CHAPITRE IX
roi. Un Benjamiiiite se fît l'écho de ces appréhensions. C'était Séba. Il parcourut , dit l'Écriture , les rangs des soldats d'Israël et , sonnant de la trompette, il s'écria : « Nous n'obtiendrons rien du fds d'Isaï. Chacun à ses tentes, Israël! » Cette voix de défiance fut écoutée : la seule tribu de Juda reconduisit David à Jérusalem (1).
Cet événement ajouta à la tristesse du vieux roi qui, rentrant dans son palais encore souillé par les désordres d'Absalom, ne pouvait se soustraire à de pénibles pensées. Il ne perd cependant pas un instant. Sur ses ordres, Amasa, qui succédait à Joab comme généralissime, parcourut la tribu de Juda pour opérer en trois jours une levée en masse et poursuivre Séba. La levée eut du retard. Au bout du troisième jour, les troupes n'étant pas prêtes, David donna l'ordre à Abisaï, frère de Joab, de prendre ses Cérélhim-Phéléthim et tous ses gibborim, et d'attaquer incontinent le rebelle.
Joab vit là une occasion de rentrer en grâce : il se joignit à son frère. Arrivés au rocher de Gabaon, ils rencontrèrent Amasa amenant des troupes à Jérusalem. Joab, affectant des airs de contentement, s'avança vers son rival, lui passa la main droite autour du cou, comme pour l'embrasser, et de la gauche lui enfonça son épée dans les entrailles. Puis, laissant à un guerrier compatissant le soin d'ensevelir le cadavre, il marcha à l'ennemi avec son frère : il comptait sur le succès pour mériter de David l'impunité de ce nouveau crime.
Séba s'était enfermé dans Abéla-Beth-Maacha, au pays de Bérim, dans la tribu de Nephthali. Joab vint l'y assiéger. Voyant la cause de Séba perdue et les malheurs qui attendaient sa ville, une femme ameuta ses concitoyens
(1) IIReg., XIX, 1-8; XX.
contre le révolté. On lui coupa la tête et on la jeta à Joab par-dessus les remparts.
La sédition était finie; Joab reparut à Jérusalem, acclamé par les soldats qui lui attribuaient l'honneur du succès. C'est ainsi qu'il reprit, sans que David osât s'y opposer, le rang et la place de généralissime (1). Le roi se résigna à taire ses ressentiments devant l'acclamation populaire. Mais il montra dans la suite qu'il n'avait rien oublié, ni l'assassinat d'Abner, ni celui d'Amasa, ni la mort d'Absalom.
(1) II Reg., XX.