CHAPITRE III
Les Philistins s'étaient avancés jusqu'à Sunam, dans la Palestine septentrionale : Saûl, à la tête de son armée, avait pris position sur les hauteurs de Gelboé, en vue des ennemis. Avant l'action, Satil, plein de sombres pressentiments, alla secrètement consulter la pythonisse d'Endor , en la priant d'évoquer l'ombre de Samuel. Le prophète apparut en effet, enveloppé d'un long manteau, et ses paroles furent terribles pour le roi infidèle : « Jéhovah a arraché le royaume de tes mains pour le donner à David, son serviteur, parce que tu n'as pas obéi à la voix de Jéhovah (1). » Le lendemain du jour où fut prononcée cette terrible prophétie, s'engagea une bataille où les Israélites furent taillés en pièces. Satil, ayant vu tomber à ses côtés Jonathas et deux autres de ses enfants, se jeta sur son épée pour ne pas recevoir la mort de la main des Philistins. Ceux-ci lui coupèrent la tête, exposèrent son cadavre acéphale au-dessus des murs de Beth-Schéan, et déposèrent ses armes comme trophées à Ascalon, dans le temple de la déesse Astoreth (Astarté), la Vénus asiatique (2).
A la nouvelle de la mort de Satil, David fit éclater la douleur la plus vive et la plus sincère ; les persécutions qu'il avait essuyées de la part de ce roi ne lui avaient point fait oublier les bienfaits qu'il en avait d'abord reçus. Il le pleura; il pleura surtout son ami Jonathas, et il exhala ses regrets dans une touchante élégie dont la Bible nous a conservé les fragments.
Ta noblesse, ô Israël, est tombée sur les hauteurs. Comment sont-ils tombés, les héros (gibborim)?
(01 Reg., XXVIII. Sur la pythonisse et l'évocation de l'ombre de Samuel, voir : Prophéties messianiques des deux pi'emiers livres des Rois, p. 4t. (2) I Reg., XXXI.
Ne le dites pas dans Geth, Ne ranuoncez pas dans les rues d'Ascalon, De peur que les filles des Philistins ne s'en réjouissent. Que les filles des incirconcis n'en tressaillent de joie. Montagnes de Gelboé,que ni la rosée ni la pluie ne descendent sur vous, Que vos champs ne produisent plus de riches prémices ;
Car là fut jeté le bouclier des héros, Le bouclier de Saûl, 'comme s'il n'eût pas été l'oint de Jéhovah. Jamais la flèche de .lonathas ne revenait sans le sang des morts. Sans la graisse des forts, Ni l'épée de Saùl sans blessure n'était retirée. Saùl et Jonathas, si aimables, si beaux dans leur vie, Inséparables même dans la mort.
Plus rapides que les aigles, Plus forts que les lions! Filles d'Israël, pleurez sur Saûl Qui vous couvrait de pourpre et d'étoffes délicieuses, Qui ornait d'or vos vêtements.
Comment sont-ils tombés, les héros, au milieu de la bataille ?
Jonathas gît, percé sur tes montagnes, ô Gelboé, La douleur m'oppresse à cause de toi, mon frère Jonathas,
Car tu m'étais bien cher ; On ne peut aimer une femme autant que je t'aimais. Comment sont-ils tombés, les héros?
Comment ont-ils péri, ces nobles guerriers (1)?
Malgré sa sincère douleur, David se hâta de profiter d'un événement qui le mettait à même de revendiquer les droits
(1) IIReg.,i. Devantcette altitude magnifique de David, que dit M. Renan? Il ne peut nier la pièce ; elle appartient, à son grand regret sans doute, « aux plus anciens recueils ». Mais, dit-il, on « l'a attribuée à David ». Et comme cette concession lui coûte, il écrit une note dont la perfidie n'a d'égale que l'obscurité, et dont il voudrait qu'on tirât la conclusion que cette admirable élégie, cet éclatant témoignage de la magnanimité de David, est composée pour la plus grande partie « de scolies marginales insérées en paquet dans les textes ». {Hist. du peuple d'Israël, 1. 1, p. 434.) Comme ce reste de concession lui pèse encore, il finit par dire (p. 441) que cette élégie vient sans doute du lasar. Pourquoi traiter de la sorte un monument historique qui est la base même de Y histoire ([nW écrit?