CHAPITRE m
que l'auteur du Slahat mater exprime dans les strophes trempées de douleur que l'Église chante aux jours de la passion. Cette peinture est précédée d'un reproche plein d'amour adressé par Jésus-Christ à son Père : Vous, dit-il, vous qui avez été si bon, si secourable, si généreux toujours pour vos enfants d'Israël, comment êtes-vous inflexible pour moi? Comment n'ètes-vous pas là pour me secourir?
Les demandes que le Fils de Dieu adresse ensuite à son Père correspondent aux diverses phases de son sacrifice. Je vais mourir, dit-il, mais vous soutiendrez mon courage. Je vais mourir, mais vous recevrez mon dernier soupir. Je vais mourir, mais vous exaucerez mes prières. Je vais mourir, mais vous rendrez ma mort profitable et glorieuse. Votre gloire sera chantée dans les grandes assemblées. Les humbles seront consolés, les pauvres rassasiés. Les peuples des extrémités de la terre se convertiront.
Ce psaume , comme les trois autres qui prédisent la passion , dit saint Thomas , commence par un cri de douleur et se termine par Valleluia du salut des peuples (1).
Ici encore ne séparons point David, figure du Messie, du Messie lui-même. C'est le fils d'Isaï qui a composé le psaume, ainsi qiie le porte le titre inscriptif, et le Christ prend la voix de David pour exprimer ses douleurs.
A quelle époque de la vie du psalmiste royal se rapporte le psaume xxi? Dans quelle situation morale Tat-il composé? A quel phénomène psychologique, à quel fait surnaturel, à quelle action mystérieuse de Dieu sur l'âme de David correspond-il?
Nous ne pourrions répondre à ces questions que par des hypothèses, dont il est toujours sage de n'user qu'avec
(1) D. Thoin. Aquin., Eaposiiio in psalm. \\i.
réserve. Nous dirons toutefois que notre psaume nous semble avoir été composé clans la première phase de la vie de David, c'est-à-dire avant son péché, quand, persécuté dans son innocence, il était moins dissemblable de la victime immaculée du Calvaire, quand, uni à cette victime, il souffrait comme elle pour les péchés des autres, quand il pouvait avec plus de raison se plaindre amoureusement à Dieu du traitement qu'il subissait. C'est l'opinion de saint Thomas : Il s'agit ici, écrit l'Ange de l'école, de la persécution dirigée contre David par Saiil et de l'irritation de tout le peuple d'Israël déchaîné contre le fils d'Isaï : Satil l'avait peint sous des couleurs odieuses comme un révolté, allié aux Philistins (1).
Nous nous représentons le roi déchu quittant Gabaa pour poursuivre David. Nous voyons le peuple, oublieux des acclamations avec lesquelles il saluait le vainqueur de Goliath et des Philistins, former la haie sur le passage de la petite armée de Saiil, encourageant les soldats et leur chef de ses cris d'espérance et de ses vœux chaleureux, maudissant le fugitif errant et abandonné. Nos yeux suivent les trois mille hommes de Saiil allant à la recherche du proscrit, fouillant les bois et les montagnes, puis, comme un serpent sans fin, se déroulant au pied d'une colline pour envelopper David et ses compagnons : la trahison a révélé leur présence dans la caverne d'Odullam. C'est, pensons-nous, au souvenir des angoisses que ces dangers avaient fait éprouver à David, dans l'appréhension d'en devenir un jour victime, dangei^ passés, mais sans cesse renouvelés, c'est dans les heures sombres, en présence de ces scènes douloureuses, que David
(1) Hic agilur de persecutione quam passus est David a toto populo qui eum abjecit ad mandalum Saïilis. (D. Thomas Aquin., loc. cit.)