LA RÉVOLUTION DE
Strauss avoue que la révolution le surprit presque comme le soldat romain surprit Archimède (1). Depuis plusieurs jours, il ne lisait plus que les comptes rendus des débats de l'affaire Léotade (2). Le samedi, il était à la salle de lecture, occupé à prendre des notes, quand on lui remit le numéro extraordinaire du Mercure qui annonçait l'abdication de Louis-Philippe. Strauss commença par achever son travail; puis il consentit à se laisser émouvoir par les nouvelles de plus en plus graves qui arrivaient de Paris. La nuit, il se réveilla plusieurs fois pour se demander sila proclamation de la République n'était pas un rêve. Ce n’est pas un des moindres signes de la puissance
ment et par conviction philosophique, il est moniste. Or toute action implique un choix, c'est-à-dire l’acte de reconnaître et d’aflirmer une préférence, une différence, un dualisme. C’est là la cause profonde de l'impuissance dont a fait preuve Strauss, quand il a fallu, soit prendre des décisions en politique, soit fonder une morale. — HausRATE (S/rauss, II, pp.105-107) prétend, pour expliquer cette impuissance de Strauss, qu’une morale ne peut se fonder que sur l’ordre de l'univers. Or, la difficulté serait la même dans cette théorie que dans celle de Strauss : comment le sentiment de dépendance vis-à-vis de l'unité ou de l'absolu pourrait-il nous dicter notre conduite dans la bataille ? Sans doute, l'homme, pour agir, à besoin d’un idéal qui, en ur sens, le dépasse, d’un objet à la fois intérieur et extérieur ; mais sa morale n’en est pas moins relative. Il est aussi vain de parler de morale absolue qu'il le serait de vouloir donner une direction absolue à un individu ou à un groupe en marche.
(1) Cf. lettre à Rapp, de Heilbronn, 29 février 1848. Ausgew. Briefe, p. 204.
(2) Strauss considérait l'affaire Léotade comme un épisode de la lutte de l'Église et de l'État. Il avait promis à Schwegler d'écrire un article sur ce procès criminel: l'article parut dans les Jahrbücher der Gegenwart, 1848, n° 28,