RÉCAMIER
Ce jeudi 3 juillet 1828.
Collection Henry Jouin. — Ce billet a évidemment trait au médaillon non daté de M""> Récamier, l'un des plus achevés que le statuaire ait modelés. L'autographe de M™» Récamier, échappé des mains de David, ressaisi par nous dans une vente, est devenu notre propriété à une époque trop tardive pour qu'il nous ait été possible d'indiquer avec précision dans notre livre Mi/sées d'Angers la date d'exécution de ce portrait. David se prêtait volontiers aux exigences de ses modèles qui ne daignaient pas venir jusqua lui. Il allait à eux. (David d'Angers, etc., t. I, pp. 200, 202,243, 246, 247.)
Alfred de Vigny à, David.
Le médaillon de l'auteur de Cinq-Mars et le profil de Victor Hugo.
Bellefontaine, 8 août 1828.
Comment a'Ous remercier assez de ces deux belles médailles que je viens de recevoir ici? Que je suis touché profondément de cette marque d'estime que vous m'avez donnée! C'est lorsque vous avez eu la pensée et le désir de conserver mes traits que j'ai commencé de croire à moi-môme un peu. Je vaux, bien plus à mes yeux depuis ce temps-là. La postérité en voyant votre ouvrage pourra croire que les miens ont eu quelque prix dans notre tems.
Pour moi, cette médaille sera toujours un précieux témoignage de votre amitié dont elle éternisera la date; j'en vois bien le commencement, mais j'espère n'en jamais voir la fin. Croyez bien, rare et beau génie, que l'attachement que je vous donne en échange durera aussi longtemps que moi-même.
Votre ami,
Alfred de Vigny.
P. S. — En vous écrivant, j'ai mes chères médailles devant moi, et mes yeux ne cessent de passer de la gloire à la gloire et
de l'amitié à l'amitié en allant de l'image de mon cher Victor à votre nom. J'irai bientôt vous embrasser tous les deux.
Collection David d'Angers. — La médaille de Vigny et celle de Victor Hugo datent de 1828. (Musées d'Angers, p. 128.) Le statuaii'e, on le voit, ne se bornait pas à ofîrir à ses modèles un bi'onze original, il y joignait encore des profils d'amis. Alfred de Vigny avait offert à David un exemplaire du Cinq-Mars avec une dédicace en vers d'une rare énergie. (Voir David d'Angers, etc., t. I, p. 243.)
David à Yictor Pavie.
OfTre du buste de Louis Pavie. — Paul Foucher. — Mazure. — Quatremère de Quincy. — L'ode A David, statuaire, par Victor Hugo. — Burns, le poète laboureur. — Hippolyte Maindron.
Paris, 13 août 1828.
Cher ami,
Depuis six jours, l'objet que je t'envoie est chargé au roulage. Ainsi, va vite recommander qu'on le retienne jusqu'à l'époque voulue. Fais promptement confectionner un piédestal un peu large; puis tâche qu'il soit bien éclairé (l'objet qui sera sur le piédestal, cela s'entend).
Notre brave ami Foucher est bien contrarié de ne pouvoir pas visiter notre pays, celte année; j'en suis fâché pour toi, parce que c'eût été un bon et beau sujet de délassement. Si vous étiez réunis, il parviendrait à te donner plus de confiance en toi; nous verrions plus souvent des productions de ta plume.
Tu me parles d'un projet que tu as, mais de la manière dont tu m'as expliqué cela, je suis dan,sJe plus beau vague possible.
Je voudrais bien voir notre ami Mazure, mais, en vérité, je n'ai pas une minute à moi; autrefois il venait à l'ateher, cela me faisait un bien grand plaisir, nous parlions de toi, de nos amis d'Angers; il ne vient plus. Je l'avais présenté à Quatremère. Cet homme pouvait, par la suite, lui procurer une place qui l'eût rendu indépendant. Hugo aurait pu aussi lui fournir plus d'une occasion de se faire connaître. On ne le voit pas ; j'en suis fâché, car je l'aime de tout mon cœur.
Enfin Hugo m'a lu l'ode faite pour moi; il y a une idée à chaque mot, et cette idée est grande comme Phidias. Si tu pouvais te la procurer par Foucher, tu verrais que c'est quelque chose de colossal.
Adieu, cher ami, courage, patience, voilà les vœux de ton ami,
David.
Je lis actuellement des poésies de Burns. C'était un laboureur, il n'est pas sorti d'auprès de sa charrue, et ses ouvrages sont connus dans toute l'Europe. Maine-et-Loire est un pays bien poétique; songes- y.
Je vais envoyer une lettre au maire d'Angers en faveur de Maindron; il faut que ton père l'appuie.
