CHAPITRE II
13. Revenez à nous! Jusques à quand durera votre colère? Prenez pitié de vos serviteurs!
ik. Versez bientôt sur nous l'abondance de vos miséricordes; et nous vous chanterons, et nous serons tous les jours dans la joie.
15. Consolez-nous autant de jours que vous nous avez affligés, autant d'années que nous avons souffert :
16. Faites voir à vos serviteurs l'œuvre de votre bonté, et votre gloire à leurs enfants.
17. Que la grâce du Seigneur notre Dieu se répande sur nous; affermissez l'œuvre de nos mains, ô mon Dieu; affermissez l'œuvre de nos mains.
Ces modèles primordiaux, où le sentiment de crainte n'a de supérieur que celui de la miséricorde et de la bonté de Dieu, où la perspective de la brièveté de la vie et de ses misères engendre une douloureuse mélancolie, tempérée par une inébranlalîle espérance, ont exercé pendant des siècles une influence indéniable sur tous les chants conservés dans la Bible. Ils ont un caractère propre : ils représentent éminemment le Dieu terrible des premiers Ages du monde. On croirait y reconnaître encore la terl'eur inspirée aux premiers hommes par la voix de Dieu (^t par l'épée flamboyante de Fange au paradis terrestre. J^eur méthode est la caractéristique des psaumes : si on les rapproche les uns des autres, voici comment elle se dégage.
Elle consiste à mettre en relief la constante corrélation des événements historiques avec la sollicitude merveilleuse de Dieu à l'égard du peuple choisi et de ses représentants, à placer en regard les secours implorés et les secours reçus. L'exposition éplorée des périls et des maux est souvent le début du psaume, le souvenir des grâces accordées suit, l'espérance invincible de la protection
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réclamée et les louanges ardentes de Jéhovah en sont la -, trame et parfois le couronnement. Les convenances et la liberté du poète, l'inspiration, modifient continuellement, étendent ou restreignent ces éléments du psaume. Elles leur assignent dans le cantique la place qui convient à son mouvement et à son allure.
On le voit, il n'y a rien d'artificiel dans cette méthode ; c'est le cri du vrai croyant et de toute âme pieuse, inquiète et souffrante. C'est là le privilège des psaumes : leur prière convient à tous; chacun y parle et s'y reconnaît, materia est univer salis. L'âme qui souffre cherche un fondement, une base à l'espérance : elle la trouve dans la toutepuissance de Jéhovah et dans le souvenir des bontés de Dieu dont elle a été déjà l'objet : elle y puise un motif de confiance pour obtenir des bontés nouvelles. A l'action de grâces se mêlent la louange, la prière, l'amour du bienfaiteur et les ardents désirs de redoubler, pour lui plaire, de zèle et de fidélité. Le souvenir des défaillances dans le service du Seigneur fait confesser humblement les iniquités passées et implorer le pardon.
Qu'on lise attentivement les chants de Moïse, les prières, les bénédictions, les cantiques du Pentateuque, ou Fun des dix psaumes dont on le fait auteur, et l'on verra combien les bontés du Seigneur, au milieu des longs et fatigants voyages des Juifs revenant d'Egypte, la manne du désert pour les nourrir, les eaux vives pour les , désaltérer, et tant d'autres bienfaits, sont rappelés avec confiance; combien, d'autre part, les résistances aux volontés divines, les désobéissances, les provocations, les murmures suivis d'un châtiment mérité, sont déplorés avec amertume ; et enfin combien est vive la foi et combien est ardent l'amour qu'inspire la considération de la justice et de la tendre providence de Dieu.