‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 68 sur 291 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

En complétant rorganisation du culte, telle que Moïse l'avait établie par les prescriptions que l'on peut lire clans le Lévitique, David satisfaisait non seulement au besoin d'une nation agrandie et dans la voie d'un progrès croissant, mais encore il obéissait à un sentiment de piété et d'amour pour Jéhovah. Il fît de cette organisation une œuvre de prédilection; il ne la laissa pas réaliser par un autre. On y trouve partout sa main. Bien plus, comme les premiers rois de la race capétienne, il prenait le rôle d'un officiant parmi les prêtres, dansant devant l'arche, comme nous l'avons vu, chantant des psaumes qu'il avait composés lui-même.

Nous ne pousserons pas plus loin l'exposé de ce que David a fait pour l'honneur du culte; nous craindrions de lui attribuer des institutions demeurées en projet sous son règne, et que réalisa Salomon. Il est difficile de faire un partage exact des œuvres du père et du fils. Mais, de l'aveu de tous, Salomon ne fit que continuer l'œuvre dont David avait posé la base, et qu'il avait exécutée en grande partie.

Ne faut-il pas plaindre un écrivain assez oublieux de la vérité historique, assez dominé par la passion du dénigrement, pour oser écrire les lignes suivantes?

(( David, dit M. Renan, prépara l'unité du sacerdoce, mais il ne la réalisa pas. C'est sans le savoir et sans le vouloir qu'il travailla au progrès religieux; chez lui le sentiment religieux ne parait pas d'ailleurs avoir été supérieur à ce qu'il fut chez Saul. Sous son règne la liturgie était très simple et , sans doute , celle de lahvé ne différait pas de celle qui se pratiquait en l'honneur de Baal. Les prières et les hymnes se composaient de ces formules déprécatives qui remplissent les psaumes, criées à tue-tête, avec des danses et de grands éclats de voix.

D'ailleurs, peu dénatures paraissent avoir été moins religieuses; peu d'adorateurs de lahvé eurent moins le sentiment de ce qui devait faire l'avenir du iahvéisme, la justice. Ce n'est que de siècle en siècle et peu à peu que le brigand d'Adullam prend les allures d'un saint (1). Vers 1000 ans avant Jésus-Christ, la religion israélite, ce qu'on a depuis appelé judaïsme, n'existait pas encore; la religion de David et de Salomon ne différait pas sensiblement de celle des peuples voisins de la Palestine. David avait sans doute une préférence affectée pour lahvé; mais il ne s'en suivait pas une négation formelle des autres dieux. Un très ancien narrateur lui met dans la bouche, quand il est persécuté, un discours où il maudit ses ennemis, qui, en le chassant du pays de lahvé, le forcent à servir les dieux étrangers (2). »

Ces allégations, dépourvues de justice autant que de vérité, ne sont dangereuses que pour ceux des lecteurs qui le veulent bien. M. Renan, quand on se reporte aux textes qu'il appelle en témoignage, suffirait à les avertir. Ainsi, pour prouver que David professait l'indifï'érence des religions, il cite un passage qui le réfute. Voici ce que dit le (( très ancien narrateur » invoqué par M. Renan :

David dit à Saûl : Si cest le Seigneur qui vous excite contre moi, je me soumets; mais si ce sont les hommes, ils sont maudits de me chasser ainsi de l'héritage du Seigneur et de me dire : Allez, servez les dieux étrangers (3). »

Ces paroles expriment-elles autre chose qu'un sentiment semblable à celui qu'éprouverait un catholique fervent si on l'obligeait d'habiter une ville exclusivement et ardemment protestante, comme telles petites villes d'Ecosse.

(1) Hist. du peuple d'Israël, l. II, [>. Wd, iàO.

(2) Histoire du peuple d'Israël, t. II. Préface olpassini.

(3) IReg., XXVI, 19.

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