Collection Pavie. — David avait exécuté le buste de Louis Pavie, exposé au Salon de 1827. Le marbre devait être offert le 25 août 1828, date de la fête de Pavie père. Il s'agissait donc de retenir au roulage l'œuvre de David afin d'en ménager la surprise à Louis Pavie au moment oppoi'tun. (David d'Angers, etc., t. I, p. 168.) Paul Foucher, beau-frère de Victor Hugo, n'avait, en 1828, encore rien publié des ouvrages qui lui ont valu la célébrité. Quatremère do Quincv, l'archéologue érudit, avait été nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts en 1816, et son influence à l'Institut était considérable. L'ode de Victor Hugo « A David, statuaire », insérée dans les Feuilles d'automne, est digne de l'éloge qu'en fait ici le sculpteur. Robert Burns, le poète écossais qui, dans ses premiers ouvrages, a retrouvé le charme des Géorgiques, n'est guère lu de nos jours. Sa réputation n'était pas éteinte en 1828. Une édition récente de ses poésies avait paru à Londres. Hippolyte Maindron, sculpteur angevin, élève de David, sera plus d'une fois nommé dans la suite de cette correspondance.
David à Pavie père.
Le buste de Louis Pavie. — Les « à peu près » de l'artiste comparés à la nature. — M"»" Delpiiine Gay, Tastu, PasLa, le maréchal Jourdun, Mérimée, Boulanger, de Vigny, Hugo, le capitaine Parry. — Chez Georges Cuvier. — Maindron.
Paris, 5 septembre 1828.
Cher ami,
Je veux vous remercier des choses aimables qu'il vous plaît de penser de mon ouvrage, mais je veux aussi vous gronder de
votre extrême modestie. Votre physionomie dit bien davantage que mon marbre. Eh! mon Dieu, nous autres sculpteurs, nous ne faisons que de bien faibles « à peu près » de la nature. Je vous avoue que j'ai toujours été humilié quand j'ai comparé mes ouvrages avec la nature. Enfin, j'ai eu des instants de bonheur en travaillant à votre buste, parce que je pensais à notre sincère amitié, à toutes les preuves que j'en ai reçues de vous, à votre bonne mère que je respecte de toute mon àme, à nos jeunes amis que j'aime de tout mon cœur, et à notre pays que j'idolâtre. Dites à Victor que je suis trop paresseux pour lui écrire cette fois ; que nous parlons souvent de lui, que j'y pense toujours, que je lui fais des médailles à encombrer sa chambre : DelphineGay, M™^Tastu, M'"^Pasta,le maréchal Jourdan, Mérimée, Boulanger, de Vigny, Hugo et le capitaine Parry, avec lequel j'ai dîné hier soir chez Guvier.
Adieu, cher ami, tout à vous de cœur,
David.
P. S. — Protégez ce pauvre Maindron pour hii faire avoir une pension de cinq cents francs. J'ai écrit au maire à cet égard. Je viens de faire avoir à notre jeune ami une somme de deux cents francs de la duchesse de Berri. Maindron est un homme qui mérite que l'on s'intéresse à lui.
Collection Pavle. — Cette lettre est une réponse aux remerciements que Louis Pavie avait adressés à David sur son buste. Les médaillons mentionnés ici par le statuaire ont été exécutés en 1828. Delphine Gay, déjà célèbre, on le sait, par son poème sur lesSœz«'s de Sainte-Camille, que l'Académie française avait couronné en 1822; M^i^Tastu, l'auteur des Oiseaux du Sacre; M™« Pasta, la cantatrice applaudie que ses différends avec Rossini obligeaient à quitter la France; Jourdan, le héros de Fleurus, maréchal d'empire ; Prosper Mérimée, l'habile inventeur du théâtre de Clara Gazul; le peintre Louis Boulanger sont connus. Sir WiUiam-Edward Parry nous est moins familier. Navigateur audacieux, Parry s'était voué à l'exploration périlleuse de l'océan Arctique. David le rencontre à la table du naturaliste Georges Cuvier. 11 médite de modeler son médaillon, mais ce ne sera toutefois qu'un projet.
ET SES RELATIONS LITTl^RAIRES 33
Delphine Gay à, David.
Le médaillon de Delphine Gay. '
Villiers, ce 15 septembre 1828.
Je reçois avec bien de l'orgueil, Monsieur, ce bronze^ flatteur qui se charge de m'envoyer tout droit à la postérité ; je voudrais que mes vers eussent la môme puissance, j'essayerais de vous répondre, mais votre beau talent n'a besoin que de lui pour éterniser sa gloire.
J'espère qu'à notre retour à Paris vous viendrez chercher vousmême nos affectueux remerciemens.
Collection David d'Angers.
Delphine Gay.
Victor Hugo à David.
Le ferrement des galériens. — Le médaillon du poète.
Ce 17 octobre 1828.
J'ai, cher ami, une lettre de M. de Belleyme qui nous donne entrée à Bicêtre pour le 22, jour de ferrement de la chaîue. Si vous avez un moment, venez me voir sous peu : que nous convenions de la marche que nous suivrons.
Votre ami,
Victor Hugo.
Je rouvre ma lettre pour vous remercier mille fois, autant de fois que c'est admirable.
Collection David d'Angers. — On a vu par la lettre du 19 novembre 1827 que l'artiste et le poète avaient assisté déjà au ferrement des galériens à Bicêtre. Le post-scriptum a tritit à la réception du premier médaillon modelé par David, d'après Victor Hugo. Cette médaille porte le millésime de 1828. {Musées d'Angers, p. 128.)
Dumont de Genève à David.
Le buste de Jùromie Bentham. — Lord Lansdowne. — Pradier. — La statue de Jean-Jacques Rousseau.
