P'^ MÉRIMÉE
Collection David d'Angers. — Nous ne pouvons dire dans quelle soirée David et Mérimée échangèrent involontairement leurs chapeaux.'
LIY
Madame Récamier à David.
Uue lecture par Delphine Gay.
Ce vendi-edi, 21 janvier 1831 .
Madame Récamier ayant obtenu de M"^ Delphine Gay la promesse de faire entendre chez elle, dimanche matin, à quatre heures, quelques chants de son poème, serait charmée que cette espérance décidât Monsieur David à lui donner quelques moments de sa matinée.
Collection David cT Angers. — Le poème en question doit être « Napoline », publié seulement en 1833. On a vu plus haut, 'dans le commentaire de la lettre de M™» Sophie Gay, de décembre 1829, que le mot « matin » a ici le sens de « matinée ».
David à Lamartine.
La médaille du poète. — Pages blanches.
Paris, 12 février 1831.
Monsieur et cher collègue,
Je viens de remettre entre les mains de M. Amédée Parseval une petite caisse contenant votre profil en bronze, qu'il veut bien me faire le plaisir de vous faire parvenir. Ce nouvel essai pour représenter vos traits rend bien peu les impressions de mon admiration pour votre sublime génie.
J'ai reçu avec bien de la reconnaissance votre œuvre que M. Soulié a eu la bonté de me remettre de votre part. J'ai vu avec bien de l'émotion que vous aviez fait réserver quelques feuilles de papier dans l'intention d'y écrire quelque chose. .le serai bien heureux de posséder quelques lignes tracées par le plus grand poète de l'Europe.
Veuillez, .Monsieur, recevoir favorablement l'assurance du profond respect de votre très humble serviteur,
David.
Collection Lamartine. — Le profil modèle du poète des Méditations portela date de 1830. {Musées d'Angers, p. 134.) Lamartine s'était proposé d'écrire quelques vers spécialement dédiés à David sur des pages réservées en tête de l'exemplaire relié de ses poésies qu'il offrit au statuaire. Ce projet ne reçut son exécution que le !«■■ mai 1847, comme on le verra plus loin.
Lamartine à David.
Le médaillon du poète.
Mâcon, 19 février 1831.
J'ai reçu, Monsieur et illustre collègue, le beau médaillon que vous avez bien voulu consacrer à un homme trop périssable. Rien ne me surprend néanmoins de ce qui me prouve votre prévention favorable pour moi : depuis la première preuve que vous m'en avez donnée. Je ne crois point à mon immortalité, mais je crois à la longue durée des souvenirs de famille qu'un ouvrage de vous perpétuera dans la mienne, et c'est à ce titre surtout que votre buste et la médaille en bronze me sont précieux.
J'ai bien regretté que les relieurs de M. Soulié aient tant retardé le faible hommage que je vous devais. Je remplirai bientôt les pages blanches de quelques lignes bien senties, mais qui n'ont ni l'éclat ni la durée du métal où vous transformez vous-même vos pensées. Vos pages sont de bronze et de marbre^ les nôtres s'envolent comme le papier.
J'ai trouvé dans la caisse qui renfermait la médaille, des vers de M. Richard de Corné, dont je dois vous remercier avant lui, puisque je les reçois de vous et par vous. Je vais l'en remercier lui-même. Je vois qu'il sent comme vous et moi cette nature, qui n'a une langue si sublime que pour ceux qui ont un sens déplus pour l'entendre et l'interpréter.
Adieu, Monsieur et cher collègue, à vous revoir bientôt à Paris, dans cet atelier oiî votre pensée se réfléchit dans tant de chefsd'œuvre.
Al. DE Lamartine.
P. S. — J'arrive d'une course de cinq semaines, qui a retardé mon plaisir et ma réponse.
ET SES RELATIONS LITTÉRAIRES Sa
Collection David d'Angers. — Cette lettre répond à celle de David, datée du 12 février 1831. Nous ne parlerons pas des vers d'un inconnu qui, sans doute, avait réclamé le bienveillant appui du statuaire pour faire parvenir son hommage au poète des Méditations.
