Vous le faites régner sur les œuvres de vos mains
8. Vous avez tout placé sous ses pieds, les brebis, les bœufs, tous les troupeaux avec les animaux des champs,
9. Les oiseaux du ciel, les poissons de la mer, tout ce qui se trace un sentier sous les ondes.
10. Jéhovah, notre Souverain, que votre nom est glorieux sur toute la terre!
On n'a point contesté que ce psaume soit de David. Mais, parmi les modernes, on a méconnu la signification historique et messianique que nous lui reconnaissons. L'application du psaume viii à Salomon et au Messie est cependant justifiée.
Les anciens interprètes lui reconnaissent volontiers un sens messianique direct ou indirect. Vatable, Hengstenberg, Hofmann ne nient point que les textes ne puissent s'entendre du Messie. Stier et Klauss avouent que c'est surtout dans le Christ que la faiblesse humaine est réhabilitée dans la gloire.
Il s'agit en effet dans ce psaume de la faiblesse et de la dignité de l'homme, de l'antinomie, de l'opposition que saint Paul et les philosophes ont remarquée. Or nulle part le contraste de cette faiblesse et de cette grandeur n'apparaît mieux qu'en Salomon, figure du Christ ; car où trouver ailleurs que dans le Christ la vraie grandeur de l'homme?
L'homme, considéré en lui-même, avec ses seules facultés, mérite-t-il la situation si élevée que lui attribue le psalmiste? Avant sa faute, Adam, au paradis terrestre, était sans nul doute le vrai roi de la création; il en était la sagesse, il en était l'intelligence, il en était
la prière. Mais continua-t-il d'être tel quand il fut chassé de FÉden? Pour le retrouver maître et roi au sens moral, il est besoin de le considérer régénéré par la rédemption du Christ et dans le Christ, dont il est devenu membre; quant à la royauté sur la nature, l'homme est resté déchu, ou du moins considérablement amoindri; il est presque toujours réduit à la défensive contre les éléments et contre les animaux; il n'est pjus qu'un monarque très abaissé. C'est par le Christ et les lumières de la civilisation chrétienne que l'homme tombé a retrouvé sa meilleure autorité. Il est difficile d'imaginer que David, en célébrant l'homme comme il le fait, n'ait pas eu en pensée l'Héritier des promesses divines, cet idéal qui remplissait son esprit. Salomon lui-même n'a été que la figure de l'objet final des promesses. Observons que les attributs de l'homme, tels qu'ils sont chantés dans le psaume , la gloire et la majesté, lin lIlD, sont les attributs mêmes que la Bible donne à Dieu et à son Messie. Saint. Paul le reconnaît formellement dans l'Épître aux Hébreux (1) : la sujétion complète de toute la création ne peut convenir qu'à Dieu et à' son Christ. Le meilleur commentaire du psaume est ce passage de l'apôtre : Teslatus est autem in quodam loco guis, dicens : Çi*t5 est homo quod memor es ejus, aut filius hominis quoniam visitas eum? Minuisli eum paulo minus ah angelis; gloria et honore coronasti eum, et constituisti eum super opéra manuum tuarum. Omnia subjecisli sub pedibus ejus. In eo enim quod ei omnia subjecil, nihil dimisit non suhjecttim ei. Nunc aulem necdum videmus omnia subjecta ei. Eum aulem qui modico quam Angeli minoralus est, videmus Jesum, propter passionem
(1) Ad Hebr., ii, 6-9.