Aux Philosophes, près de Genève, 17 octobre 1828.
Monsieur,
J'ai différé de vous répondre jusqu'au moment où je pourrois vous annoncer l'arrivée de la caisse contenant le buste de M. Bentham. Je l'ai reçue parfaitement bien conditionnée. J'ai été frappé de la ressemblance, du caractère, de l'énergie de cette tête si difficile à bien rendre, en conservant la force de l'expression avec tous les signes d'un âge avancé. C'est un ouvrage d'une grande beauté. Tous les amis de Bentham doivent être bien contents de voir cet hommage rendu à son génie par un artiste étranger. Leur reconnoissance est un prix que votre désintéressement ne peut pas refuser. La mienne vous est toute acquise. Ce buste est le plus grand ornement de mon salon; il me rappellera toujours l'honneur que vous m'avez fait, et il est placé comme il doit l'être, tout près de la collection des œuvres de Bentham.
Lord Lansdowne est en voyage, mais il retourne à Londres à la fin de l'année, et je ne manquerai pas de lui rappeler que vous avez destiné le marbre à orner son musée, jusqu'à ce qu'on ait pu lui trouver une place convenable et permanente dans quelque établissement public. Je puis vous assurer qu'il est très satisfait d'en être le dépositaire.
Nous avons fait une souscription chez nous pour une statue de Rousseau, en bronze. M. Pradier, comme Genevois autant que comme artiste distingué, a été prié de se charger de ce monument. S'il arrivoit, par quelque circonstance, qu'il ne lui convînt pas de le faire, je proposerois à notre comité de s'adresser à vous, Monsieur, poui" cette entreprise; l'admirateur de Bentham ne peut pas manquer d'être celui de Jean-Jacques; la même devise s'appliqueroit à leurs ouvrages, et quoique leur genre de composition soit aussi différent que possible, il y a pourtant même but, et même bien des ressemblances de caractère que je pourrois tracer.
Veuillez, Monsieur, agréer mes remerciements les plus sincères et l'assurance de la haute considération avec la(iuelle je suis votre très dévoué serviteur,
Et. DUMONT.
Collection David d'Angers. — Pierre-Étienne-Louis Dumont, publiciste genevois, avait consacré son talent à populariser les doctrines utilitaires de son ami le moraliste anglais Jérémie Bentham. David, ayant sculpté le buste de Bentham, fit hommage d'un exemplaire en bronze à Dumont. Bentham est un haut esprit et c'est aussi un caractère. L'empereur de Russie, frappé du mérite de ses écrits sur la législation, lui offrit une bague de valeur qu'il accompagna d'une lettre flatteuse. Bentham exprima courtoisement à l'empereur le désir de ne conserver cjue la lettre, l'estimant plus précieuse que le joyau, qu'il renvoya. Henri Petty Fitz-Maurice, troisième marquis de Lansdowne, est trop connu comme homme d'Etat pour qu'il soit utile de parler longuement de lui. Nous supposions, d'après des notes communiquées par la famille du statuaire, que le buste en marbre de Bentham avait été oQ'ertau modèle, mort seulement en 1832. Dumont semble contredire celte opinion. David aurait offert son marbre à lord Lansdowne pour qu'il fût placé, provisoirement au moins, dans la galerie de cet homme d'État. îîentham aurait-il décliné l'honneur de posséder son buste, comme il avait refusé le présent du czar? James Pradier, né à Genève, accepta d'exécuter la statue de Jean-Jacques, son compatriote, qui fut érigée en 1855 à la pointe du lac Léman.
Victor Hugo à David.
Le médaillon du poète. — Emile Deschamps.
Paris, octobre 18'28 (?)
Mille fois merci, cher ami, de mon admirable cadeau. Maintenant, il me faut une grâce. Étnile Deschamps vient dîner avec nous samedi, et je lui ai promis que le grand statuaire serait des nôtres.
Vous ne me ferez pas mentir, j'espère, et nous vous aurons à six heures, n'est-ce pas? Vous voyez que je suis insatiable.
El vueslro amigo,
Victor Hugo.
Collection Daoid d'Angers. — Nous supposons que la première plu'ase de cette lettre a trait au médaillon du poute. Emile Descliamps, né en 17'J1, publia L'n 1828 son recueil de poésies Études françaises et étrangères. Deschamps laisait parlii' du « cénacle ».
Victor Hugo à David.
Contre-temps. — Le buste de Lamai'tine.
Ce 1" novembre 1828.
Je suis bien contrarié, cher ami ; une affaire pressante a forcé Lamartine de partir inopinément avant-hier. 11 est vrai qu'il reviendra au mois de janvier passer trois mois à Paris et qu'il compte bien que vous serez toujours dans les mêmes dispositions à son égard; mais c'est une chose dure pour moi que d'attendre deux mois un de vos chefs-d'œuvre.
Sans adieu. J'espère bien toujours vous servir de satellite ce soir, si je ne suis pas trop enroué. A quelle heure vous attendrai-je, à propos?
A vous du fond du cœur,
Victor Hugo.
