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contribué aussi, pour une large part, à dégager la religion vraie de toutes les superstitions et de toutes les dangereuses pratiques qui, aujourd'hui peut-être encore, ne laissent point que de la fausser et de la ternir.
Dans TEssai sur l'immortalité dé Tâme, Hume a tracé la limite que la raison ne peut franchir dans les spéculations métaphysiques et a montré merveilleusement que tout le travail de la philosophie, en ces matières, ne pouvait atteindre plus haut que la sagesse du sens commun.
(( Il semble difficile de prouver TimmortaUté de Tâme par la seule lumière de la raison ; les arguments ordinairement employés dérivent soit de la métaphysique, soit de la morale ou de la physique. Mais, en réalité, c'est TEvangile et TEvangile seul qui a mis en lumière la vie et V immortalité. »
La matière et l'esprit et leur relation sont également inexpliqués par les métaphysiciens.
(( Les métaphysiciens supposent que l'âme est immatérielle et qu'il est impossible que la pensée appartienne à une substance matérielle ; mais ils nous enseignent aussi que la notion de substance est entièrement confuse et imparfaite et que nous ne possédons aucune autre idée que celle d'un agrégat de qualités particulières inhérentes à quelque chose d'inconnu. La matière et l'esprit sont donc en définitive également inconnues et nous ne pouvons dé-
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terminer quelles qualités sont inliérentes à Tune ou à l'autre. Les raisonnements abstraits ne peuvent décider aucune question de fait ou d'existence. »
Nous ne pouvons donc former qu'une hypothèse ; celle par exemple d'une substance spirituelle, fluentc et malléable, dispersée dans le monde entier et employée, modifiée et dissoute par la nature, comme l'est la Substance matérielle. Ainsi l'esprit qui ne peut périr devait aussi préexister à notre naissance. Mais si cette préexistence ne nous affectait en aucune façon, celle qui doit suivre notre mort ne devra donc pas nous toucher davantage.
Examinant la preuve morale de l'immortalité de l'âme par la nécessité d'une justice absolue, llume en reconnaît l'inanité, car elle suppose à Dieu d'autres attributs que ceux qui se manifestent dans le seul monde que nous connaissions. « Il est donc dangereux d'affirmer qu'il doive toujours faire ce qui nous parait être le meilleur. S'il y a quelque dessein clair de la nature, nous pouvons affirmer que l'évolution aussi bien que l'intention de la création de l'homme est, autant que nous en pouvons juger, limitée à la vie présente. »
Hume met encore plus vivement en lumière, dans cet essai, l'inconséquence manifeste de la conception d'un Dieu vengeur et d'un châtiment éternel.
« Comme chaque effet implique une cause et
ainsi de suite, en remontant jusqu'à la cause première qui est Dieu, tout ce qui arrive n'est que par son ordre et rien ne peut être pour lui matière à punition et à vengeance. Par quelle règle les punitions et les récompenses sont-elles distribuées ? Quel est le standard divin du mérite et du démérite ? Supposerons-nous qu'un sentiment humain puisse être compatible avec la divinité? Combien aventureuse est cette l'hypothèse ! — Une punition sans but ni fin est inconséquente dans l'idée que nous nous formons de la justice et de la bonté : et il ne peut y avoir de but à l'expiation lorsque la scène entière est close. L'expiation, d'après notre conception, devrait être proportionnée à roffensè. Pourquoi dès lors une punition éternelle pour l'offense temporaire d'une créature aussi frêle que l'homme ? — La conception du ciel et de l'enfer suppose deux espèces d'hommes bien distinctes, les bons et les méchants; mais la plus grande partie de l'humanité flotte entre le vice et la vertu ^ . »
I. Il peut paraître curieux de rapprocher de ce passage une thèse récente : « Comme Dieu, écrivait M. Guvau en ces dernières années est par hypothèse la souveraine intelligence, nous ne pouvons pas croire qu'il fasse rien sans raison : or, pour quelle raison ferait-il souffrir un coupable ? Dieu est au-dessus de tout outrage et n'a pas à se défendre: il n'a donc pas à frapper — si une loi humaine, si une loi civile ne peut se passer de sanction physique, c'est nous l'avons vu en tant qu'elle est civile et humaine. Il n'en est pas ainsi de la a loi morale » qui est supposée ne protéger qu'un principe et qu'on se représente comme immuable, éternelle, impassible en quelque sorte: on ne peut être passible devant une loi impassible... Celui qui croit avoir renversé la loi morale doit la retrouver toujours debout en face de lui... Etre éternel,
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Quoi qu'il en soit, rintelligence humaine ne peut rien connaître au delà de la vie présente et la plupart des hypothèses des religions actuelles ne sont que superstitions et font injure à la raison et à la divinité.
