A. HUMBOLDT
Que d'élèves de son école, que de jeunes gens répandus par l'Europe qui ont joui de son bienfaisant appui ! !
Collection David d'Angers.
Ary Scheffer à M""» David.
Un portrait de David d'Angers.
Paris, 24 février 1856.
Madame,
Il y a une trentaine d'années que j'ai peint le portrait de M. David, que je prends la liberté de vous envoyer. Les grands travaux et les pensées graves n'avaient pas alors laissé leurs profondes empreintes sur ses traits. Malgré cela, vous retrouverez peut-être quelque ressemblance dans cette peinture. J'ose vous prier de l'accepter comme un faible témoignage de mon admiration pour l'illustre artiste, tant regretté, et comme une preuve de ma respectueuse sympathie dans votre douleur.
Ary Scheffer.
Collection David d'Angers. — Le statuaire et Ary Scheffer avaient été très liés. David avait modelé le profil du peintre en 1828. (Musées d'Angers^ p. 129.) On peut lire dans David d'Angers, etc., t. I, p. 209, d'intéi-essants détails sur le buste et le portrait peint de Déranger, exécutés en une seule séance, dans l'atelier du sculpteur en 1829, par David et Ary Scheffer.
Victor Hugo à M™^ David.
La mort de David. — Les Contemplations. — Le buste du poèt.3«
Guernesey, 13 mai (1856 î)
Je ne veux pas, Madame, que cette lettre parte sans vous porter mon remerciement, mon respect et mon souvenir. Vous êtes la veuve de notre grand David d'Angers, et vous êtes sa digne veuve comme vous avez été sa digne femme. A cette heure, toutes les fois que je me tourne vers la patrie, c'est surtout vers les ombres que je me tourne, car c'est là qu'est la gloire, la fierté, la grandeur des âmes, la lumière, et il y a maintenant plus de vie dans les morts que dans les vivants. David est une
des ombres auxquelles je parle le plus souvent, ombre moimême. Mon exil est comme voisin de son tombeau, et je vois distinctement sa grande âme hors de ce monde comme je vois sa grande vie dans l'histoire sévère de notre temps. Soyez fière, Madame, du nom grave et illustre que vous portez. David est aujourd'hui une figure de mémoire, une renommée de marbre, un habitant du piédestal, après en avoir été l'ouvrier. Aujourd'hui la mort a sacré l'homme et le statuaire est statue. L'ombre qu'il jette sur vous, Madame, donne à votre vie la forme de la gloire.
Je suis heureux que le livre des Contemplations ait été lu par vous. Vous y avez retrouvé nos chers souvenirs, et nos aspirations communes. L'exil a cela de bon qu'il met le sceau sur l'homme et qu'il conserve l'âme telle qu'elle est.
Avant peu, peut-être, Madame, ma famille vous demandera de lui rendre ce buste qui est ma figure, ce qui est peu de chose, mais qui est un chef-d'œuvre de David, ce qui est tout. C'est lui encore plus que moi, et c'est pour cela que nous voulons l'avoir parmi nous.
Je mets à vos pieds ma tendre et respectueuse amitié.