Collection David d'Angers. — Une lettre du poète des Méditations au comte de Virieu, écrite de Paris le 28 octobre 1828, annonce sou départ pour le 30 ; il passe les mois de novembre et de décembre à Saint-Point. {Correspondance de Lamartine, i. III, pp. 119-130.) Il s'agit évidemment dans 03 billet d'une séance réclamée par David pour entreprendre le buste de- Lamartine.
Victor Hugo à David.
Madame Adèle Hugo. — Une séance ajournée.
Paris. Ce samedi matin.... (1828?)
Voyez, cher ami, si ce n'est pas une fatalité ! Ma femme, qui se porte bien toute l'année, s'avise d'être incommodée aujourd'hui, et incommodée de la seule incommodité peut-être qui puisse altérer un profil. Elle a horriblement mal aux dents et, en outre, les lèvres enflées et cuisantes. Vous n'auriez donc aujourd'hui qu'un modèle souffrant et défiguré. Or, je me souciais
fort peu de vous prévenir de ce contre-temps, tenant beaucoup à la joie de vous voir aujourd'hui, et prévoyant que cette lettre nous en priverait peut-être, mais ma femme me rappelle combien votre temps est précieux, et mon égoïsme cède. Venez pourtant, n'est-ce pas? si vous pouvez, et n'oubliez pas que personne ne vous admire plus que moi, parce que personne ne vous aime davantage.
Victor Hugo.
P. S. — Ma femme compte bien qu'il ne sera plus question de son bobo lundi.
Collection David d'Angers. — Le médaillon de M"» Hugo, exécuté peu après l'envoi de cette lettre, porte la date de 1828. {Musées d'Angers, p. 344.)
Ballanche à David.
Une lecture du Moïse de Chateaubriand.
Paris. Mercredi matin.,
Monsieur,
Il doit y avoir, dimanche prochain, à 8 heures du soir, une lecture de Moïse, chez Madame Récamier, à l'Abbaye-au-Bois. M. de Chateaubriand doit y assister parce qu'il a désiré l'entendre pour mieux juger de l'ensemble de la pièce.
Je suis chargé de vous engager à vous trouver à cette lecture, qui ne peut manquer de vous intéresser.
Gomme le nombre des personnes engagées à y assister est fort restreint, vous êtes prié, Monsieur, de ne point en parler d'ici là.
Je m'estime heureux d'avoir à remplir auprès de vous, Monsieur, une commission dont l'objet ne peut que vous être agréable.
Veuillez bien recevoir, Monsieur, les nouvelles assurances de tous mes sentiments.
Ballanche.
Collection David d'Angers. — Ballanche, le penseur prophétique qui allait signer la Vinion cVUébal, a omis de dater ce billet, écrit au nom de M^'Récamier. Mais Chateaubriand, dans la préface de sa tragédie, nous apprend que cette pièce fut lue au Comité du Théâtre-Français en 1828 et reçue à l'unanimité. Nous sommes donc autorisé à penser que les lectures faites chez M^^ Récamier datent de la même année. La situation politique de Chateaubriand lui fit retirer sa pièce, qui ne fut pas jouée.
John Franklin à, David.
Un portrait flatté. — Projet de David de retourner en Angleterre.
23, rue du Devonshire Portland place, 12 mars 1829 .
Mon cher Monsieur,
Permettez-moi de vous envoyer mes plus chauds remerciements pour votre aimable présent du médaillon qui a fait un plaisir universel à mes amis. Ils en apprécient la ressemblance visible et la belle exécution.
Ma femme continue à insister sur ce que le nez est trop long et sur ce que vous m'y avez fait trop beau. Mais, dans son cœur, elle est réellement plus heureuse que personne de l'attention que vous avez eue de me flatter.
Elle me prie de vous dire, comme je le fais moi-même, combien nous serons vraiment heureux de vous offrir, au printemps^ la bienvenue en Angleterre; nous espérons qu'il sera en notre pouvoir de contribuer d'une manière quelconque à rendre votre séjour ici satisfaisant et agréable.
Je suis, cher Monsieur, votre serviteur reconnaissant et
fidèle,
John Franklin.
Collection David d'Angers. — Cette lettre est écrite en anglais. John Franklin, émule de Parry, est justement célèbre par ses explorations répétées dans les régions polaii^es. Son caractère enjoué lui permit d'endurer les plus dures privations sans se laisser abattre. La lettre que nous donnons ici renferme une preuve de cet enjouement. La médaille de Franklin porte la date de 1829. {Musées d'Angers, p. 344.)
David à Pavie père.
Suites d'un accident. —Destitution de Delusse.
Paris, 13 mars 1829,
Cher bon ami,
J'aurais voulu répondre plus tôt à ta lettre, mais j'ai éprouvé une si grande contrariété et tant de souffrances, depuis huit semaines, que j'avais peu le courage d'écrire, surtout comme je suis obligé de le faire avec ma main gauche (qui est bien gauche). J'ai eu un os de brisé dans la main droite, 11 a fallu me mettre encore à la disposition de Dubois. Tu juges quel doit être mon tourment, comme cela dérange mes travaux ! Cet accident m'est arrivé dans le mois de janvier; c'est un bien triste anniversaire. Enfin, sous peu, j'espère reprendre mes travaux.
