DAVID-FRÉDÉRIG STRAUSS + à
n’était pas encore la ville industrielle d'aujourd'hui. Aux.
yeux des romantiques c'était une cilé ennuyeuse, avec ses
rues droites et larges, avec ses grandes casernes et ses pelites maisons; Strauss au contraire lui trouvait, sous son extérieur prosaïque, un charme de poésie intime (1). Avec son château et son pare, ses allées de tilleuls et de châtaigniers, c'était un petit Versailles, moins grandiose et moins solennel, plus familier et plus pittoresque que la ville des rois de Frante. Dans ce cadre, les souvenirs historiques se transformaient vite en légendes : on parlait d’une tache de sang qui ne s’effaçait point, de la fin violente d'un duc converti au catholicisme, d’un Charles-
Alexandre à qui le diable aurait tordu le cou. Seraient-ce.
là les premiers mythes qui auraient hanté l’imagination et inquiété le sens critique du petit Strauss ?
Une maison où il y avait beaucoup de place pour jouer, un pêtit jardin où l’on plantait des légumes et des fleurs,
un petit bois où l’on allait cueillir le muguet avec la mère,”
un rûcher où l'on allait observer les abeilles avec le père; voilà le milieu où grandit l'enfant ; c’est le regret de cette
idylle qui a inspiré à Strauss la poésie si touchante dans”
sa simplicité sur le Tilleul (2). Ce qui lui est resté, semble t-il, de ces impressions d'enfance, c’est la nostalgie d’une vie naïve, sédentaire, patriarcale : la destinée lui réserva une vie inquiète, errante, sans foyer. Ses premières années déjà ne furent qu’à demi heureuses. Le deuil et la misère ne tinrent pas sans doute dans la maison de Strauss la place qu'ils ont tenue autour du berceau de Renan : cependant de bonne heure aussi, l'enfant qui devait devenir le Renan de l'Allemagne, connut les douloureuses réalités de la vie et de la mort. Quand il vint au monde, ses pa-
(1) Cf. Friedliche Blälter. J. Kerner.
(2) Cf. Ges. Schr., XII. Poeltisches Gedenkbuch, p. 75. La poésieest de 1849. ‘
ns 2. 1,