‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 76 sur 140 · Ihid., p. 34o · texte numérisé non relu

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humain, que réjouissent les supplications, les prières, les présents et les flatteries. Pourtant c'est là encore la plus infime de toutes les impiétés dont la superstition est coupable. Elle ravale le plus communément la divinité bien en dessous de l'espèce humaine ; et elle la représente comme un démon capricieux qui exerce sa puissance sans raison et sans humanité. Et si cet être divin devait se montrer oflensé par les seuls vices et les foUes des sots mortels, qui sont son propre ouvrage, il résulterait de funestes conséquences pour les zélateurs des plus populaires superstitions. Aucun individu faisant partie de l'espèce humaine ne voudrait alors mériter sà faveur y si ce n'est un très petit nombre parmi eux, les philosophes théistes qui entretiennent, ou, plus justement, s'efforcent d'entretenir des idées convenables sur sa divine perfection : et les seuls individus qui pourraient avoir litre à sa compassion et à son indulgence seraient assurément les philosophes sceptiques, secte également restreinte, qui, par une défiance naturelle de sa propre capacité, suspend, ou s'efforce de suspendre tout jugement en ce qui concerne d'aussi sublimes et extraordinaires sujets.

« Si toute la théologie naturelle, comme quelquesuns semblent l'admettre, se résume en une simple — bien que assez ambiguë ou moins indéfinie — proposition à savoir que la cause ou les causes de Vordrc dans rUnivers présentent probablement quelque

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loînfriine analoéjîe fîree firdelMfji^ncif hamaine : si cetle propot^Ilîon n'e^l pas susceptible d'^extension, de rariations oo d'one phis paiiieulière explicattoD : si elle ne eomporie aoeune inférence touchant la vie humaine ou pouvant être la source de quelque action ou de quelque abstention: et si Tanalogicsi imparfaite « ne peut s'étendre plus loin qu^ l'intelligence humaine et ne peut, avec quelque apparence de raison, être transportée aux quaUtés de l'esprit ; si c'est véritablement là tout, quoi de plus peut prétendre l'homme le plus attentif, le plus spéculatif et le plus religieux que de donner un simple assentiment philosophique à la proposition, chaque fois que l'occasion s'en présente et de croire que les arguments qui rétablissent remportent sur les objections qui lui ont été faites? La grandeur de l'objet fera naturellement naître quelque étonnement; sa mélancolie, quelque obscurité et quelque mépris aussi de la raison humaine qui ne peut donner aucune solution plus satisfaisante d'une question si vaste et si extraordinaire. Mais le sentiment le plus naturel qu éprouvera à cette occasion un esprit bien disposé sera un intense désir que le ciel veuille bien se plaire a dissiper ou au moins a obliger cette profonde ignorance en faisant quelque révélation particulière à Tespèce humaine et en découvrant la nature, les attributs et les opérations de robjel divin de notre foi. Un individu, possédant un juste sens des imperfections de la raison naturelle

se portera le plus avidement vers la vérité révélée — tandis que le méprisant dogmatiste, persuadé qu'il peut construire un système complet de théologie avec la seule aide de la philosophie, dédaigne tout autre auxiliaire et rejette cet instructeur accidentel. Etre un philosophe septique c'est, pour un homme de lettres, le premier et le plus grand pas, fait vers la sereine, vers Timmarcessible foi chrétienne \ »

Ainsi, suivantHume, lareligionestla conséquence et comme le corollaire de la Morale. Sans doute il serait impossible de rattacher le problème religieux ainsi résolu au problème de la connaissance tel qu'il a été précédemment exposé et de réduire la foi en Dieu à une simple impression de plaisir. Hume luimême ne Ta pas tenté. Ayant donc méthodiquement ruiné dans la partie spéculative de son œuvre tout but élevé des actions humaines, ayant détruit, par Tanalyse, la beauté, l'art et la vertu, il semble qu'il ait enfin réahsé, la désespérante sécheresse de tout son système spéculatif: et c'est alors qu'il a voulu rétablir par une voie détournée, comme mobile et comme terme de l'effort humain la finalité supérieure qui peut seule donner à la vie sa dignité et sa raison. Toujours est-il que, en même temps qu'il a dégagé ridée de Dieu de toutes les conceptions anthropomorphiques qui l'obscurcissaient de son temps, il a

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