‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 53 sur 140 · Jbid., p · texte numérisé non relu

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2. Nous croyons devoir citer cet essai en entier à cause de rintcrei et, si nous osons dire, du modernisme des thèses qui y sont développées.

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même, autant que son devoir est d'inculquer la morale, peut passer ajuste titre, au moins en ce qui concerne ce monde, pour n'avoir pas d'autre but utile et direct.

Les hommes sont conscients de cette nécessité d'une justice pour maintenir l'ordre et la paix ; et tous sont également conscients de la nécessité de la paix et de l'ordre pour le maintien de la société. Et pourtant, en dépit de cette forte et flagrante nécessité, la faiblesse ou la perversité de notre nature est telle qu'il est impossible de maintenir les hommes fidèlement et inexorablement dans le chemin de la justice. Telles circonstances extraordinaires peuvent se présenter qui font qn'un homme peut considérer de son intérêt de se laisser entraîner à la fraude et k la rapine au lieu d'être arrêté dans l'exécution de son acte par la conscience du tort que son injustice devra causer à l'union sociale. Mais, plus fréquemment encore, il sera distrait de son grand et important, mais lointain, intérêt par la séduction des tentations présentes, bien que souvent très frivoles, qui lui seront offertes. Cette grande faiblesse est imputable à la nature humaine elle-même. .

C'est pourquoi les hommes doivent s'efforcer de pallier ce qu'ils ne peuvent guérir. Ils doivent déléguer à certaines personnes, qu'ils nomment magistrats, le soin de reconnaître les dénis de justice, de punir les transgresseurs, de corriger la fraude et la violence

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et d'obliger les hommes, quelque réfractaires qu'ils puissent être, à agir dans leur propre .intérêt, mais dans leur intérêt réel et permanent. En un mot, l'obéissance est un nouveau devoir qui doit ^tre inventé pour supporter celui de justice, et les devoirs d'équité doivent être corroborés par ceux de fidélité.

Pourtant, en considérant les choses d'un point de vue abstrait, on peut penser que cette alliance n'avance à rien et que le devoir factice d'obéissance, par sa nature même, reste une attache aussi faible pour l'esprit humain que pouvait l'être le devoir primitif et naturel de justice. Les intérêts particuliers et les tentatives présentes peuvent l'emporter sur l'un aussi bien que sur l'autre. Ils sont également exposés au même inconvénient et l'homme qui est incliné à être un mauvais voisin doit être conduit par les mêmes motifs, bien ou mal compris, à être un mauvais citoyen — et ceci sans mentionner que le magistrat lui-même peut être négUgent, partial, ou injuste dans son administration.

L'expérience prouve cependant qu'il y a une importante distinction a établir entre ces différents cas. Nous trouvons que l'-ordre est beaucoup mieux maintenu dans la société par un gourvernement ; et notre devoir envers les magistrats est beaucoup plus strictement accompli selon les principes de la nature humaine que ne sont observés nos devoirs envers nos concitoyens. L'amour de la domination est si puissant

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dans le cœur des hommes que beaucoup, non seulement supportent tous les dangers, les fatigues et les soucis du gouvernement, mais encore vont au devant ; et dès qu'ils sont élevés à une haute dignité, ils trouvent généralement, et bien qu'ils soient souvent conduits par leurs passions particulières, un évident intérêt dans l'administration impartiale de la justice/ Les individus qui les premiers, par un consentement tacite ou exprimé du peuple, obtiennent cette distinction, doivent être doués de qualités supérieures de valeur, de force, d'intégrité ou de prudence, qui commandent le respect et la confiance ; et, lorsque le gouvernement est établi, les considérations de naissance, de rang et de position exercent une puissante influence sur les hommes et donnent plus de force aux décrets des magistrats. Le souverain ou chef s'élève contre tout désordre qui trouble la société : il s'adresse a tous ses partisans et à tous les honnêtes gens pour l'aider à le faire cesser et à rétabhr l'ordre ; et il est spontanément secondé par tous les indiff*érents dans l'exercice de ses fonctions. Il acquiert bientôt le pouvoir de récompenser ces services ; et, avec le progrès de la société, il institue des ministres sous ses ordres et souvent, une force militaire qui trouve un évident intérêt h supporter son autorité. L'habitude vient bientôt consolider ce qu'un autre principe de la nature humaine avait imparfaitement fondé ; et les homme^^ dès qu'ils sont

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accoutumés à Fobéissance, ne pensent plus à sortir de la voie dans laquelle eux-mêmes et leurs ancêtres ont constamment marché et où tant de motifs si urgents et si palpables les maintiennent.

