CHAPITRE III
répandait sa douleur devant Dieu ; mais son âme était bientôt consolée par Fespérance et par les visions du Seigneur. Sa propre image lui apparaissait sous les traits d'un juste persécuté, victime de l'ingratitude des hommes; il se voyait dans la personne du Messie. Il priait, et la passion du Christ avec ses principales circonstances lui fut plus d'une fois divinement révélée. Ce qui arrive au poète, lorsqu'à l'aide de l'imagination et sous le coup de ses propres infortunes, il crée des personnages, une situation, et donne la vie et le mouvement à des êtres fictifs, est arrivé surnaturellement à David : le Saint-Esprit mettait sous ses yeux les personnages et le drame; tout ce qu'il voyait recevrait un jour la consécration de la réalisation historique. Il s'est vu sur la croix, soit en personne, soit dans la personne du Messie, dont il ne se séparait pas; il s'est vu les mains et les pieds percés, lâchement insulté par ses ennemis frémissants. « David , dit Bossuet, s'est uni au Christ, il s'est jeté par la foi entre ses bras amoureusement étendus à un peuple contredisant ; il a goûté le fiel et le vinaigre; il a tout vu, jusqu'à l'histoire de ses habits divisés et de sa rohe jetée au sort (1). Il a va aussi toute la suite de ses humiliations : tous les peuples de la terre se ressouvenir de leur Dieu oublié depuis tant de siècles; les pauvres venir les premiers à la table du Mes" sie, et ensuite les riches et les puissants; tous l'adorer çt le bénir; lui présidant dans la grande et nombreuse église^ c'est-à-dire dans l'assemblée des nations converties, et y annonçant à ses frères le nom de Dieu et ses vérités éternelles (2). »
Cette vision a passé devant ses yeux et sans doute lorsqu'il se demanda si, avant d'être glorifié, il souffrirait dans
(1) Élév. sur les mystères. X' s., 3« élév.
(2) Hist. universelle^ Ih part., ch. iv.
son propre corps, dans son propre esprit, tous ces horribles tourments, il lui fut révélé que si tout ce qu'il voyait par les yeux de l'âme ne devait pas et ne pouvait pas s'accomplir en lui , ces traits de la vision se réaliseraient tous, avec d'autres encore, un jour dans le Messie, dont il se savait le représentant. Au reste, il ne nous parait point nécessaire que David en ait eu la pleine certitude. En écrivant son psaume il se contentait de reproduire fidèlement les traits du tableau que l'Esprit-Saint avait tracé devant lui. Ajoutons que, si véridiques que soient les visions prophétiques, il est néanmoins dans leur nature de rester toujours obscures et un peu vagues; et il n'est point nécessaire que tous les traits qui peignent une situation soient rigoureusement réalisés. La vérité d'un portrait résulte de quelques lignes; elle est indépendante de l'ornementation et des accessoires. On se représente l'image messianique comme une grande, majestueuse et sympathique figure dessinée largement avec des traits qui conviennent à la fois au Christ et aux personnages sacrés qui l'ont représenté : sa réahsation se trouve à la fois dans l'Évangile et dans l'histoire des prophètes (1).
Encore ici, nous ne faisons qu'exposer la doctrine de saint Thomas, u Ce psaume, dit-il, parle d'événements présents et réels, en même temps figuratifs et prophétiques. Certains traits surpassent, pour ainsi dire, la force de Fhistoire , excédant quasi virtutem historiarum : ces traits se rapportent au Christ. »
Le cantique, continue le même docteur, se divise en
(1) Bossuet veut qu'on applique ce psaume à J.-C, depuis le premier mot jusqu'au dernier; qu'il n'y ait rien là pour David. Mais remarquons que Bossuet dit aussi que, « David étant le père, la figure et le prophète du Messie, il peut bien y avoir quelque verset qui puisse en quelque façon lui être adapté. » (Bossuet, Explication du î)s. \\i.) ^