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une rivalité de courtoisie, d'agréables propos et d'’amabilités. Lorsqu'à la fin du souper, M. et Mme Barry proposèrent une santé à l'adresse des Sudistes, Collins y répondit en son nom et au nom de ses camarades, avec toute l’aisance et la grâce d’un gentilhomme accompli.
Toutefois, au milieu de l’entrain et de l’allé- gresse de cette réunion, un nuage de tristesse’ passait parfois sur le visage des quatre exilés.
En se voyant transportés au milieu de cette paisible et heureuse famille, après une vie si rudement agitée, après les dangers et les péripéties des batailles, les anxiétés et les ennuis d’un long procès, ils ne pouvaient s'empêcher d'établir un pénible contraste entre leur sort et celui de leurs nouveaux amis. Il y avait bien longtemps que ces officiers avaient quitté le toit paternel et qu’ils avaient été arrachés à l'atfection de leurs parents. Leurs cœurs s’envolaient, malgré eux, vers le Kentucky, où ils avaient, eux aussi, des familles qui, en d’autres temps, avaient connu, comme celle-ci, des jours de bonheur, mais qui, dans le moment, pleuraient l'absence de leurs enfants.
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chants accompagnés sur le piano que sait très bien toucher madame Barry, contribuaient encore à incliner leur esprit vers la pente de la
mélancolie que ces scènes leur avaient imprimée.
Mais leur émotion devint plus visible lorsque, poussée par un sentiment délicat, leur aimable hôtesse commença à Jouer un de leurs airs nationaux : le Diries Land. Ils ne purent alors se contenir davantage et ils se mirent à parler avec effusion de leur lointaine patrie, du home tant aimé qu'ils y avaient laissé, des parents et des amis du Kentucky qui les y attendaient depuis longtemps, de la cause juste qu'ils avaient embrassée et pour laquelle ils avaient tant souffert. Ils se sentaient, en effet, subjugués par toutes les marques de cordialité dont ils se voyaient l’objet et respiraient, avec bonheur, ce parfum d’hospitalité que nulle part on ne goûte mieux que dans les bonnes familles du Canada. Dès lors, ils comprirent qu'ils se trouvaient au milieu d'amis dévoués et que, sous cet heureux toit, leur exil ne serait pas sans adoucissement,
Les jeunes confédérés appartenaient à d’excellentes et riches familles du Kentucky. Deux d’entre eux avaient pour pères des planteurs qui possédaient chacun jusqu’à cinq cents esclaves.
On peut s'’imaginer quelle ruine fut pour ces planteurs cette guerre désastreuse et cruelle,
Collins, le plus instruit des Sudistes, n'avait que vingt-deux ans. Il réalisait, comme nous l'avons dit, l’idéal du bel officier. Grand, robuste, doué d’une force exceptionnelle alliée à l’élégance de l’homme du meilleur monde, il attirait sur lui tous les regards, dès qu’il apparaissait dans un salon. Œil profond, noir et vif, front largement développé, bouche expressive et fière, tout indiquait chez lui l’homme fait pour le commandement.
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Bruce et Scott fisuraient avantageusement, même à côté de Collins.
Nous avons déjà dit que Doty seul paraissait appartenir à une classe moins distinguée @ la société.
Chacun d'eux avait à peu près ving-quatre ans.
Peu de jours après leur installation aux Escoumains, nos ruiders se trouvaient pour ainsi dire chez eux, et, grâce aux dispositions de leur âge, ils eurent bientôt mis à profit leurs loisirs, partageant leur temps entre la lecture et les cartes dont ils étaient d’intrépides joueurs, sortant peu dans la journée, de crainte de faire des rencontres dangereuses ; le soir faisant du chant et de la musique. Car Collins était un violoniste remarquable, Doty avait une voix superbe, Bruce et Scott, d'excellentes voix de chœur.
On se souvient encore, dans la famille Barry, des joyeux concerts qu'amenait chaque soir, de la sensibilité qu'ils éveillaient dans ces cœurs éprouvés et des douces espérances qu'ils faisaient naître chez eux.
Un jour que madame Barry revenait de
l'église, pendant le carie, et qu'elle s’excusait auprès des jeunes étrangers, de l'heure tardive du repas, Scott lui dit en souriant avec une grâce parfaite, que ni lui, ni ses amis n’en souffraient, mais qu'ils n'étaient pas soumis, eux, aux séveres observances des catholiques,
— Non, reprit madame Barry, mais vous ne jJouissez pas non plus de leurs consalatidée
— Peut-être avez-vous raison, repartit Scott. C'est la première fois que je m° trouve dans une famille catholique et je suis ‘uliérement frappé de la paix et du bonheur dont on semble jouir dans votre religion. Je n'ai pas encore
choisi la mienne, mais si maintenant j'avais à faire un choix, c'est à la vôtre que je donnerais la préférence.
— Comment ! fit madame Barry, vous n'avez pas encore choisi de religion ?
— Non, je suis encore trop jeune, j'attends un âge plus mûr.
Bruce et Doty partageaient les mêmes senti-
ments que Scott.
Quant à Collins, qui, comme nous l'avons dit, était le fils d’un ministre baptiste, il professait
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la croyance de son père. Il paraissait attaché à ses convictions et plus éclairé que ses camarades.
La haine de ces confédérés contre les fédéraux allait presque jusqu'à la férocité. Ils ne pouvalent parler avec calme et sang-froïd de leurs déprédations et des incroyables cruautés dont ils avaient été les victimes.