Je suis bien profondément affligé de la nouvelle concernant notre ami Delusse. Pauvre vieillard! Par ce coup on l'assassine. Cela me paraît une infamie. N'était-il pas possible d'attendre encore quelque temps afin de laisser finir doucement à ce vieillard le peu d'années qu'il lui reste à vivre! Quelle rage subite pour les arts vient de prendre à nos compatriotes ?
Il y a à peu près six ans que j'avais eu le bonheurde détourner un semblable coup qui se tramait contre notre pauvre ami. J'ai vu ce matin Victor ; tu comprends facilement son exaspération ; son âme si noble ne peut jamais croire à de semblables passedroits. Victor se porte bien et travaille beaucoup.
Adieu, cher ami, crois aux sentiments de ton dévoué ami de cœur et d'âme.
Tout à toi ,
David. .
Collection Pavie. — David ayant fait une chute en janvier 1828, à peu près à la date anniversaire de la tentative d'assassinat qui avait failli lui coûter la vie en 1827, force lui fut de recourir aux soins (lu célèbre chirurgien, le baron Dubois. Delusse, le premier maître du statuaire, qui aclievait dans la gène une vie de travail et de désintéressemeut, fut privé eu 1829 de ses fonctions de conservateur du Musée d'Angers.
David au maire' de Rouen.
Offre du modèle de la statue de Bonchamps au Musée de Rouen.
Paris, 20 avril 1829.
Monsieur le Maire,
J'ai reçu avec bien de la reconnaissance la lettre par laquelle vous m'annoncez que le modèle de la statue de Bonchamps est arrivé à Rouen.
Je vous remercie beaucoup des choses flatteuses que vous daignez me dire à l'égard de cette statue ; votre suffrage augmente singulièrement le plaisir que j'éprouve d'avoir un de mes ouvrages dans votre ville.
Agréez, Monsieur le Maire, l'assurance du profond respect de votre très humble et très obéissant serviteur,
DAvm.
Archives municipales de Rouen. — David regretta plus tard de ne pouvoir doter le Musée d'Angers du modèle de la statue du héros vendéen. Il •exprima ce regret aux Angevins et rappela les démarches qu'il avait faites auprès de la ville de Rouen dans le but de rentrer en possession de cet ■ouvrage. {David d'Angers, etc., t. I, p. 500.) Celui qui écrit ces lignes reprit en 1872, mais sans succès, les négociations entamées par le statuaire. (Voir Proposition au sujet du modèle de la statue de Bonchamps, Angers, in-S", 6 pages.) A la vente des autographes de la collection Fillon, en 1879, a passé une lettre du maître au peintre Bellangé, directeur du Musée de Rouen, relative à la cession au Musée David du modèle de la statue de Bonchamps. Cette lettre porte la date du 1^'' août 1846.
David à Pavie père.
Projet de voyage à Weimar. — Gœthe. — Victor Pavie. — « L'Américain. »
Paris, 27 juillet 1829.
Cher bon ami,
Tu connais mon culte pour les grands hommes ; il en est un dont je veux étudier et contempler les traits, c'est Gœthe. Dans
peu de jours j'espère être auprès de lui. Veux-tu me permettre d'emmener avec moi mon jeune ami ? Je t'avoue que c'est la chose que je désire le plus au monde. Cependant, cher ami, je préfère ton bonheur au mien. Si ce voyage te contrarie, nous n'en parlerons plus. Gela me fera mal, mais que ne ferais-je pas pour toi dont l'amitié est si persévérante ? Ecoute, ton fils va passer son examen dans peu de jours ; aussitôt nous partirions, car il veut être à Angers à une certaine époque qui est bien chère à son cœur. Tout cela peut très bien s'arranger, parce que je ne puis être longtemps absent de Paris. Voilà mon projet: 3 jours pour le voyage, 4 jours au plus pour mon travail, et 3 jours pour revenir à Paris. Gomme il faut dire toute sa pensée à son unique ami, peut-être que 3 jours de plus pourraient me transporter dans une campagne auprès d'Angers, où là, ignoré de mes compatriotes, je pourrais serrer mon ami dans mes bras. Gela est le délire de mon imagination ; tu es toujours dans ce qu'elle conçoit.
Gher ami, je le répète, que ton amitié pour moi ne te fasse pas faire un sacrifice trop grand.
Je n'ai pas répondu à ta lettre; je suis bien coupable, elle était si bonne! Elle m'a vivement attendri. Cependant, j'ai parlé à notre jeune ami de nos sentiments à tous les deux, et que dire à «ne àme si noble qui va au-devant de tout ce qui est juste? Sois tranquille, tu auras des fils dignes de toi ; si je tenais 1' « Américain » je l'embrasserais de tout mon cœur. Nous avons eu une conversation qui ne s'effacera jamais de ma mémoire; ce sera un homme !
Adieu, cher ami. Réponds-moi de suite.
Ton fidèle,
David.
Colleclion Pavie. — David, en se proposant de précipiter son voyage à Weimar, avait pour but de permettre à Victor Pavie d'être en Anjou le 25 août, date de la fête do Pavie père. La maison de campagne où David parle d'aller s'enfermer incognito est la propriété des Pavie, les Rangeardiéres, à une lieue d'Angers. Le personnage que le statuaire désigne familièrement sous le surnom de « l'Américain » n'est autre que l'orientaliste Théodore Pavie, frère de Victor.
