‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 46 sur 291 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

d'hui Israël replace sur ma tête la couronne de roi? »

Alors, se tournant vers Séméi, il lui dit : « Non, vous ne mourrez pas. » Et il en fit le serment.

Miphiboseth, le fils boiteux de Jonathas, dont l'attitude et le séjour au milieu de Jérusalem révoltée avaient été dénaturés par Siba, son propre intendant, s'était fait conduire au-devant du roi. Il portait sur sa personne les signes du deuil et de la douleur : depuis la fuite de David il n'avait, dit l'Écriture, ni lavé ses pieds, ni coupé sa barbe, ni pris aucun soin de ses vêtements.

« Miphiboseth, lui dit David en l'apercevant, pourquoi ne m'avez-vous pas accompagné? — Mon seigneur et mon roi, répondit le fils de Jonathas, Siba mon intendant a lâchement abusé de mon infirmité. Ne pouvant suivre à pied le seigneur mon maitre, j'avais donné l'ordre de préparer une monture pour me joindre à votre escorte. Et lui, loin de m'obéir, est venu m'accuser auprès de vous. Mais, ô mon roi, vous êtes comme un ange de Dieu : traitez-moi selon votre volonté.

— Ne craignez plus, reprit David : comme j'ai ordonné à Siba de se saisir de vos biens, je ne puis faire tout ce que je désirerais; mais je veux qu'il vous en rende du moins la moitié. — Qu'il garde tout, répondit Miphiboseth : il me suffit de voir le roi mon maitre rentrer pacifiquement dans ses États. «

Une autre scène non moins touchante s'offrit aux yeux. Berzellaï, ce riche et généreux prince de Galaad, que nous avons vu aider de ses ressources et de son influence David fugitif à Mahanaïm, avait quitté sa ville de Rogelim pour escorter le roi jusqu'au Jourdain.

C'était un magnifique vieillard de quatre-vingts ans. Avant de s'éloigner de David, il vint lui faire ses adieux. « Pourquoi ne me suivez-vous pas jusqu'à Jérusalem? lui

dit le prince? Venez; vous habiterez mon palais et vivrez en repos auprès de moi. »

Et Berzellaï répondit : «Hélas! monseigneur, suis-je donc en âge d'aller avec vous à Jérusalem? J'ai aujourd'hui quatre-vingts ans. Je ne goûterais point les délices des festins, n'étant plus capable de discerner entre le doux et l'amer; mon oreille affaiblie serait insensible à l'harmonie des concerts. Ma vieillesse serait un fardeau pour le roi mon seigneur. Je vous accompagnerai seulement jusqu'au delà du Jourdain. Permettez-moi ensuite de retourner en ma cité de Rogelim, afin que je meure dans ma patrie et que mes restes reposent à côté de ceux de mon père et de ma mère bien-aimée. Que si pourtant vous voulez me donner une marque de votre bonté, reportez sur mon fils Chamaam la bienveillance dont vous honorez son vieux père, et qu'il soit votre serviteur.

— Chamaam me suivra, répondit David. Je le traiterai comme mon fils. Vous-même souvenez-vous que si, un jour, vous avez besoin de mes faveurs, elles vous sont d'avance accordées. »

Ainsi parla David. Et quand le Jourdain fut franchi, il embrassa en pleurant le vieillard Berzellaï et il le bénit. Berzellaï laissa son fils accompagner David, et il regagna le chemin de sa patrie (1).

C'était à qui témoignerait au roi le plus d'empressement, une véritable émulation entre Juda et Israël. Tous les cœurs semblaient conquis à David. Mais la rivalité entre les tribus menaça un instant de tout perdre. Benjamin, qui, depuis Saiil, n'avait jamais témoigné d'enthousiasme pour David, ne s'était porté qu'avec hésitation à sa rencontre : cette tribu , pour ce motif , craignait les froideurs du

(1) II Rcg.,xix, 8-40.

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