CHAPITRE VIII
tète , et il ne cessait de redire ces paroles désespérées : « Absalom, mon fils! Mon fils, Absalom! »
Joab, d'autant plus irrité des larmes de David qu'il en était la cause volontaire, pénétra enfin dans le réduit où son maître s'était retiré : « Vous couvrez de honte vos serviteurs, lui dit-il; vous n'avez de tendresse que pour vos ennemis. Réservez-vous votre haine pour ceux qui viennent d'assurer votre repos au péril de leur vie? Si Absalom vivait et que vos braves fussent tombés au champ des morts, sans doute vous ne pleureriez pas ainsi! Levez- vous, il en est temps; l'armée s'impatiente et veut des félicitations. »
David ne répondit rien à ces arrogantes paroles ; mais dès cet instant Joab était perdu dans l'esprit du roi : il avait cessé d'être son généralissime. Le soldat brutal, jaloux, vindicatif, cruel, avait été toléré en considération du capitaine habile autant qu'heureux : David ne pouvait se décider à rompre avec son vieux compagnon d'exil, qui avait souffert avec lui, remporté tant de victoires, couru tant de périls pour lui assurer le trône et la gloire. Mais désormais le père tendre jusqu'à la faiblesse ne verra plus en Joab que l'assassin, l'assassin de son fils; il lui sera en horreur ; dès lors il jura de le remplacer par Amasa. L'histoire montrera les suites tragiques de cet événement (1).
Dissimulant sa douleur et son profond ressentiment, David se leva et vint s'asseoir aux portes de Mahanaïm. Il passa ses troupes en revue. Fières de cette marque de satisfaction que leur donnait le prince, elles firent éclater des transports de joie, et l'on se mit en marche pour Jérusalem (2).
(1) II Reg., XIX, 13.
(2) II Reg., XIX, 1-8.