LA PRÉPARATION DE LA VOCATION DE DAVID CONSIDÉRÉ COMME PROPHÈTE
Comment il correspond à celte vocation; sainte inquiétude de son esprit. — Les écoles des prophètes. — Comment se forme en David la conscience de ses rapports figuratifs avec le Messie. Conditions de la lutte qu'il soutient contre les ennemis du règne de Dieu et de son Christ. — L'action mystérieuse de Dieu. Voraison d'union; beau texte de sainte Thérèse. —Les phases et les progrès historiques en Israël de l'idée du Messie.
I. — Comment David correspond à sa vocation de prophète ; sainte inquiétude de son esprit.
David a été prophète. Il a plu à Dieu de lui révéler une partie considérable des destinées d'Israël, et en particulier l'avènement et les principaux caractères du règne du Messie. Nous voudrions montrer comment Dieu a préparé de loin la vocation de David à ce ministère.sublime.
Les dons naturels accordés au jeune fils d'Isaï, les différentes phases de sa vie, les événements du temps où il vécut, font bien voir que Tauteur de la grâce est aussi Tauteur de la nature, et qu'une même Providence veille à la fois sur les faits de l'ordre temporel et suv les faits de l'ordre supérieur et divin.
David était né poète. Les affinités secrètes de la poésie
et de la prophétie n'ont point échappé au monde antique. Le poète, mal à l'aise dans les étroites limites du présent, se plaît à interroger le passé pour y chercher les secrets d'un avenir dans lequel son regard hardi aime à plonger. Plus et mieux que tout autre, David avait recueilli dans son âme ardente les oracles du passé. Les bénédictions promises à Abraham, à Isaac, à Jacob, les promesses faites à Juda, le Roi-Messie prédit par Anne, tous ces oracles pleins de mystère remplissaient sa mémoire et son cœur et enflammaient ses espérances. Le terme d'une inconnue à dégager s'imposait incessamment à cette âme pieusement rêveuse, à ce David tour à tour berger, capitaine, roi, homme d'État, à ce prince dont Israël et la religion étaient la passion. Gomment et par qui tant d'oracles sacrés s'accompliraient-ils? L'étonnante restauration d'Israël, ce miracle qui le remplissait d'étonnement, bien qu'il en eut été l'instrument, n'était-ce point la réalisation initiale de l'avenir messianique? Quelle place lui-même y tiendrait-il? Pendant ses longues prières de la nuit, il entrevoyait dans son âme transportée cet avenir mystérieux et glorieux. C'était un roi d'Israël qui devait commander au monde; il serait de la famille de Juda : est-ce que dans sa propre personne David ne pouvait pas légitimement reconnaître quelque chose de ce règne? Il enfonçait donc son regard saintement curieux dans l'avenir, contraint, entraîné, pour ainsi dire, par sa destinée , ou plutôt par l'Esprit de Dieu qui le menait.