CHAPITRE IV. 3ei
Appréciations critiques.
Selon plusieurs commentateurs modernes, et même suivant quelques anciens comme Origène, Théodoret, ce psaume ne serait point de David. Il n'aurait même été composé qu'après la captivité de Babylone. Mais ces auteurs ne s'accordent pas quand il s'agit de déterminer à quelle occasion il a été écrit. Les uns disent que l'occasion du psaume a été l'érection d'un simple autel que les exilés placèrent, la première année de leur retour, au lieu où avait été élevé le temple de Salomoii. D'autres croient que le psaume se rapporte à la pose de la première pierre du second temple, ou mieux à la fête de la consécration qui suivit son achèvement. Nous ne voulons repousser absolument aucun de ces sentiments ; mais nous préférons à ces hypothèses l'opinion des commentateurs qui, attribuant le psaume à David, pensent qu'il se rapporte à l'événement de la translation de l'arche. « On ne peut nier, dit dom Calmet, que ce sentiment ne se soutienne fort bien (1). » Plusieurs motifs peuvent être invoqués en sa faveur. Ces paroles : Quoniam in sœculum misericordia ejus, qui sont répétées cinq fois comme une sorte de refrain dans le psaume cxvii, au commencement et à la fin du cantique, nous les retrouvons dans les psaumes cv et cvi. Or tous deux sont de David, et au témoignage du livre des Paralipomènes (2), elles ont été prononcées par David lorsque, au moment de la translation de l'arche à Sion, il institua Asaph et ses frères maîtres de chœur.
D'autre part, le verset 19 reproduit presque identiquement le verset 7 du psaume xxiii, qui appartient à David.
(1) Rosenmûller n'admet pas que ce psaume puisse convenir à la dédicace du second temple, et il appelle opinion commune celle qui l'attribue à David.
(2) I Parai., xvi, 8-36.
Avant la captivité de Babylone, Isaïe semble avoir connu le psaume cxvii et s'en être inspiré. Nous lisons au verset 22 de notre psaume : « La pierre que les constructeurs avaient rejetée, est devenue pierre angulaire de l'édifice. » Or Isaïe parle (1) d'{ine pierre angulaire, placée par Jéhovah sur la montagne de Sion. Cette pierre, aux yeux d' Isaïe, cette pierre placée in fundamentis Sion, semble désigner la pierre de notre psaume, David luimême, figure du Messie.
La traduction chaldéenne substitue au mot pierre angulaire l'expression fils de Jessé; Raschi à son tour déclare que David est bien la pierre dédaignée. Cette traduction juive a été recueillie par les Évangiles. Saint Matthieu, saint Jean (2) font remonter à David, en l'appliquant à Jésus, l'hosanna que le peuple chante autour du Christ au moment de son entrée triomphante à Jérusalem, parce que David repoussé par Satil et Jésus rejeté par les pharisiens étaient vraiment considérés par le peuple comme une pierre, d'abord violemment écartée, mais devenue bientôt la pierre angulaire d'Israël.
A nos yeux, ce qui fait l'importance capitale du psaume, ce n'est ni le nom de son auteur, ni l'occasion de sa composition, mais bien le caractère messianique de ce chant admirable; et tous les commentateurs chrétiens sont ici d'accord.
En effet, il est impossible d'admettre que tout ce que dit le maître de chœur ne se rapporte pas à un objet plus grand et plus élevé que David et son peuple. David et Israël ne peuvent être considérés ici que comme des figures du Christ et de son Église, bien que les expressions puissent, en tant que figuratives, se rapporter
(1) Isa., XXVIII, 16.
(2) Malth., XXI, 9. — Joan., xii, 13.