CHAPITRE IV. 3ol
Juifs assemblés, où il l'applique au Christ ressuscité; une autre fois clans son épitre aux Hébreux, où il l'entend de la naissance éternelle de Jésus (1). Aux yeux de l'Apôtre, les anges ne peuvent être comparés avec lui : seul il a été proclamé solennellement Fils de Dieu. Les Juifs modernes ont eux-mêmes confessé que le Messie doit avoir avec le Dieu créateur des rapports différents de ceux qui relient à Dieu les plus parfaites de ses créatures (2) .
8. « Demande, et je te donnerai les nations en héritage , et ton domaine s'étendra jusqu'aux confins de la terre. »
David s'était mis en prière pour obtenir de Dieu la victoire sur les nations voisines de la Palestine , unies contre la monarchie naissante d'Israël. Mais cet épisode local de la guerre des puissances du monde contre le règne de Dieu disparait , pour ainsi dire , devant la grandeur des événements qui sont révélés par Dieu au représentant du Christ. Ce que David demande dans une nécessité particulière et pressante , à savoir la défaite des Moabites et des Syriens, lui sera accordé : « sa réputation se répandra parmi tous les peuples, et le Seigneur rendra son nom redoutable à toutes les nations (3). » Mais sa prière sera
(1) Act., XIII, 33. — Ad Hebr., i, 4 et 5. — On doit croire, dit Bossuet, que la naissance du Fils de Dieu selon la chair est une suite naturelle et comme une extension de sa génération éternelle. Par l'effet du même dessein, cette chair unie au Verbe devait sortir du tombeau avec une gloire immortelle, et tout cela, dans l'ordre des conseils de Dieu, était une suite de cette parole : Filius meus es tu; ego hodie genui te. C'est aussi pour cette raison que saint Paul applique le genui te du psalmiste à la résurrection du Fils de Dieu, parce qu'elle en est une suite, et que l'éternelle génération de Jésus-Christ comprend en vertu tant sa sortie du tombeau que sa sortie virginale du sein de sa Mère. {Nouveau Testament de R. Simon, P* instruction.)
(2) Voyez Maimonides, Porta Mosis.
(3) 1 Parai., xiv, 17.
exaucée dans une mesure et dans une proportion bien autrement considérables. Le prophète-roi est le représentant du Christ; et le Seigneur révèle à David les triomphes du Messie sur les nations qui se mettront en lutte contre lui. Tout ce que ce Messie, Fils de Dieu, engendré de toute éternité , demandera, lui sera accordé. Toutes les nations seront son héritage, et son royaume s'étendra jusqu'aux contins de la terre. Tout ce que le Père possède, il le donnera à son Fils bien-aimé.
Cette interprétation du verset 8 est confirmée par le Nouveau Testament (1) : « Tout ce que le Père possède appartient au Fils. Le Père aime le Fils, et il a mis toute chose en sa main (2). » Dans le premier membre du verset, Dieu promet à l'oint du Seigneur les nations païennes {gentes^ O]']^); dans la seconde partie, la terre tout entière. Son droit s'étendra non seulement sur les adorateurs des faux dieux, mais aussi sur les peuples qui reconnaissent le Dieu véritable. Il convertira les premiers, il régira les seconds, et brisera tous les obstacles et toutes les résistances, soit qu'elles viennent des infidèles, des Juifs ou des hérétiques.
9. c( Tu les broieras sous une verge de fer; tu les briseras comme le vase du potier. »
Le sceptre des rois ne fut longtemps qu'une longue verge de bois , une sorte de bâton plus long et plus orné que les autres. Le qualificatif ferrea indique que, si le sceptre du Messie est une houlette inoffensive pour les bons, il devient une arme terrible contre le méchant. L'homme a été tiré de l'argile ; il n'offre pas plus de résistance aux
(1) Joan., XVI, 15 ; xvii, 10. — Luc, xv, 31.
(2) Joan., III, 3j.