CHAPITRE I
muel avait fondé des écoles de prophètes arrivées rapidement à un haut degré de culture et d'éclat. La piété sincère et profonde y était aidée dans ses manifestations publiques par le chant et par la musique. Nous n'avons dit qu'un mot de ces écoles; c'est ici le lieu d'y revenir.
« Dans la Bible, surtout aux époques anciennes, dit M. Lenormant, le mot prophète est le titre des membres de corporations religieuses qui jouaient, chez les Israélites, le même rôle que les ordres prêcheurs dans l'Église catholique, corporations du sein desquelles sortaient presque toujours les véritables prophètes , les Voyants (en hébreu roéh nxi). Ce sont ces écoles que fonda Samuel.
« L'expérience de ce qui s'était passé depuis la mort de Josué ne permettait pas à ce pieux personnage de se faire d'illusion sur la force et la stabilité d'une loi écrite , sans aucune autre garantie que la sanction du peuple obtenue par la force des circonstances, et sans qu'il y eût toujours à la tête de la nation des hommes qui sussent faire respecter cette loi. Il sentait également que la loi de Moïse aurait besoin de se développer et de se modifier avec les progrès de la nation, et que cependant, d'un autre côté, il serait très dangereux de toucher à la lettre de la Loi, environnée d'un caractère sacré. Il fallait donc des hommes capables d'interpréter la Loi, en inspirant la vie et le mouvement à la lettre morte; des hommes entrant dans le vrai sens de la Loi , et participant , pour ainsi dire , à l'inspiration du législateur; des hommes enfin qui se dévouassent à prêcher constamment le peuple , à lui reprocher ses manquements, quelque danger qu'ils pussent encourir, et à replacer constamment sous ses yeux ses devoirs envers son Dieu.
« C'est dans ce but que Samuel jeta les bases de l'orga-
nisation des collèges de prophètes (1). » Loin du bruit des armes et de la trompette guerrière , les jeunes prophètes chantaient les louanges de Jéhovah aux sons plus doux du luth, de la flûte et du kinnor. Dans une paisible retraite, ils se préparaient à leurs chaleureuses prédications en méditant sur Dieu et sur le vrai sens de la Loi. Ils vivaient ensemble dans plusieurs villes , où ils occupaient des quartiers particuliers, et ces villes sont généralement celles où se tenaient les assemblées publiques et que Samuel visitait habituellement. Nous les trouvons à Rama, sa résidence , où ils habitaient un quartier appelé Nayotfi (les demeures) : là , leur assemblée était présidée par Samuel lui-môme. Des congrégations du même genre sont signalées à Béthel, à Jéricho, à Galgala. Ces collèges de prophètes étaient destinés à exercer, tant que le peuple hébreu demeurerait indépendant , une grande influence ,
(t) Hist. ancienne de l'Orient, t. VI, p. 226. — Il ne faut pas croire que ces institutions eussent uniquement pour but de former les adolescents à la piété et à un ministère particulier en Israël. La plupart des membres associés étaient mariés, ce qui n'empêchait pas, autant qu'on serait enclin à le penser avec nos mœurs d'aujourd'hui, la vie en commun. Ils habitaient, pendant leur séjour au monastère, des cellules fort étroites, mangeaient ensemble, se réunissaient dans des locaux spacieux pour leurs exercices, principalement pour écouter le maître. Aux néoménies et les jours de sabbat, on venait les trouver pour prier avec eux Jéhovah, et s'instruire de sa loi.
Le maître, comme on le voit dans la vie de Samuel et celle d'Elisée, faisait de fréquents voyages soit aux autres écoles, soit chez les princes ou les simples particuliers. Les disciples ou novices s'appelaient yî/.ç de prophètes; ils devaient être entièrement soumis au maître, qui leur confiait parfois des missions difficiles. La plupart entraient pauvres au monastère, et l'on payait pour eux une dot; il leur fut absolument défendu de rien accepter pour les services spirituels qu' ils rendaient. (Vid. IV Reg. , v, 20 et seq. , la curieuse histoire de Giézy.) Ils travaillaient aux champs, et construisaient eux-mêmes leurs demeures. Le reste du temps, ils prophétisaient, c'est-àdire ils s'édifiaient mutuellement, en s'abandonnant aux inspirations do leur zèle et de leur amour pour Dieu, dans des chants et dans des discours. Le présent et l'avenir d'Israël, les anciennes prophéties, les promesses faites à Abraham , à Isaac et à Jacob échauffaient et entretenaient leur sainte ardeur. (IV Reg. , IV, V et vi.)