‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 54 sur 140 · Ibid . p · texte numérisé non relu

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Dans les Discours, qui forment la seconde partie des Essais, Hume étudie l'organisme économique et la pratique des gouvernements ; il examine le processus des divers facteurs sociaux, commerce, argent, intérêt, impôts, etc. Il reconnaît d'abord que le commerce, qui fait la grandeur et la puissance des états a son origine dans la division du travail et la culture du sol.

(( Dans chaque Etat, les hommes peuvent être divisés en agriculteurs et en ouvriers. Les premiers sont occupés à labourer et à faire fructifier la terre, les seconds à rendre ses productions propres à toutes les commodités qu'exigent les nécessités ouïes agréments de la vie. Dès que les hommes quittent l'état sauvage, où ils vivent surtout de la chasse et de la pêche, ils se partagent en ces deux classes. Bien que les Arts et T Agriculture emploient au début presque toutes les forces de la société, le temps et l'expérience arrivent à perfectionner ces arts à tel point que la terre suffit à l'entretien d'un plus grand nombre d'hommes que ceux qui sont employés à la cultiver ou à produire ce qui est nécessaire à ces cultivateurs. ))

Ces forces superflues doivent être employées soit à développer le luxe pour les particuliers, soit, dans les armées et les flottes, à augmenter le domaine de l'Etat au dehors et à répandre sa renommée chez les peuples éloignés. Dans le premier cas c'est le bon-

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heur des individus qui est seul proposé et développé ; dans le second c'est la puissance de l'Etat qui est accrue. Pour concilier l'antinomie, il faut admettre qu'il y ait une limite naturelle d'accroissement à la puissance de l'Etat et que, cette limite une fois atteinte, le bonheur des individus doive être seul poursuivi.

« La meilleure politique consiste à s'accomoder au penchant commun du genre humain et à le rectifier autant qu'il estpossible, pour le bien de la société. Aujourd'hui, suivant le cours le plus naturel des choses, l'Industrie, les Arts et le Commerce augmentent le pouvoir du souverain aussi bien que le bonheur des sujets. C'est une politique trop violente, que celle qui se permet de les appauvrir en vue de la prospérité de l'Etat. »

La condition de développement du commerce et par suite de la richesse d'une nation est dépendante de la prospérité commerciale de toutes les autres nations. Le libre-échange donne satisfaction à lintéret des particuliers comme à ceux des nations et il est naturel que chacune d'elles voie avec sympathie le développement du commerce chez ses voisines. On ne saurait donc condamner trop haut (c les barrières, les obstructions et les impôts sans nombre que toutes les nations de l'Europe, et aucune autant que l'Angleterre, ont opposés au libre développement du commerce. »

L'histoire montre que, chez la plupart des peu-

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pics, les arts utiles ou manufacturiers, qui ont donne naissance au luxe domestique, ne se sont développés qu'à la suite du commerce étranger qui favorise le progrès et Texlension, par l'importation et Timitation de la production étrangère, du commerce intérieur aussi bien qu'extérieur. Ainsi la condition des classes laborieuses s'améliore en même temps que celle des classes dirigeantes. La répartition des richesses devient plus équitable et, par suite la puissance de TElat plus considérable.

(( Une trop grande disproportion parmi les citoyens affaiblit l'Etat. Tout homme, s'il est possible, doit jouir des fruits de son travail, dans une pleine possession de toutes les nécessités et de plusieurs des plaisirs delà vie. Personne ne peut douter qu'une pareille égalité ne soit très conciliable avec la nature humaine et qu'elle ne diminue moins du honhear du riche qu'elle n'ajoute à celui du pauvre. Elle augmente aussi la puissance de VÉlnt et fait qu'on pave avec moins de répugnance toute taxe ou imposition extraordinaire. S'il arrive que les richesses soient possédées par un petit nombre d'hommes, il faut donc que ceux-ci contribuent considérablement aux nécessités publiques, mais lorsque les richesses sont réparties parmi le plus grand nombre, le fardeau devient léger pour chacun et les impositions ne produisent pas de différence sensible dans la manière de vivre de qui que ce soit. Ajoutons a ceci que,

lorsque les richesses sont dans peu de mains, ceux qui les possèdent ont aussi le pouvoir et qu'ils s'entendent pour faire porter aux pauvres tout le fardeau et les opprimer encore davantage, ce qui décourage toute industrie. » — (( Comme le commerce étranger n'est pas le principal objet, il ne doit pas entrer en comparaison avec le bonheur de tant de millions d'hommes ; et quand il n'y aurait pas d'autre raison pour les attacher au gouvernement libre sous lequel ils vivent, celle-ci seule suffirait. La pauvreté du peuple est une conséquence naturelle, sinon nécessaire de la monarchie absolue ; quoique, d'autre part, je doute qu'il soit toujours vrai que la liberté ait comme conséquence nécessaire la production des richesses. Peut-être faudrait-il alors que la liberté fût accompagnée de circonstances particulières et d'une certaine façon de penser '. »

Ayant ainsi fondé sur l'intérêt général, inséparable delà justice, le droit à l'égalité économique cl politique, Ilume revendique pour le travailleur le droit au produit majoré, sinon intégral, de son travail : puis il montre, plus d'un siècle avant Ilerb. Spencer, que le travail d'un peuple, conditionné par ses besoins, dépend aussi du milieu 011 se développe ce peuple, des conditions extérieures de la vie. Les pays où le sol est le plus fertile sont aussi ceux où

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