‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 172 sur 291 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

nous le ferons observer dans l'explication que nous donnerons plus loin de ces versets. Il n'est donc point nécessaire, comme l'a fait Hitzig-, de substituer Jérémie à David, indiqué par le titre comme auteur du psaume. Il est dangereux de s'écarter, quand on n'y est pas absolument forcé, des indications fournies par les traditions. De nombreux passages des psaumes, par suite du vague poétique qui est un des caractères du chant lyrique, conviennent également bien à plusieurs personnages de la Bible, et ce serait un tort d'exagérer la portée d'un mot ou d'un verset pour faire d'un psaume entier une application que la tradition ne justifie pas. Jahn, en usant de ce procédé, a fait Ézéchias auteur du psaume xxi; c'est également à tort , suivant nous , que Delitzsch attril)ue à Jérémie le psaume lxviii et les deux autres dont nous avons parlé. On ne peut nier qu'il n'y ait entre le psaume lxviii et le troisième chapitre des Lamentations de grands rapports et môme des ressemblances (1) ; on peut l'expliquer par la commune inspiration de l'Esp rit- Saint, ou même, si on le veut, par suite d'une réminiscence de Jérémie, qui connaissait les psaumes de David et en aurait reproduit plusieurs versets.

N'oublions point qu'il y a de grands rapports de situation entre les personnages bibliques qui ont eu l'honneur de figurer le côté douloureux de la vie du Messie. La Providence a échelonné dans l'histoire sacrée les figures de son Christ souffrant , et , par une disposition de Dieu , les prophètes, pour exprimer leurs douleurs , ont souvent pris le ton et reproduit les paroles du roi-psalmiste , qui fut leur chef et souvent leur modèle. Ils l'ont principa-

(1) Par exemple : Threni m, 14, 64 : Ego sum psalmus eorum. — Ps. V. 13: In me psallehant; Threni m, 15 : Inehriavit ahsynthio. — Ps. V. 22 : Potaverunt me aceto.

lement imité dans ses psaumes messianiques, dans ses chants de douleur ou d'allégresse. Jérémie s'assimila les écrits des prophètes qui l'avaient précédé. La ressemblance des prophéties montre bien la persistance d'une même image messianique qui flottait pour ainsi dire toujours identique à l'horizon des Voyants d'Israël.

Le juste qui exhale ses plaintes et ses gémissements dans le psaume lxviii , pourrait bien être , ainsi que l'a pensé Bossuet, David victime des attentats d'Absalom, éloigné de Jérusalem révoltée, outragé comme père et comme roi, et menacé jusque dans sa vie. Du verset l^"" au verset 30 nous entendons la voix de la plainte à laquelle succède bientôt la prière pour la délivrance. Pais du verset 30 au verset 37 la victime domine sa douleur et ses souffrances, s'élance dans Tavenir et s'abandonoe aux plus douces espérances. La prévision des châtiments réservés aux persécuteurs s'affirme sous la forme de malédictions contre un ennemi qui triomphe hypocritement des douleurs de la victime , et qui pousse l'audace jusqu'à voir dans les souffrances du patient une punition de Dieu. Cet ennemi nous apparaît sous les traits d'Achitophel, l'aïeul de Bethsabée, qui est lui-même la figure du traître Judas auquel saint Pierre applique le 26® verset de ce psaume (1), Achitophel, le parent, le conseiller, le consolateur que David estimait et affectionnait tant, devenu son plus mortel ennemi.

Ce psaume est à la fois figuratif et prophétique. Il expose une situation pleine de douleurs dont Jésus-Christ offre dans sa passion la réalisation parfaite : le Saint- Esprit , qui était dans David , a donné à ce roi d'entrevoir le mystère de ses épreuves. Le prophète-roi a compris

(I) Act. , I, 20.

qu'en le persécutant ses ennemis persécutaient à la fois Dieu et son Christ, c'est-à-dire ce Messie qui devait naître de son sang et dont , parce qu'il en était la fig ure , il partageait à la fois les persécutions et toutes les destinées. Aussi David , en chantant ses douleurs , est inspiré par un sentiment plus large, plus profond, plus élevé que le sentiment d'une douleur privée et d'un outrage personnel. Il gémit, se plaint, menace et triomphe en présence d'événements infiniment plus grands que ceux qui peuvent tenir dans le cadre historique de son règne.

En peignant ses propres malheurs, il semble avoir idéalisé sa personne et s'être vu lui-même dans celle du Messie au jour de la Passion. L'Esprit-Saint plaçait sous son regard le Christ dont le prophète éprouvé était la figure. C'est pourquoi les traits tracés par le pinceau prophétique s'appliquent mieux à la victime du Calvaire qu'à celle de Mahanaïm , et quelques-uns ne conviennent littéralement qu'à Jésus.

Voici la traduction sur l'hébreu de ce psaume admirable.

Salvum me fac^ Deus.

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