Mais, bien que ce progrès des afiaires humaines puisse paraître assuré et inévitable, et bien que le concours apporté par le devoir de fidélité au devoir de justice soit évidemment fondé sur les principes de la nature humaine, on ne peut s'attendre à ce que les hommes soient capables de les découvrir a priori ou de prévoir leur opération. Le premier ascendant qu'un homme a pu acquérir sur la multitude s'est probablement manifesté d'abord durant un état de guerre, alors que la supériorité du courage et du génie se découvre plus nettement, que l'unanimité et l'union sont plus nécessaires et que les désastreux effets du désordre sont plus directement sentis. La permanence de cet état, qui s'est produite communément parmi les tribus sauvages, a donc induit le peuple à la soumission ; et, si le chef s'est montré doué d'autant d'équité que de prudence et de valeur, il est demeuré, même après la paix conclue, l'arbitre de tous les différends, et a pu ensuite, en employant la force et la persuasion, établir graduellement son autorité. L'action bienfaisante de son influence la rendu cher au peuple, du moins au parti le plus pacifique et le mieux disposé : et si son fils a montré les mêmes qualités, le gouvernement s'est mûri et

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perfectionné d'autant plus vite, mais est demeure encore assez faible jusqu'à ce qu'un progrès ultérieur d'amélioration eût procuré au magistrat un traitement qui lui permit d'accorder des récompenses dans toutes les subdivisions de son administration et d'infliger des châtiments aux transgresseurs etauxréfractaires. Avant cette période, chaque manifestation de son influence doit avoir été particulière et fondée seulement sur les circonstances, d'après un cas spécial. Après l'époque qui vient d'être précisée, la soumission ne fut pas plus longtemps laissée au choix ou à rinclination de chacun dans la communauté mais fut rigoureuseinent exigée par l'autorité d'un magistrat suprême.

Dans tous les gouvernements, il y a lutte intime permanente, déclarée ou secrète, entre l'Autorité et la Liberté : et ni Tune ni l'autre ne peuvent remporter en fin de compte. Tout gouvernement doit nécessairement faire un grand sacrifice de liberté; pourtant, môme l'autorité, qui délimite la liberté, ne peut et, sans doute, ne doit jamais, en aucun gouvernement, devenir absolue et incontrcMable. Le sultan est maître de la vie et de la fortune de tous ses sujets mais ne peut leur imposer aucune nouvelle taxe : un souverain français peut imposer toutes les taxes qu'il lui plaira, mais n'osera pas disposer de la vie ou de la fortune des individus. La religion également apparaît en beaucoup de pays, un principe intraitable ;

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et d'autres principes ou préjugés ^'opposent fréquemment à loute l'auforïté d'un magislrat civil, dont le pouvoir, fondé sur ropinioo. ne peut jamais arracher d'autres opinions ijui sont aussi enracinées que relie de son titre à la domination. Le gouvernement nu'on qualitie communément de libre est celui qui admet une division de pouvoirs entre plusieurs membres de qui l'autorité unie n'est pas moindre, ou est communément plus grande que celle de n'importe ijiiel monarque : mais qui. dans le cours ordinaire de radnimistrylion doivent agir en vertu de lois générales et étpiitables. qui sont connues auparavant de tous les membres et de tous leurs sujets. Il doit être admis que. en ce sens, la liberté est la pertection de la société civile : et pourtant rautorité doit être reconnue comme essentieQe à son eiislence même: et dans cette opposition qui se manifeste si souvent entre l'une et l'autre. la seconde peut, pour cette raison, réclamer la préférence. A moins que peut-être on pui>se dire ^et ceci peut être dit a^-ec quelque raison) qu'une condition essentielle à l'existence d'une société civile doive toujours se suffire à elle-même, et n'ait pas besoin d'être si jalousement défendue qu'une cause de perfectionnement, que l'indolence des hommes serait très capable de négliger ou leur ignorance de ne pas saisir*, u

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