(( Par quels arguments ou analogies pouvonsnous prouver un état d'existence que personne n'a jamais vu et qui ne ressemble en rien à aucun de ceux qui ont jamais pu être connus? Qui donc pourra avoir assez de confiance en une prétendue philosophie pour admettre sur sa seule assertion la réaUté d'une scène si merveilleuse? Il faudrait découvrir de nouvelles formes de raisonnements pour y parvenir et de nouvelles facultés de l'entendement pour comprendre ces raisonnements.
voilà la seule vengeance possible du bien à l'ëgard de ceux qui lo violent. Si Dieu avait créé des volontés d'une nature assez perverse pour lui être indéfiniment contraire, il serait réduit en face d'elles à l'impuissance. Il ne pourrait que les plaindre et se plaindre lui-même de les avoir faites. Son devoir ne serait plus de les frapper, mais d'alléger le plus possible leur malheur, de se montrer d'autant plus doux et meilleur qu'elles seraient pires ; les damnés, s'ils étaient vraiment inguérissables, auraient en somme plus besoin des délices du ciel que les élus eux-mêmes. De deux choses l'une : ou les coupables peuvent être ramenés au bien ; alors l'enfer prétendu ne sera pas autre chose qu'une immense école où l'on tâchera de dessiller les yeux à tous les réprouvés et de les faire remonter le plus rapidement au ciel, ou les coupables sont incorrigibles comme des maniaques inguérissables (ce qui est absurbe) ; alors ils seront aussi éternellement à plaindre et une bonté suprême devra tâcher de compenser leur misoro par tous les moyens imaginables, par la somme de tous les bonheurs sensibles. De quelque façon qu'on l'entende, le dogme de l'enfer apparaît ainsi comme le contraire même de la vérité (Guyau, Esq. d'une mor. sans oblig. ni sanct., p. 187),
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(( Rien ne pourrait mettre en plus vive lumière les obligations infinies de Tespèce humaine à la révélation divine, puisque nous trouvons qu'il ne peut y avoir aucun autre moyen d'attester cette grande et importante vérité \ »
Pour la solution des problèmes qui dépassent la raison humaine, Hume reconnaît que la philosophie est impuissante et que la religion chrétienne, la vraie religion seule peut la donner. Il n'admet aucun lien entre la science et la religion. (( Ce qui me plaît davantage dans la méthode de raisonnement que je viens d'exposer, c'est que je la crois très propre à confondre ces dangereux amis et ces ennemis déguisés de la religion chrétienne qui ont entrepris de la défendre par les principes de la raison humaine. Notre plus sainte religion est fondée sur la Foi, non sur la raison ; et c'est une méthode sùrc de la compromettre que de la mettre à une épreuve qu'elle n'est en aucune façon préparée à subir ^ ».
Si la philosophie peut donc parfois et par une voie détournée nous conduire jusqu'au seuil de la religion, elle doit s'arrêter là et tout effort qu'elle tenterait pour aller plus loin serait non seulement vain, mais impie.
(( Opposer au flux de la religion scolastique des maximes aussi faibles que celles-ci : // est impossible