‹ David-Frédéric Strauss, la vie et l'œuvreChapitre 5 sur 50 · PT · texte numérisé non relu

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oo L'ENFANCE ET LA JEUNESSE 8.

‘rents venaient de perdre un fils de huit ans : Strauss hé-

rita du prénom de ce frère amèrement regretté.

Il y avait peu de joie dans sa race. Sa mère, fille et petitefille de pasteurs, orpheline de bonne heure, élevée d'abord par son grand-père, puis recueillie par des familles alliées avait fait un mariage de raison avec un négociant : or il

se trouva que ce négociant ne sut même pas assurer le

bien-être de sa famille. Le père de Strauss était un de ces hommes à qui leurs qualités ne réussissent pas. C'était un ésprit curiéux qui aurait préféré la théologie au com- “merce ; il lisait les poètes et s'essayait même à faire des vers ; il observait la vie des abeilles et notait ses observations ; mais, mécontent de sa situation, sentant qu'il gâchait sa vie, il boudaïit ou avait des accès de colère contre les siens ; il résistait avec entêtement au cours des choses et il faillit se ruiner tout à fait, parce qu'il ne voulait pas tenir compte des conséquences du blocus continental ; il s'enfonca avec une sorte de rage contenue dans un piétisme mystique et devint sectaire jusqu'à haïr l’hérétique en son

… fils; si bien que Strauss lui-même a fini par déclarer

qu'il ne tenait ses bonnes qualités que de sa mère. Il y a . peut-être dans cette phrase un peu d'injustice et un peu d'ingratitude. Le père de Strauss paraît avoir été un brave » homme qui aimait bien les siens, tout en les faisant souffrir par ses brusqueries ; il a légué à son fils son caractère … malheureux, sa susceptibilité, son entêtement ; mais il lui à légué aussi son opiniâtreté, peut-être même le sens des choses spiritueiles, le sentiment de la vie intérieure et les

: préoccupations théologiques ; le goût de la lecture et le

don de la poésie ; la curiosité de l’histoire naturelle. En somme toute la physionomie morale de Strauss apparaît … déjà comme esquissée chez son père. C’est de la lignée . paternelle que Strauss semble tenir l'inquiétude intellectuelle qui a fait son originalité : ces artisans, tourneurs ou petits commerçants, prenaient au sérieux la vie, obser-

vaient au-dedans d'eux-mêmes ét autour d'eux, aussi bien peut-être que les pasteurs qui se succèdent dans la lignée maternelle de Strauss ; qui sait si le travail lent qui se fai sait dans ces cerveaux n’a pas préparé les voies à l’auteur de la Première vie de Jésus et de l’Ancienne el la nouvelle foi?

Mais il est certain que ces fruits n'auraient pas mûri si Strauss n'avait hérité de sa mère dés qualités qui manquaient à la race paternelle. Vischer nous dit qu’il se rappelle comme la mère de son camarade savait retenir les enfants sur lé banc devant la maison près des tilleuls, en . marrant des contes : Strauss aurait donc reçu de sa mère, comme Gœthe, die Lust zu fabülieren; mais ce quil tient d'elle surtout, c’est l'énergie morale. Mme Strauss fut une femme admirable de courage. Malheureuse presque toute sa vie et souffrante, elle fit son devoir simplement, avec bonne humeur, avec confiance; elle sauva son mari de la ruine ; elle donna à ses enfants toute l'éducation et tout le bonheur qu'elle pouvait leur donner. Elle prit dé la religion tout ce qui aidait à faire sa tâche dans la vie: les règles de morale, l'espoir d’une vie meilleure ; au demeurant, elle estimait qu’un bon sermon catholique valait, mieux qu’un mauvais prêche protestant et qu'une brave mère de famille était parfois plus utile à la maison qu'au temple, même le dimanche. « Sa religion, dit Strauss, était l’accomplissement continuel du devoir, joint à la foi en une providence sage et bienveillante, qui devait finir, pourvu que l’homme fasse sa tâche selon ses forces, par tout arranger. Le père avait de tout autres principes: Cette religion ne lui suffisait pas, parce qu'il n'y suffisait pas lui-même. Il sentait si bien ce qui manquait à son activité morale qu'il avait besoin d’un complément extérieur pour combler cette lacune. C'était sur la vertu expiatoire de la mort du Christ qu'il comptait pour racheter les péchés. Il lui était plus facile dt croire une fois pour toutes

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