi malheureux que vous. »

Voilà les faits et les récits qui ont provoqué l'indignation de Daumier. Nous nous garderons d'affaiblir par un commentaire personnel son estampe sublime. Rappelons seulement qu'elle ne fut pas improvisée, mais qu'elle put être mûrie à loisir, puisqu'elle ne fut publiée qu'en octobre 1834, plus de cinq mois après le drame accompli.

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