LYII
Charles Nodier à David.
La médaille de l'auteur de Trilhy.
Paris, 1" mai 1831.
Mon cher David,
Permettez-moi de vous apostropher familièrement de votre nom, qui dit tant de choses, au lieu de ce triste et pâle « Monsieur », qui ne dit rien du tout.
Il y a plusieurs jours que je devrois vous avoir écrit, si nul étoit tenu à l'impossible, et si la reconnaissance pouvoit ranimer les morts avec la même facilité que votre génie;
Mais depuis que je vous ai vu, peu s'en est fallu que je n'eusse l'ingrate malice de soustraire à vos beaux médaillons un des objets de comparaison qui en attestent le mieux la ressemblance, et c'est vraiment miracle s'il reste, aujourd'hui, autre chose de Charles Nodier que l'admirable image dans laquelle vous avez imprimé à sa triste figure le sceau de votre immortalité.
Enfin, je vis encore, si cela s'appelle vivre, et j'éprouve au moins que tout sentiment moral n'est pas éteint, puisque je retrouve encore votre souvenir avec tant de plaisir dans mon cœur.
Ce sentiment, autorisez-moi, je vous en prie, à en différer l'expression plus vive et plus complète jusqu'au moment où ma pauvre main aura plus d'aptitude à conduire une plume sur le papier. Les expressions me manqueront toujours pour cela, mais, aujourd'hui, je n'aurois pas même la force de les tracer.
Croyez, en attendant, mon cher David, à l'inviolable attachement d'un homme qui vous aime comme il vous admire.
Charles Nodier.
Collection David d'Angers. — Le médaillon de Nodier fut modelé en 1831. {Musées d'Angers, pp. 345-340.)
56 DAVID D'AN{iERS
David à Coudray.
Envoi du buste en marbre de Gœthe. "
Pai'is, 15 mai 1831.
Monsieur et bien honorable ami,
Le buste de Goethe est en route pour Dresde depuis plus de quinze jours-, la caisse a été tout particulièrement recommandée par l'ambassade de Saxe. [1 y a tout lieu de penser que mon ouvrage arrivera à sa destination sans accident.
Je suis heureux de vous remercier encore de m'avoir mis à même de reproduire les traits de votre immortel ami. J'ai soigné cet ouvrage avec toute l'ardeur possible, et j'y trouvais d'autant plus de charme qu'un monde d'impressions se sont renouvelées dans mon souvenir, avec cette faculté que nous avons dans les arts de faire poser dans notre mémoire les personnages que nous voulons représenter et d'illuminer leurs traits avec notre âme. Tout le tems que j'ai travaillé à cette apparition, le grand homme était auprès de moi; je le voyais aussi distinctement que lorsque j'étais dans son salon à copier ses traits; j'entendais sa voix, avec ses différentes inflexions, et je voyais ses nobles traits s'animer au feu des grandes idées dont il daignait me faire part. Comme toute ma vie s'est passée à copier les traits des grands et nobles types de l'humanité, toutes ces belles apparitions me créent un monde sublime, qui me console, ou me fait regarder en pitié le monde réel, si positif, si égoïste et si rempli de déceptions. Cependant, quand on a comme moi une profonde vénération pour le génie, on doit beaucoup souff'rir en pensant à l'art qui est toujours infirme pour rendre ce que l'âme a senti. Cela est la conséquence de ce que celle-ci est obligée d'employer la matière pour donner une forme à ses électriques inspirations. Aussi toute notre vie se passe t-clle en tristes et misérables à peu près. Heureux encore, cependant, quand ces à peu près ont pour mobile une noble et généreuse intuition.
Croyez, cher et honorable ami, que je mettrai toujours au nombre des instants heureux de ma vie ceux que j'ai passés auprès
de vous; que ce souvenir ne me quitte pas, et ne s'éteindra qu'avec la vie de votre tout dévoué de cœur.