David à Pavie père.
Retour de Weimar.
Paris, 18 septembre 1829.
Cher bon ami,
Notre jeune ami va te revoir ; je ne veux pas qu'il me quitte sans te remettre un mot de moi. J'aurais bien voulu l'accompagner, mais notre voyage a été trop long pour que je me permette encore une absence. Je le regrette beaucoup, car cette excursion aurait mis le comble à ma joie. Notre départ s'est trouvé retardé contre mon attente. Victor te contera tout, et tu reconnaîtras qu'il était impossible de faire autrement que nous n'avons fait, car il nous fallait profiter d'un voyage aussi intéressant que celui d'Allemagne. Je crois que le séjour de Victor à Weimar laissera dans l'àme de notre ami des traces profondes. Je serais surpris que le spectacle dont il a joui n'eût pas une grande influence sur ses études littéraires. Quant à moi, les semaines passées resserrent, s'il est possible, les liens d'amitié qui m'ont toujours attaché à ce cher enfant.
En arrivant, ce matin, j'ai trouvé une lettre de Théodore^ une lettre écrite avec son cœur. J'avoue que je suis bien sensible à son obligeant souvenir.
Adieu, bon et sincère ami. Tout à toi de cœur,
David.
Collection Pavie.
David à Victor Pavie.
Les démolisseurs. — Une lecture A'ilernani chez Victor Hugo. — Othello, Hamlet d'Alfred de Vigny. — Le buste de Gœthe.
Paris, 1" octobre 1829.
Cher ami, J'ai reçu ta lettre avec bien du plaisir. Je voulais y répondre
longuement, mais j'aurais tant à te dire qu'il faut que j'attende ton retour à Paris.
Pauvre Angers, comme on l'abîme ! Dans vingt ans on ne reconnaîtra plus notre chère patrie, mais alors on n'y mettra plus les pieds et on ira habiter la campagne qui peut-être conservera sa physionomie; je dis peut-être, car les hommes gâtent tout ce quils touchent.
Hugo nous a lu un nouveau drame, qui vient d'être reçu aux Français. Il est toujours le grand homme, mais celte pièce me paraît moins faite pour la scène que Marion. 11 y a dans la dernière beaucoup de philosophie allemande, mais à la scène il faut de l'action.
Une chose qui m'est bien pénible, c'est que de Vigny et Hugo sont brouillés. Hugo a obtenu de l'aire jouer sa pièce avant VOthello de de Vigny.
De Vigny vient de nous lire son Hamlet. Admirable!
Adieu, santé et joie. Amitié de ton tout dévoué,
DAvm.
P. S. — Il me serait bien difficile de te dire ce que pense Hugo du buste de Gœthe, ce buste n'étant pas encore arrivé. H est probablement perdu. C'est ma faute, ma très grande faute.
Collection Pavie. — Les doléances du statuaire sur les démolitions que l'on fait subir aux quartiers pittoresques de sa ville natale sont fondées. On retrouve la trace de semblables rep;rets sous la plume de tous les Angevins épris de l'antique cité, à peu prés renouvelée depuis soixante ans. Hernani, lu par son auteur devant David, est de la part de l'artiste l'objet d'une critique fort juste. On sait que le drame de Marion Delornie, interdit par la censure sous le gouvernement de Charles X, avait été composé avant Hernani. Alfred de Vigny et Victor Hugo sont en lutte auprès du Comité du Théâtre-Français. Nous sommes loin de l'entente cordiale attestée par de Vigny dans sa lettre du 8 août 1828, publiée plus haut (p. 31). Othello, un instant supplanté par Hernani, iul en fin de compte joué avant le drame de Victor Hugo. Le buste de Gœthe, modelé par le statuaire à Weiniar, puis moulé, n'arriva en France que tardivement et après des péripéties de plus d'une sorte. (Voir David d'Angers, etc., t. I, p. 240.) A l'époque où nous sommes, David désospéiait de pouvoir traduire eu mai'bre l'image de Gœthe, faute du plâtre égaré, sinon détruit.
David à Victor Pavie.
Le buste de Gœt'he. — Représentation d'Othello. — Lamartine candidat à
l'Académie.
Paris, 21 octobre 1829.
Cher bon ami,
J'ai lu avec bien du plaisir le dernier journal d'Angers. Ton article sur Gœthe est admirablement bien écrit. Tu as fait un portrait de main de maître. Je crains bien que mon buste soit peu digne de tout ce que ton amitié pour moi t'a fait dire dans cet article. Je ne sais plus, au fait, ce que j'ai fait. Je ne peux pas me représenter en imagination cet ouvrage. Enfin, pour comble d'ennuis, je n'entends plus parler de rien à cet égard; la caisse est peut-être perdue ?
Ce que l'on m'avait dit pour VOthello n'aura pas lieu; on le donne samedi prochain; cependant, nos amis sont toujours dans un très grand refroidissement.
On parle beaucoup de la nomination de Lamartine; je désire ardemment son succès, pour lui, qui en a bien envie, et pour le corps que cela honorerait.
