CHAPITRE II
dotale , qui accusa un chiffre de trente-huit mille lévites au-dessus de trente ans, David les répartit en deux classes : ceux qui devaient rendre la justice et interpréter la loi dans les différentes parties du royaume, Sopherim, au nombre de six mille , et ceux que le service du ministère sacré devait fixer près du tabernacle , au nombre de trente-deux mille. Ces derniers furent répartis en quatre ordres : les sacrificateurs, tous les prêtres descendants d'Aaron, au nombre de vingt-quatre mille; les portiers, ou gardes d'honneur, au nombre de quatre mille, sous les ordres de Sélémias (1); les gardiens du trésor du temple et des vases sacrés, sous l'intendance d'Achiaset de Jéhiel; enfin les musiciens, dont nous allons parler.
Poète et musicien, David savait l'heureuse influence que l'art de la musique exerce sur le peuple, dont il adoucit les mœurs et élève les sentiments. De plus, rien ne contribue davantage à la pompe et à la majesté du culte divin que l'éclatante harmonie d'instruments variés. Enfin, le nombre des lévites étant devenu fort grand, on pouvait verser dans le corps des musiciens tous ceux qui n'auraient pas été propres à d'autres fonctions, et qui accusaient d'ailleurs du goût et du talent pour la musique.
David composa et fit composer des cantiques, multiplia les instruments de musique , obligea les lévites à étudier chacun son art et à chanter devant le Seigneur. Sous son règne, Asaph, Héman et Idithun étaient les princes ou chefs de toute la musique religieuse. Asaph avait quatre fils, Idithun six, et Héman quatorze. Ces vingt-
(1) A l'égard des portiers, l'Écriture observe que c'étaient des hommes très vigoureux, parce que les portes du temple étaient très lourdes et très difficiles à mouvoir. D'après Josèphe, il ne fallait pas moins de vingt hommes très robustes pour les ouvrir et les fermer. D'ailleurs, les portiers ne laissaient pas de faire leur partie dans la musique en certaines occasions.
quatre lévites furent établis à la tête de vingt-quatre bandes de musiciens. Chacun avait sous lui douze maîtres d'un ordre inférieur qui exerçaient d'autres chantres plus ou moins doués et les formaient. Il semble que ces diverses classes étaient distinguées entre elles par les instruments dont elles jouaient, et par la place qu'elles occupèrent plus tard dans le temple (1).
Les fils d'Idithun jouaient du kinnor, ceux d'Asaph du nehel ou psaltérion, et ceux d'Héman des tsellselim ou timbales. Comme ils exerçaient le même art de père en fils et n'étudiaient qu'un instrument , il était impossible qu'ils ne devinssent pas fort habiles.
D'après le témoignage de graves commentateurs , des femmes unissaient leur voix à celle des hommes, du moins dans les grandes solennités. Ces chanteuses, ces musiciennes étaient pour l'ordinaire les filles des lévites euxmêmes. Elles avaient, suivant l'opinion des commentateurs, des chefs nommés Mnazeach qui entonnaient et conduisaient leurs chants (2).
Dès lors on peut se faire une idée de l'effet saisissant que cet ensemble de voix et d'instruments devait produire. Aussi les lévites avaient-ils la réputation d'excellents musiciens, même parmi les étrangers. Et lorsque les Juifs furent arrachés à leur temple et à leur pays par Nabuchodonosor, les Babyloniens leur demandaient avec empressement qu'ils leur fissent entendre de ces airs qu'ils chantaient à Sion. Mais les lévites avaient suspendu aux saules leurs instruments muets, et ils répondaient en versant des larmes : « Comment chanterions-nous les cantiques du Seigneur sur la terre de la captivité ! »
(1) I Parai., xxv, 1.
(2) Parai., xxv. — Dom Calmet,Z)mer^. sur la musique des anciens. Dissert, sur l'expression Lamnazeach.