Je me reportais à ces vives émotions que j'éprouvais lorsque, travaillant avec recueillement à cette image tant désirée, la grande et sublime forme m'apparaissait tout à coup sans bruit (j'ai rarement vu marcher avec tant de calme et moins de bruit) ; il me disait : « Eh bien ! vous vous occupez de votre vieil ami? » Et enfin, je l'entends encore, lorsque son buste fut terminé, me dire avec un accent qui bien certainement avait passé par son cœur : « Donnez-nous quelques jours; je suis bien vieux, nous ne nous reverrons plus ! Tous qui avez encore tant d'années à rester dans cette vie, c'est un léger sacrifice que je vous demande! ;)
Collection David d'Angers. — Cette lettre existe à l'état de minute originale dans les papiers du raaitre. Goudray, architecte français, fixé àWeimar, et ami de Gœthe, avait introduit le statuaire auprès du poète. L'artiste a modelé le médaillon de Goudray. (David d'Angers, etc., t. I, pp. 218-219.) Le buste en marbre, de Gœthe, exposé au Salon de 1831, fut retiré avant la clôture de l'exposition et expédié à Weimar.
David à Pavie père.
Louis Pavie témoin au mariage de David. — Hippolyte Maindron.
Paris, 4 juin 1831.
Mon cher ami,
Cette nouvelle preuve de ton amitié me rend bien heureux. Celui qui a pris tant d'intérêt à mon sort dans toutes les circonstances de ma vie, sera témoin d'un acte qui doit avoir une si grande influence pour moi. Reçois l'expression, bien vivement sentie, de mon éternelle reconnaissance. M. La Revellière n'ayant pas pu encore terminer toutes les affaires, mon union avec sa nièce ne pourra avoir lieu que le mois prochain. Aussitôt que je saurai l'époque, je t'en avertirai et je ferai en sorte que cela s'arrange avec tes affaires.
Notre Maindron n'est pas heureux. La route des concours lui est fermée; il a 30 aus;il n'a plus actuellement d'espérance que
dans les expositions du Salon, mais il aurait besoin d'étudier en Italie. Si la ville pouvait lui faire une pension de mille francs pendant deux ans, il pourrait faire un ouvrage à Rome. Cet ouvrage serait exposé au Salon qui aura lieu dans deux ans; l'auteur serait remarqué par le Gouvernement et aurait droit aux travaux, et son sort serait assuré. Cet homme eat bien digne de la bienveillante protection delà ville d'Angers ; il a des dispositions très remarquables, et un courage digne des plus grands éloges. Fais-moi le plaisir de voir Monsieur le Maire; dis-lui qu'en accordant sa protection à cet intéressant artiste, il fera un acte de la plus grande justice, et combien je serais heureux si la ville d'Angers m'accordait encore cette nouvelle preuve de sa bienveillance pour moi !
Adieu, cher bon ami, à toi de tout cœur,
David.
Collection Pavie. — David, qui allait épouser M"° Emilie Maillocheau, petite-fille de Louis-Marie La Revellière-Lepeaux, avait reçu la promesse de Louis Pavie que celui-ci serait témoin à son mariage. L'artiste parle de M. La Revellière et de sa « nièce ». C'est à Ossian La Revellière, fils du Conventionnel, qu'il fait allusion.
Lady Morgan à David.
Réception du buste de lady Morgan. — Les « Mémoires sur la vie et le siècle de Salvator Rosa ».
Ce 11 de juin, Hôtel de la Terrasse, 1831.
Vous êtes trop bon, trop généreux, cher Monsieur David. Ce n'est rien de vous remercier, lorsqu'on ne peut vous exprimer tous les sentimens d'admiration et d'estime que vous inspirez... Que je suis fière de votre bel ouvrage qui nous honore tant tous les deux, vous comme artiste, et moi comme le sujet. La ressemblance est parfaite. Mon mari en est enchanté, et vous exprimera ses remerciements demain, à midi et demi, quand il compte m'accompagner à votre atelier.
Je vous prie d'accepter le petit ouvrage que je viens de recevoir en ce moment de mon relieur. Le sculpteur du Grand Condé
trouvera dans le beau caractère da grand peintre napolitain plus qu'un trait de ressemblance avec ses propres scntimens, et son génie hardi et courageux. Avec mille respects et amitiés,
Sidney Morgan.