Si tu peux disposer de quelques exemplaires du journal dans lequel tu parles de Gœthe, fais-moi le plaisir de me les envoyer.
Adieu, cher ami, embrasse ton père pour moi, présente mon respect à madame Pavie, et crois à l'éternelle amitié de ton tout dévoué,
Collection Pavie. — L'article auquel fait allusion David avait paru dans les Affiches d'Angers. L'élection de Lamartine eut lieu le S novembre. L'iiistoire épisodique de cette élection est à lire dans la Correspondance de Lamartine (t. III, pp. 16S-182).
David à Jullien de Paris.
La fête de Gœlhe. — Miçkiewicz.
Paris, 24 octobre 1829.
Monsieur,
La lettre de M. Quetelet rend très exactement ce qui s'est passé à Weimar, le jour de lafètc de Gœthe. Il parle de M, Miçkiewicz, jeune poète polonais. Yous pourriez peut-être, dans votre article, dire que ce poète a été exilé en Sibérie pendant sept années, parce qu'il a osé élever la voix pour l'afFranchissement de son pays* vous pourriez dire que c'est le poète le plus remarquable de son pays, qu'il a publié déjà plusieurs volumes remplis de cette poésie toute d'àme.
Quand vous écrirez à M. Quetelet, veuillez avoir la bonté de le remercier de son bon souvenir à mon égard, et lui présenter mes compliments affectueux.
Votre bien dévoué de cœur,
David.
Collection Duhmnfaut. — Le publiciste Jullien , destinataire de cette lettre, était alors directeur de la Revue encyclopédique îonàbQYi&v \\i\ en 1818. Kous avons parlé de la rencontre du statuaire avec Miçkiewicz à Weimar. (David d'Angers, etc., t. I, pp. 231-234.) A. Quetelet est l'astronome et le statisticien belge dont le médaillon a été modelé par David en 1830. [Musées d'Angers, p. 137.)
M""^ Sophie Gay à, David.
Le buste de Cliateaubriand.
Dimanche... décembre (1829 ?)
M"" et M"* Gay ont l'honneur de se rappeler au souvenir de Monsieur David, et lui font demander si elles pourraient, sans trop le déranger, aller voir, ce matin, vers trois heures, sou beau buste de l'auteur des iVartijrs.
Elles le prient d'agréer leurs complimens distingués.
Collection David d'Angers. — Ce billet n'est pas daté, mais le marbre du buste de Chateaubriand ayant été exposé en janvier 1830, il est admissible qu'on ait pu voir cet ouvrage dans l'atelier du maître en décembre 1829. La locution « ce matin » doit être prise ici dans le sens de « matinée », et l'on sait que la matinée, dans la langue mondaine, ne prend fin qu'à l'heure du diner, c'est-à-dire à 6 ou 7 heures du soir.
XLVU
Lady Morgan à David.
Le buste de lady Morgan. — Alexandre Dumas. — Mérimée.
Dublin, Kildare Street, 30 mars 1830.
Lady Morgan sera charmée de se rappeler au souvenir de Monsieur David. Chose peut-être très difficile, sinon pas impossible ; cependant elle profite de l'occasion du départ du comte de Caudaux (consul à Dublin) pour réitérer au jeune « Canova français » l'expression de son admiration pour ce beau talent qui est si franchement voué à éterniser les traits des grands apôtres de la liberté. Lady Morgan prie Monsieur David de permettre au comte de Ganclaux de voir son intéressant atelier et le buste de lady Morgan dont elle serait si reconnaissante d'avoir un exemplaire en plâtre. Monsieur de Ganclaux se chargerait de toute la la dépense si Monsieur David voulait bien se charger de l'emballage. Mais lady Morgan désire le succès de sa prière plus qu'elle ne l'attend. Lady Morgan désire présenter ses compliments à M.Bumas dont l'admirable Hen7'i III fait les délices de tous ceux qu'elle a jugés dignes de le lire, dans un pays où la littérature française moderne est absolument inconnue. Sir Charles, miss Clarke et lady Morgan se rappellent avec le plaisir le plus vif les heureux moments qu'ils ont passés dans l'atelier de Monsieur David avec autant d'instruction que d'amusement. C'est dans cet aimable souvenir que lady Morgan ajoute un petit mot pour M.Mérimée, dont elle prend la liberté de charger Monsieur David.
Collection David d'Angers. — Lady Morgan, publiciste, irlandaise d'origine, a fait de fréquentes apparitions dans le monde littéraire de Paris. David sculpta son buste et modela son médaillon. (David d'Angers, etc., t. I, pp. 194, 202, 223. 247, 2o4, 2oo.) Le buste de lad}' Morgan porte la date de 1830. {Musées d'Angers, p. 133.) La lettre que nous publions ici autorise à penser que le marbre dut être sculpté dés 1829. Ou sait que le drame de Henri III fut joué en 1828.
XLYIII
Lamartine à David.
Le buste du poète.
Château de Saint-Point, 14 juillet 1830.
J'ai reçu le buste. Je lui fais faire un digne piédestal, et il sera dans un mois livré à la juste admiration du pays. Recevez de nouveau des remerciements que j'espère vous exprimer plus fortement dans ma langue, un jour. Avez-vous enfin reçu de ïliouvenin mon édition préparée pour vous, et que j'ai eu tant de regrets de ne pas vous offrir en personne ?
