CHAPITRE IV
22. « La pierre que les constructeurs avaient rejetée est devenue pierre angulaire de l'édifice.
23. « C'est l'œuvre de Jéhovah : nous l'avons vue de nos yeux et nous l'avons admirée.
24. « Le Seigneur a fait cette journée : soyons dans la joie et l'allégresse. »
Ces paroles sont celles du second chœur, un hymne prophétique où éclate la reconnaissance du roi. David est exaucé : l'arche d'alliance, gage de son salut et de l'immortalité de sa race , va être déposée dans Sion.
Le verset 22 est le plus important du psaume au point de vue prophétique ; il est particulièrement cité dans le Nouveau Testament, ainsi que nous l'avons dit, et les Pères le regardent tous comme messianique.
Le Targum, qui a reproduit la tradition juive et la tradition chrétienne, s'exprime ainsi : Puerum despexerunt œdipcatores qui fuit inter filios haï et meruit constitui rex et dominator. En interprétant le verset 1 du chapitre v de Michée , Raschi à son tour applique ce verset à David. En effet, l'histoire de David est l'explication naturelle et nécessaire de ce verset allégorique et prophétique. La pierre angulaire de l'édifice monarchique d'Israël, c'est David, figure du Christ, pierre angulaire de l'Église. Cette expression a un sens très juste, très ferme, très compréhensible, appliqué à l'un et à l'autre. Il semble que, chez les Juifs, le choix des pierres angulaires, ou du moins de la première qui était posée , donnait lieu , non seulement à un examen sérieux des constructeurs, mais encore à une sorte de fêté. N'est-ce point un indice de cet usage très ancien que l'on retrouve dans Job (1) et dans Zacharie (2)? D'après Job, quand
(1) Job., XXXVIII, 6.
(2) Zach., m, 9. Adducam servum mevm orientem. Quia ecce lapis.
Dieu posa les fondements de la terre , les étoiles du matin se réjouirent.
David, en transportant l'arche sur la montagne de Sion, faisait Dieu et son sanctuaire comme solidaires de sa cause ; il lui était donné d'accomplir un acte si important pour lui-même et pour sa dynastie, qu'il pouvait métaphoriquement considérer sa royauté comme fondée, et se regarder déjà lui-même comme la pierre angulaire. La faveur divine l'avait fait soutien de l'État, soutien bien différent de ceux dont parle Isaïe (1) et que le Seigneur enlève à Israël au moment du danger. David devait au contraire être à jamais le soutien de son peuple. C'est autour de sa race que devaient se rallier les restes des tribus, décimées par le malheur et par l'exil.
Le sens qu'il faut attacher au mot constructeurs^ D''Jlnn, que saint Paul traduit par architectes (2), désigne les chefs officiels de l'état politique et religieux; dans notre psaume il désigne certainement Satil et ses partisans, qui rejetaient absolument David. A l'égard de Jésus-Christ, ce furent les prêtres juifs et les pharisiens qui repoussèrent le Fils de David, objet dernier des promesses. C'est ce que Jésus affirma lui-même : Nunquam legistis in Scripturis : Lapidem quem reprobaverunt œdificanles^ hic faclus est in caput anguli? A Domino factum est istud, et est mirahile in oculis nostris (3)? Saint Pierre et saint Paul l'ont affirmé à leur tour (4). Avant eux, mais après David,
quem dedi coram Jesu : super lapidem unum seplem oculi sunt : ecce ego celabo sculpturàm ejus, ait Dominus exercituum.
(1) Isa., III, 2 et 3. Ecce do minator Dominus exercituum auferet a Jérusalem... fortem et virum hellatorem... priucipem... et sapientem de architectis... et effeminati dominabuntur eis.
(2) I Cor., m, 10. Cf. Hebr., m, 3.
(3) Malth., XXI, 42.
(4) Act., IV, 2. — I Petr., ii, 4-7. — Eph., ii, 20.