J'écris mon jargon au milieu d'une foule.
Collection David cV Angers. — Nous donnons, en tête de cette lettre, le titre exact du livre que lady Morgan a écrit sur le peintre napolitain. La traduction française de cet ouvrage forme 2 vol. in-8", datés de 1824.
David à Pavie père.
Marseille. — La poésie du midi de la France. — Une fleur cueillie pi'és de Notre-Dame de la Garde. — Les flèches de la cathédrale d'Angers.
Marseille, 22 août 1831.
Cher bon ami,
Voilà déjà huit jours que nous sommes à Marseille. Demain nous partons pour Toulon. Le jour de notre arrivée ici, nous avons été régalés d'une révolte. Il y a eu quelques personnes de tuées. C'était une conspiration carliste. Les carlistes ont eu le dessous, et les chefs sont pris.
C'est une bien admirable chose que la ville et les environs de Marseille; c'est l'Italie, la Grèce, avec leur ciel de cristal, leurs beaux êtres faits pour inspirer les artistes.
Hier, nous avons été voir coucher le soleil, au pied de l'église de Notre-Dame de la Garde, qui est construite sur une montagne. Voilà un peuple qui sait placer dignement le temple de la divinité ! C'était le système des Grecs et des Romains. J'ai cueilli sur cette montagne, auprès de l'église, une petite fleur que tu trouveras dans cette lettre.
Jai souvent pensé à toi et à nos deux bons amis pendant le cours de notre voyage. Combien vous seriez heureux de voir ce paradis de notre l)elle France! Que de poésie ! Que font donc nos peintres! Au lieu d'être à intriguer à Paris, à faire des pastiches de Bonington et des peintres anglais, ils pourraient copier ici une nature sul)lime et variée.
Quand nous reviendrons de Toulon, nous resterons peu de jours à Marseille, et nous rentrerons à Paris par Nîmes, Tarascon, etc. Tu vois que nous avons encore de bien belles choses à voir. J'ai humé de loin l'air de la Grèce et de l'Italie, mais, mais ! !
Je viens d'apprendre que le malheur arrivé à notre cathédrale n'est pas aussi grand qu'on l'avait dit. Je viens d'apprendre aussi que Victor avait écrit quelques lignes sur cet événement.
Reçois l'assurance de mon inaltérable amitié,
David.
Emilie me charge de la rappeler à ton souvenir. A bientôt ! ! ! !
Collection Pavie. — Les flèches delà cathédrale d'Angers, atteintes par la foudre, avaient été la proie d'un incendie.
Victor Hugo à David.
Les répétitions de Catherine II. — La médaille de M"= Georges.
Samedi soir (septembre 1831).
Mon bon ami, il est minuit. J'arrive du théâtre. Voyez quelle fatalité! M"e Georges a précisément demain, à l'heure dite, une indispensable répétition de Catherine II. Elle vous supplie de l'excuser, et surtout de ne pas renoncer à inscrire son profil sur vos impérissables tablettes de bronze. J'espère que cette lettre que je vous ferai tenir demain matin vous arrivera à temps.
A vous du fond du cœur,
Victor Hugo.
Collection David d'Angers. — Catherine II, par Lockroy et Arnould, ayant été représentée à l'Odéon le 29 septembre 1831, nous sommes ainsi en mesure d'assigner une date approximative au billet non daté de Victor Hugo. Le médaillon de M"« Georges, ajourné par un contre-temps, fut modelé seulement en 1833. (Musées d'Angers, p. 147.)
Béranger à David.
Le médaillon de Manuel.
Paris, 24 décembre 1831.
Combien je regrette d'être venu trop tard ! Ce n'était plus pour
vous exprimer ma reconnaissance, mais mon admiration pour
votre magnifique médaillon. Au travail le plus vrai, le plus
large, le plus savant, il joint une ressemblance qui frappe tous
les amis de Manuel qui l'ont vu chez moi. Voilà ce que je voulais
vous dire, et vous devez, d'après cela, deviner tous les sentimens
que votre présent m'inspire.
A vous de cœur,