CHAPITRE II
David a été une figure, encore incomplète , mais déjà reconnaissable de l'idéal du Christ en formation dans la conscience Israélite. Il l'a représenté dans une grande partie de sa vie : il a parlé comme lui , et quelquefois même, il s'est rapproché de lui à ce point que j'oserais lui appliquer cette imitation d'une parole de saint Paul : Ce n était plus David, c était le Messie qui vivait en lui (1); et, merveilleux effet de l'action divine , il s'en est rapproché par des ressemblances indépendantes de sa volonté. Voici quelques traits figuratifs les plus généralement remarqués dans la vie de David.
Ainsi qu'Abraham, Isaac. Jacob, il est appelé par une vocation merveilleuse, et il y répond, comme le Christ, en disant : Ecce venio (2).
Dieu le prit au milieu de ses troupeaux et le consacra par l'onction sainte (3). Jésus, pour accomplir sa mission, laissa les travaux du charpentier, et reçut le baptême de la main de Jean.
David se révéla à Israël dans un moment très grave, quand le peuple choisi s'écartait de sa voie et compromettait ses destinées messianiques. Saûl avait eu un règne déplorable; il consultait la pythonisse et négligeait les prophètes. Les directions divines lui étaient à charge : abandonné de l'esprit de Dieu, il était possédé d'un esprit mauvais. Les armes des Philistins victorieux allaient asservir et peut-être anéantir Israël. — David vint réclamer et reprendre l'héritage qui, d'après la Genèse (k) ^ était le sceptre et la royauté. La transmission des bénédic-
(1) David dans ses psaumes, dit saint Thomas, parle si clairement du Rédempteur, que le psautier mérite plutôt le nom d'évangile que celui de prophétie. (Div. Thomas Aqiiin., In psalmos expositio, Proœmium.)
(2) Epist. adHebr., x, 7.— Psal., xxxix. 8.
(3) Psal., Lxxvii, 70, 71.
(4j Gen., xlix.
tions d'Abraham par Juda avait été arrêtée : David venait la continuer. Gomme Sem, il aura Dieu pour lui, et il sera à son tour une source de bénédictions nouvelles pour Israël.
Quand le Christ parut en Judée, le moment aussi était très grave pour le peuple de Dieu. Dominé par les Romains à l'extérieur, ce peuple était, dans les synagogues, livré au pouvoir de la secte des pharisiens. L'héritage de Juda était abandonné et pour ainsi dire perdu. C'était un roi profane, un guerrier dominateur, un autre Satil que les Juifs attendaient et voulaient pour Messie. Jésus, fils de David, reprend l'héritage de Juda; il déclare qu'il est le vrai roi des Juifs ; il montre au peuple égaré la voie^ au peuple trompé la vérité, au peuple charnel qui allait périr, la vie.
David est méconnu, persécuté, outragé, trahi. Joab par ses cruautés éveille en nous le souvenir des instincts sanguinaires d'Hérode; Achitophel, Séméi, Absalom rappellent les traits des persécuteurs de Jésus, des pharisiens et du traître Judas. Bref, au milieu de ces hommes cruels, traîtres et persécuteurs, David est bien la figure du Christ poursuivi, accusé, trahi.
D'un autre côté, David est roi; il est vainqueur des Philistins ; il bâtit Sion ; il prépare la construction du temple; et s'il meurt dans les appréhensions que lui ont causées les sinistres entreprises d'Adonias, de Joab et de Séméi, il ressuscite pour ainsi dire glorieux, vainqueur, triomphant dans la personne de Salomon.
David a donc figuré à la fois le ministère du Christ, ses douleurs, sa passion et sa gloire. L'idée messianique avait grandi ; la figure de Christ, obscure encore à l'époque patriarcale et mosaïque, est devenue pour nous non seulement reconnaissable , mais saisissante en David.