CHAPITRE III
nous. Tant que nous avons été avec eux dans le désert, il ne s'est rien perdu de nos troupeaux. Ils nous servaient de murailles le jour et la nuit (1). »
David , dans les résistances inévitables qui suivaient quelquefois ses demandes, prouva un grand esprit de modération et même de clémence. Qu'il suffise de rappeler ici la facilité avec laquelle, à la prière d'Abigaïl, il pardonna la dureté et même les outrages du riche Nabal, qui , un jour de grand festin , celui de la tonte des brebis , lui avait refusé les vivres nécessaires , en le traitant de vagabond. Cette fois , David irrité allait démentir son renom de clémence et de bonté. Dieu ne le permit pas. Aux premières paroles d'excuse d'Abigaïl, femme de Nabal , toute pensée de vengeance s'évanouit dans son cœur. iMais Nabal comprit si bien, au retour d'Abigaïl, à quel danger il s'était exposé, qu'il en fut saisi de tremblement et mourut dix jours après (2).
Si attentif que David se montrât à ménager les intérêts des gens au milieu desquels il se réfugiait, il ne parvenait pas à empêcher les mécontentements. Les dons qu'on lui faisait ressemblaient beaucoup à des impositions forcées. David était sans cesse obligé de changer de lieux pour diminuer les charges des pays où il séjournait. C'est ainsi qu'il se vit contraint de retourner clans le désert de Ziph , où les habitants le virent revenir avec incjuiétude. Les gens de ces contrées dénoncèrent une seconde fois sa présence au milieu d'eux à Saûl. Celui-ci se mit de nouveau à la poursuite de David et tomba encore une fois entre ses mains (3). Accompagné d'un seul homme, le fils d'Isaï
(1) I Reg.,xxv, 1-17.
(2)IReg.,xxv, 18-38.
(3) Ces incidents montrent bien le caractère de ces guerres de guérillas. David savait se dérober et revenir inopinément sur ses pas. Il avait les ruses et le flair des chasseurs pour surprendre la proie dont ils devinent les habi-
pénétra la nuit jiiscpe dans la tente du roi, et, au lieu de le tuer, ainsi que le voulait son compagnon, il se contenta de lui enlever sa lance et sa coupe (1).
David comprit que son séjour au milieu des Israélites était désormais impossible. 11 alla de nouveau chercher un refuge parmi les Philistins. Ceux-ci voyaient maintenant en lui un irréconciliable ennemi de Saiil et ils pensèrent à utiliser contre le roi d'Israël la troupe aguerrie des fugitifs. Achis, roi de Geth, leur permit d'habiter Siceleg. Ils y vivaient du fruit de leurs excursions contre les tribus arabes ennemies de ce roi. David faisait aussi de fréquentes sorties sur les terres des Amalécites, servant ainsi toujours, même dans son exil, la cause de sa patrie (2). Mais bientôt Achis voulut que son hôte combattit les armées d'Israël, commandées par Satil. David, ne sachant comment s'en défendre, suivit avec tristesse l'armée des Philistins, comptant sans doute sur Dieu pour lui épargner un combat fratricide. Sa confiance en Jéhovah, dans cette lutte intérieure où le plaçaient, d'une part, la nécessité et, de l'autre , le patriotisme, ne fut point trompée. Les princes ligués contraignirent Achis à éloigner cet Hébreu, qui excitait leur défiance (3). Il était retourné à Siceleg et combattait contre les Amalécites, lorsque lui parvint la nouvelle de la fin tragique de Saiil et de Jonathas.
ludes et les besoins. Les commentateurs observentque Saiil fut manifestement inférieur; pendant quatorze ans, il fut souvent surpris par David, et il ne le surprit jamais. Son âge, son besoin de sommeil le rendaient pesant et impuissant devant David agile, ingénieux et entreprenant. Pour nous, nous voyons là surtout un témoignage des protections de Dieu.
(1) 1 Reg., XXVI, l-t6. On a voulu confondre ce second acte de générosité avec celui de la caverne d'Engaddi. Le lieu, les circonstances, l'époque sont diflférents. Ce n'est pas le même fait raconté deux fois avec des circonstances diverses ; ce sont deux faits parfaitement distincts. David cherchait à désarmer le roi en multipliant les preuves de son respect pour sa vie.
(2) I Reg., xxvii.
(3) I Reg., XXVIII, 1-4 ; xxix.