CHAPITRE IV
Isaïe n'avait-il pas prédit le Christ sons la même image en disant : Ecce ego mittam in fundamentis Sion lapident , lapident prohatum^ angularem, pretiosum, in fundamento fundatum (1)? Aussi, quand Jésus-Christ et les apôtres citèrent le verset aux pharisiens, nul ne s'avisa de nier son caractère messianique.
Ce caractère est ici tellement évident, qu'il n'est pas nécessaire de s'arrêter plus longtemps à le prouver. Saûl a repoussé le Messie dans la personne de David ; le sanhédrin a répudié le Christ (2). Il n'est rien de plus clair dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Aussi Bossuet a-t-il pu dire excellemment : « De même que David repoussé par Saiil, et quelque temps même par les dix tribus , est devenu à la fois leur chef à tous ; de même le Christ, rejeté d'abord par les Juifs et les Gentils, est devenu bientôt le chef, la tête des uns et des autres. Il est cette « pierre vivante , précieuse , cette pierre d'angle » rejetée par les Juifs comme inutile à l'édifice, mais placée par Dieu , le premier architecte , à la jonction des deux murailles, pour les réunir et les supporter à la fois, c'est-à-dire que le Christ est devenu le lien et l'assise de toute l'Église formée des Hébreux et des Gentils : et qui ne s'appuie point sur cette pierre , ne peut que périr (3). »
Tout en conservant au verset 22 son sens messianique, Hengstenberg , pour soutenir que le psaume n'avait été composé qu'après la captivité , a prétendu que la pierre angulaire du texte désignait le peuple juif, et que les constructeurs étaient les nations hostiles à Israël , mais impuissantes à réaliser leurs projets ennemis. On doit
(1) Je vais mettre pour fondement de Sion une pierre éprouvée, angulaire, précieuse, qui sera un ferme fondement. (Isa., xxviii, 16.)
(2) Matth., XXI, i2. — Marc, xii, 10-13. — Luc, xx, 17 et seq.
(3) Bossuet, loc. cit. — Bellarmin, loc. cit.
observer que les peuples ennemis d'Israël étaient pour la nation juive des destructeurs et non des constructeurs. Le psaume a un caractère personneF trop prononcé pour que l'on admette ici , sous le nom de pierre angulaire , un être collectif comme le peuple juif tout entier. De même que le Nouveau Testament voit Jésus-Christ dans la pierre angulaire , l'Ancien Testament a voulu sous ce même mot indiquer une seule personne, David, figure du Messie. Nous croyons que tout concorde à justifier la date que nous admettons pour la composition du psaume, qui doit remonter au temps de la translation de l'arche d'alliance.
Ces paroles du verset 24 : Soyons dans la joie et V allégresse, justifiées pleinement, si on les applique à la translation de l'arche , s'expliquent moins bien s'il s'agit de l'inauguration du second temple. Esdras ne nous dit-il pas (1) que cette dernière cérémonie eut un caractère plus mélancolique que joyeux? Le nouveau temple comparé au premier disait à lui seul les malheurs passés et rindigence présente d'Israël. Au lieu de se réjouir, les vieillards versaient des larmes de tristesse et de regret. Les beaux jours d'Israël étaient finis; l'avenir sombre de ce peuple, déjà vieilli, contraste avec la situation florissante de la monarchie naissante, fière et heureuse des victoires de David.
Mais quel est au vrai ce jour qu'a fait Jéhovah, où nous devons nous réjouir et tressaillir d'allégresse? Ce jour, répondent les commentateurs, est celui de la résurrection de Jésus-Christ (2). « C'est un jour vraiment fait par Dieu, celui où la pierre rejetée par les Juifs dans la passion est devenue une pierre vivante
a)Esdr., m, 12.
(2) Bellarm., lac. cit.