‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 175 sur 291 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Comment un simple cantique peut-il être plus agréable au Seigneur que tous les sacrifices, si ce n'est en inspirant la foi dans le sacrifice même du Christ dont tous les autres n'étaient que la figure?

C'est ce qu'a méconnu Théodore de Mopsueste, justement condamné au deuxième concile de Constantinople. Dans les événements, dans les hommes et dans les paroles de l'Ancien Testament, il ne voulait pas voir une Providence disposant typiquement toutes choses en vue du Christ futur. Il était l'adversaire du double sens littéral et figuratif : il n'admettait que le premier et repoussait le second; il blâmait ceux qui avant lui avaient adopté la double signification soit des faits, soit des paroles. Il ne voulait pas en particulier qu'un même psaume fût applicable à David et au Christ : iterum de illo et itei'um de alio (1).

Il faut donc admettre la figure et son objet. Si David semble s'identifier avec le Christ , ce n'est que moralement. Il y a dans les psaumes deux personnes distinctes. Par le fait d'une inspiration divine , David s'élève audessus de lui-même jusqu'à la personne du Christ que Dieu lui révèle et qu'il chante. Ce Christ est devant lui , et par suite de ses indissolubles rapports avec le Messie qu'il représente. Messie qui devait participer à son sang et réaliser éminemment ce que David n'avait que figuré , il parle en son nom et comme lui, s'identifiarit moralement avec Jésus. Il a des paroles qui ne conviennent littéralement qu'à lui-même , il en a d'autres qui ne conviennent qu'au Christ et ne se sont réalisées qu'en lui.

Tel est, autant que nous avons pu nous le représenter, d'après les psaumes et les saints Pères, le mystère de l'inspiration prophétique des psaumes de David. (1) Constant. Concil. II , coll. IV, n. xxiv.

Aux preuves intrinsèques qui établissent le caractère messianique du psaume lxviii viennent s'ajouter des témoignages nombreux fournis par le Nouveau Testament. Pour le dire en passant, la manière dont les Évangiles, les Épitres de saint Paul , les Actes des Apôtres , citent ce psaume , est très favorable à l'opinion que David en est l'auteur : saint Paul le dit expressément. Aucun chant du royal psalmiste n'est plus souvent mentionné dans le Nouveau Testament que les psaumes xxi et lxviii.

Lorsque , dans l'Évangile selon saint Jean , Jésus-Christ veut établir que la haine des Juifs contre lui était toute gratuite et sans cause , il fait allusion au verset 5 de notre psaume (1). Car nous pensons que ce verset 5 est visé en cet endroit du quatrième Évangile, plutôt que le verset 19 du psaume xxiv.

Quand Jésus chasse les vendeurs du temple (2) , saint Jean fait observer que cet acte de zèle vengeant la sainteté du sanctuaire est l'accomplissement de la prophétie contenue au verset 10 du psaume lxviii : C'est parce que le zèle de la maison de Dieu me dévore, que les outrages de ceux qui insultent le Seigneur retombent sur moi. Saint Paul (3) reproduit aussi comme une prophétie ce même verset 10 : Etcnim Cliristus non sibi placuit^ sed sicut scriptum est : Improperia improperantium libi ceciderunt super me.

Les Actes des Apôtres [k) déclarent que la malédiction contenue dans le verset 26 s'est accomplie dans Judas Iscariote : Sicut scriptum est in libro Psalmorum : fiât commoratio eorum déserta et non sit qui inhabilet in ea. Il est vrai que le psaume applique à plusieurs ce qui dans les Actes ne se réalise que dans un seul; mais, comme on l'ajuste-

(1) Joan.

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