‹ David-Frédéric Strauss, la vie et l'œuvreChapitre 2 sur 50 · II SE PRÉFACE · texte numérisé non relu

II SE PRÉFACE

naient le caractère surnaturel, les autres le caractère

naturel de l'histoire sainte. Strauss déclara dans sa pre-

mière Vie de Jésus: les récits évangéliques sont des mythes; . etil inaugura par cette thèse une période nouvelle dans Ja théologie chrétienne et dans la science des religions,

En 1872, on s'imaginait pouvoir concilier la foi ancienne et les découvertes récentes de la science. « D'une part on avait un Christ, qui ne devait plus être fils de Dieu, mais dans toute la force dü terme un homme, et on voulait néanmoins continuer à le vénérer dans une église instituée pour l’'Homme-Dieu ; d'autre part on se voyait de plus en plus en mesure d’expliquer l'avènement du monde naturel dans sa variété et son progrès jusqu'à l'homme sans l’aidé d'un créateur, sans l'intervention du iniraclé. Maints savants et maints littérateurs s'appropriaient ces résullats des sciences naturellés, sans réfléchir aux conséquences qu'elles devaient nécessairement avoir pour la religion et la théologie ; tandis que, du côté opposé, des théologiens et des läïques libéraux considé: raient avec quiétude le flot montant des recherches et dés découvertes dans le domainé des stiéncés naturelles, sans én éprouver aucuné crainte pour le sol de leur église (1). » Strauss déclara aux naturalistes comme aux théologiens qué la science nous obligeait à substituer à la foi ancienne une foi nouvelle.

Dira-t-on qu'il h'y avait là rien dé nouveau ? Strauss lui-même à reconnu que lés théologiens qui réfléchissaient avaiènt, bien avant 1835, pressenti la thèse de la Vie dé Jésus, et qu'avant 1872 plus d'un savant avait dû aboutir aux idées de l’Ancienne et de la Nouvelle Foi. Sañs doute, Mais c'était une originalité de dire tout haut ce que les aütres se disaient tout bas, de tirer la conclusion logique d'uñe ou dé deux sériës de travaux stiéntifiques, et de

(1) SrrAüss, Ein Nachivort als Vorwort Gés. Sehr., VI, pp. 261-26 2

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PRÉFACE : ; | It

montrer par une synthèse claire et précise l'état de la

science et de la conscience moderne. C'était une tâche ingrate, mais nécessaire, de dire au monde ce qü'il aime le moins à entendre. « Le monde, a dit Strauss, est un

grand seigneur prodigue: il encaisse et dépense sans.

compter ; il considère comme des trouble-fête ceux qui lui présentent un bilan exact.» Strauss a été un comptable

honnête de notre richesse spirituelle : il a été d’une singu- .

lière probité intellectuelle et morale.

Est-ce de sa faute s’il a trouvé qu’au dix-neuvième siècle, les pertes l'emportaient peut-être sur les bénéfices? On a

dit que son œuvre a été purement négative, qu'il affuiné la foi ancienne sans fonder une foi nouvelle. Il posé du moins

le problème ; il en a essayé une solution; même ceux qui n'en sont pas satisfaits doivent rendre hommage à son effort et peuvent profiter de son expérience. Tous ceux qu'inquiète Le désarroi moral et social — conséquence inévitable de l’interrègne religieux — gagneront à étudier la tentative de Strauss et à méditer sur les causes de son échec.

Pour nous, Français, en particulier, il y a intérêt à mieux connaître ce frère allemand d’Ernest Renan et à comparer les idées que les événements de 1848 et de 1870

ont inspirées d'une part au théologien protestant, au.

Souabe libéral ; d'autre part, au catholique émancipé, au Breton à demi révolutionnaire.

ALBERT Lévy.

19 juin 1909.

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