CHAPITRE m
Appréciations critiques.
Il est certain que David est l'auteur de ce psaume : le titre le lui attribue et on a remarqué un certain nombre de mots, d'expressions, plusieurs formes de langage absolument semblables à celles des chants que David composa pendant la persécution de Satil (1).
Certains critiques ont supposé que le psaume manquait d'unité, et que les actions de grâces contenues dans la première partie se liaient mal avec les demandes de la seconde. Ces commentateurs ne sont pas éloignés de voir deux psaumes , deux compositions distinctes placées sous un même titre.
Il est vrai que la seconde partie pourrait à elle seule composer un chant complet. On peut même dire que cette séparation a été réalisée, puisque le psaume lxix est la reproduction de cette seconde partie, sauf quelques retranchements : mais il n'en est pas ainsi de la première qui, ne se rapportant qu'au passé, et ne contenant aucun élément impétratoire, pourrait difficilement à elle seule composer un psaume.
On ne peut douter que le psaume xxxix ne soit messianique. Nous en trouvons la preuve dans l'épître de saint Paul aux Hébreux (2). Les propres paroles du psaume sont mises dans la bouche du Christ pour exprimer le caractère de sa mission et ses dispositions lorsqu'il est entré dans le monde. ïdeo ingrediens mundum dicit : Hostiam et ohlationem noluisli : corpus autem aptasti milii. Holocaulomatapropeccato non tibiplacuerunt ; tune diœi : Ecce venio.,, ut faciam^ Deus, voluntatem tuam.
(1) Delitzsch, die Psalmen.
(2) AdHebr.,x, 5-9.
C'est la traduction latine des versets 7,8 et 9 de notre psaume, tel qu'on le lit dans la version des Septante. David, l'oint du Seigneur, s'est trouvé, par le fait d'une disposition divine, dans une situation d'esprit et dans des circonstances extérieures telles , qu'il a exprimé à l'avance dans son psaume les sentiments de Notre-Seigneur Jésus-Christ venant sur la terre. Dès que Saiil eut mis fin à ses jours sur les cimes de Gelboé, David était entré avec décision dans la carrière désormais ouverte devant lui. Il s'assit résolument sur le trône vacant de son prédécesseur. Ce ne fut pas toutefois sans comprendre la gravité du fait, ni sans réfléchir sur le mystère de cette nouvelle situation. Le psaume xxxix nous montre David se mettant en présence du Dieu qui, de si loin et de si bas, l'a conduit et élevé si haut. Il se rappelle les signes divins de sa vocation , tout ce qui pendant de longues années en a été la confirmation ; il évoque en son esprit et les prophéties du Pentateuque et la prophétie d'Anne. Si lui, David, n'est pas le Messie, du moins le Messie doit naître de la souche royale, de la dynastie qu'il est appelé à fonder. Le Saint-Esprit lui inspire les sentiments, lui dicte les paroles qui conviennent à la fois au Messie et à son royal représentant. C'est alors qu'il comprend que ni Moïse, ni sa loi , ni son culte , ni ses sacrifices ne peuvent sauver Israël et réaliser le salut du monde. Cette insuffisance est la raison de l'envoi d'un Messie-Rédempteur. C'est sous l'impression de ce sentiment de vocation messianique que David, figure du Christ, et ensuite le Christ lui-même ont pu dire : « Vous n'êtes satisfait. Seigneur, ni par les victimes, ni par les oblations : vous me l'avez fait entendre ; vous ne pouvez vous contenter ni d'holocaustes, ni des sacrifices pour le péché : alors j'ai dit : Voici que je viens, selon qu'il est écrit dans votre livre,