CHAPITRE IL
L'idéal se fait sensible dans son progrès continu au fond des consciences, et il entre de plus en plus dans l'histoire.
Bien qu'ils célèbrent les destinées glorieuses de la royauté de David et de sa descendance, les psaumes se terminent au Christ, Sauveur d'Israël et du monde. Sans ce Christ , la race royale de David serait un corps sans tète^ une synthèse sans objet déterminé, une vaine abstraction, il a plu à Dieu de tracer dans les événements et dans les hommes qui servaient de préparation au règne du Messie l'image et la figure de son Christ. Voilà pourquoi les psaumes, qui présentent ce phénomène remarqué souvent par les Pères de l'Église, sont appelés psaumes typiques ou figuratifs. Il est vrai qu'un seul homme ne peut figurer la vie entière et le règne complet du Christ ; mais il en représente alors d'une manière d'autant plus frappante certains traits et certains caractères. On a appelé avec raison ce genre de prophétie : oracle concret, vaticinium reale. La vie de David, envisagée à ce point de vue, est très souvent une prophétie, et les psaumes qui en représentent certains traits plus frappants sont justement appelés prophétiques.
Ce qui est arrivé à David lui est commun avec un grand nombre de personnages de l'Ancien Testament , qui euxmêmes ont été les types de l'avenir ; et le Nouveau Testament prend soin de nous avertir que la création de ces types n'est point due à l'imagination des hommes, mais à une disposition , à un dessein arrêté de Dieu. Le Christ parle , agit , souffre ou est glorifié , afin que ces sortes de figures typiques soient accomplies, ut adimpleretur, l'va TrXyipoiôrj. David, en racontant ses propres douleurs et ses triomphes, a en vue un idéal auquel il se compare, comme la copie au modèle , devant lequel il s'oublie pour ne plus voir que cet idéal, c'est-à-dire le Christ à
venir, et cela à ce point qu'il sent et parle souvent non plus comme un mortel , comme un roi , mais comme un Dieu, tant ses expressions et ses peintures dépassent la réalité présente.
C'est la doctrine de saint Thomas ; on le voit par le texte suivant de la préface de son Explication des Psaumes : « Saint Jérôme, dans son commentaire sur Ézéchiel, nous a donné une règle que nous observerons pour l'explication des psaumes. Il faut exposer les faits comme figurant quelques traits du Christ ou de l'Église ; car, ainsi que le dit saint Paul, tout ce qui arrivait dans l'ancienne loi était figuratif : Omnia in figura contingebant illis. Les discours des prophètes ont parfois pour objet des choses qui leur étaient contemporaines; mais nonobstant elles n'étaient . point l'objet principal de la prophétie [: en tant qu'elles étaient figuratives, elles annonçaient l'avenir. Le Saint- Esprit donc a voulu que les prophètes , lorsqu'ils parlent de faits contemporains, excèdent les conditions de l'événement, afin que l'esprit soit averti de s'élever à l'objet de la figure , comme dans Daniel où beaucoup de choses sont dites d'Antiochus qui sont figuratives de l'Antéchrist : ce qui n'a pas été réalisé par Antiochus, se rapporte à l'Antéchrist. Ainsi on lit de David et de Salomon des choses qui ne devaient point s'accomplir pendant leur règne, mais qui ont été réalisées dans le règne du Christ, en vue duquel elles avaient été dites. Le psaume lxxi, Deus judicium, d'après le titre se rapporte au règne de David et de Salomon; et cependant l'Esprit-Saint y a introduit des circonstances, quant à la durée et à l'étendue, qui ne rentraient pas dans les possibilités de ce règne, cellesci par exemple : En ces jours s'élèvera Vabondance de la justice et de la paix jusqu'à la disparition de la lune; le Seigneur dominera d'une mer à r autre, du fleuve jusqu'aux