Nous partons demain pour la Suisse et la Savoie ; songez à nous si vous prenez cette route pendant l'été. A la fin d'août, nous serons à Saint-Point, solitude qui serait fière de vous recevoir.
Je n'ai que le tems de vous remercier encore et de vous demander la petite note des déboursés de l'emballeur et que je ferai porter chez vous.
Ma famille entière, que vous avez consacrée en moi par cette œuvre de votre génie, s'unit à ma reconnaissance et à mon orgueil. C'est un titre dans l'avenir qu'un buste de David.
Lamartlne.
Collection David d'Angers. — Le buste de Lamartine, l'un dos plus remarquables que David ait sculptés, a été modelé eu 1829 et traduit eu marbre en 1830. {David d'Angers, etc., t. I, p. 213.)
Lady Morgan à, David.
Les journées de Juillet jugées par lady Morgan. — Le buste de l'écrivain.
Août 1830.
Je vous présente mes sincères félicitations, Monsieur, comme à tous les vrais amis de la liberté et du bonheur humain. La grande semaine de France est la plus grande depuis la première de la Création. Au reste, je vous écris pour vous prier de ne pas encore envoyer ma tête ici.
J'irai la chercher tantôt.
En attendant, et toujours, votre toute obligée,
Sidney Morgan.
Collection Henry Jouin. — La dernière phrase est assez explicite : il s'agit du buste en marbre dont nous avons parlé plus haut.
Lady Morgan à David.
Une ombi-elle oubliée.
Paris, septembre 1830.
Voulez-vous bien vous mettre sous l'ombre de mon petit parasol, demain, en venant me voir ? Je l'ai laissé dans votre atelier.
S. Morgan.
Hôtel de la Terrasse, rue Rivoli.
Collection David d'Angers.
David à Victor Pavie.
Le modèle du Coudé. — Le coq gaulois. — Lady Morgan. — Couturier de Vienne. — « Notre-Dame de Paris. »
Paris, 12 octobre 1830.
Cher ami,
Il y a déjà assez longtemps que j'ai écrit à ton père pour lui demander s'il croit que le modèle de mon Condé serait bien reçu à Angers. J'attends avec bien de l'impatience sa réponse, parce que l'on va abattre les ateliers du Gros-Caillou. Réponds-moi de «uite, tu m'obligeras beaucoup.
Fais-moi le plaisir de dire à Lachèse que le modèle du coq est terminé, que le fondeur s'en occupe, que l'opération de la fonte ne sera, je pense, pas longue. Dans une quinzaine, j'espère pouvoir faire partir mon coq pour Angers.
11 vient de paraître un nouvel ouvrage de lady Morgan, dans lequel elle dit les choses les plus agréables pour moi. Je suis bien contrarié de ne pas être en mesure de lui répondre par l'envoi de son buste.
On vient de traduire les Leçons sur les arts faites à Berlin par Schlegel; le traducteur m'a dédié cet ouvrage par une préface extrêmement aimable. Il y a dans cet ouvrage des idées qui sont très justes sur les arts.
Ton tout dévoué ami,
David.
J'ai dîné chez Victor, jeudi dernier; il nous a lu un chapitre de Notre-Dame. Cet ouvrage est très avancé.
Collection Pavie — Le coq gaulois, annoncé dans cette lettre, fut une offre do David à la garde nationale d'Angers. Ce coq surmonta le drapeau de la milice citoyenne. La traduction des Lfçons sur iliisloire et la théorie des Beaux-Arts, de Schlegel. est l'œuvre de Couturier de Vienne (Paris, 1830, in-S"). Unededicace.de quatre pages presque lyriques, signée du traducteur, ouvre le volume. Notre-Dame de Paris parut en 1831. David nous apprend ici que le poète ne refusa pas de lire à ses amis quelques cliapitres de sonreuvre nouvelle. Cette assertion est d'ailleurs conforme à l'aveu de Victor Ilugo lui-même dans un livre écrit sous sa dictée. {Vlc'or Hugo raconté par un témoin de sa vie, t. II, p. 34o.)
LU
Chateaubriand à David.
Un marbre vu aux flambeaux.
Paris, 19 octobre 1830.
Quelques personnes, Monsieur, veulent admirer le beau buste aux flambeaux : elles seroient bien heureuses de voir en même temps l'auteur et l'ouvrage. Voulez-vous donc, Monsieur, nous faire l'honneur, à Madame de Chateaubriand et à moi, de venir dîner dans notre hermitage, dimanche prochain, 24, à 6 heures précises?
Agréez, Monsieur, je vous prie, mes compliments les plus empressés.
Chateaubriand.
Collection David d'Angers. — Le buste de Chateaubriand, d'un modelé puissant et distingué, porte la date del829. Le marbre, terminéen 1830, fut exposé au Musée Golbert avant d'être offert au modèle. Il est aujourd'hui la propriété de M"" Sibylle de Chateaubriand et décore le ravissant vestibule du château de Combourg, près Saint-Malo. (Voir David d'Angers, etc. t. I, pp. 214-215.)