Des l'ouverture de la guerre, ils étaient entrés, comme volontaires, dans l’armée confédérée et montés sur des chevaux qu'ils avaient fournis, ils avaient fait partie de la cavalerie sous les ordres du célèbre général Morgan. Ils racontaient volontiers les batailles auxquelles ils avaient pris part, les tourments de leur captivité, lorsqu'ils furent tombés entre les mains des Yankees, et enfin leur fameuse attaque de Saint- Alban, qui avait causé tant de bruit et qui avait failli leur être si fatale.
Aucun d'eux ne regiettait les sacrifices qu'il avait faits, ni les dangers qu'il avait courus, dans cette dernière affaire. Tous quatre étaient plus que jamais décidés à ne plus se laisser prendre sans lutter jusqu’à la mort, et ils répétaient souvent qu'ils flamberaient la cervelle au premier constable qui tenterait de les faire prisonniers,
L'éloignement et la difficulté d’être atteints dans cette solitude presque inaccessible ne les empêchaient cependant pas de redouter quelque surprise et ils ne sortaient jamais sans être accompagnés de leurs revolvers dont ils savaient admirablement se servir.
Une fois par semaine, M. Barry était obligé d'aller visiter l’un des chantiers dont il avait la surveillance, et il avait l'habitude d'amener avec lui l’un ou l’autre des incursionistes. (C'était la seule sortie que ceux-ci croyaient prudent de se permettre.
De son côté, M. Barry avait pris toutes les précautions possibles pour prévenir toute attaque imprévue. Dans le cas où quelque étranger viendrait de Tadoussac, il devait en être de suite informé, et si la présence de ce nouvel arrivé était
e suspecte, les confédérés auraient pu alors se cacher pour un jour, et, la nuit venue, M. Barry leur aurait fait prendre le chemin des chantiers, en leur donnant un guide sûr.
ï Une fois enfoncés dans les bois, les fugitifs étaient inattaquables : il aurait fallu un régiment pour les cerner, leur donner la chasse et les saisir,
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Dans la situation critique où ils se trouvaient, nos jeunes gens n'avaient qu’à se féliciter d'avoir découvert, grâce à d'excellents amis, une retraite aussi sûre, d’habiter sous un toit aussi hospitalier, avec une famille aussi aimable et dont 1ls semblaient presque faire partie, tandis que leurs compagnons, encore dans l'incertitude et la crainte, attendaient un jugement qui pouvait bien leur être défavorable.
Mais il y eut surtout un jour de joie réelle pour les exilés, ce fut celui où ils apprirent que des légistes anglais avaient reconnu les r«dters comme de véritables belligérants, et les avaient ainsi lavés de l'accusation de voleurs et de meur'triers qu'on voulait faire peser sur eux.
Ils étaient fiers de cette décision, non pas seulement pour eux, mais aussi pour M.et Mme Barry qui, en leur témoignant tant de bienveillance, ne méritaient pas le reproche d’avoir à leur table des voleurs et des meurtriers.
Ils triomphaient aussi parce que Young'et ses compagnons, devant être désormais traités comme des soldats, avaient maintenant toutes les chances d’être acquittés et mis en liberté.
Les semaines s'écoulaient assez vite aux Escou-
mains; cependant nos exilés hâtaient de leurs vœux le retour du printemps. Il leur tardait de prendre la mer et de faire voile vers une terre
de liberté. Avant même que l'hiver fût terminé, ils interrogenient l'horizon pour apercevoir quelques signes cle l'ouverture de la navigation. I Jeur semblait déjà que la goélette de David tardait à arriver.
Cependant notre ami était loin d'être inactif à Québec. Au milieu du froid et des neiges, il avait appareillé sa goélette et dès le 28 mars, il y avait fait transporter toutes les provisions et tous les objets nécessaires à un long voyage.
Il ne lui restait plus qu'à aller faire signer au bureau de là Trinité sa feuille de route, afin d’avoir l'entrée libre des ports de pêche du golfe. Les raisons ne lui manquaient pas pour motiver son hâtif départ. Si bien les fit-il valoir, que les officiers de service n’eurent pas même une arrière-pensée.
L'équipage de Têtu était à son poste, David n’hésita pas à hisser ses voiles et à mettre le cap vers les parages du golfe.
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L'étonnement fut grand, à Québec, quand on aperçut cette embarcation entre la ville et l'Isle d'Orléans, cinglant, disait-on, pour le Labrador.
Les savantes dissertations qu’on à faites, dans ces dernières années, sur la possibilité et même sur les charmes de la navigation du fleuve, en hiver, n'étaient pas encore venues à l’idée des marins les plus hardis, à l’époque de 1865. On regardait pas seulement comme étrange, mais même comme téméraire, d’oser s’aventurer sur le fleuve, à une pareille saison. Il charriait encore une grande quantité de glaçons, le froid était vif et les ternpêtes de neige fréquentes.
Mais, dans cette conjoncture, il s'agissait, disaient les hommes d’affuires, d'importantes découvertes minières dont certains spéculateurs européens menaçaient de s’attribuer le mérite, pour en réclamer le monopole. La passion des mines fait faire tant d’extravagances, qu’elle explique bien des témérités. Après tout, c'était l'affaire de ceux qui voulaient se donner le luxe de voyager au milieu des glaces et des brouillards.
Un capitaine et trois matelots composaient l'équipage de la goélette. Le capitaine était
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David Têtu ; il y avait bien aussi un passager ; certain monsieur de Montréal, qui s’occupait, lui aussi, de mines, et un peu des incursisnistes !
La goélette était partie du quai Gilmour, à Saint-Joseph de Lévis, car le 28 inars, le pont de glace tenait encore ferme et la débâcle n'eut lieu que le 15 avril suivant. David Têtu n'avait pas eu la patience d'attendre ce départ.
Par une singulière coïncidence, le consul américain se trouvait sur le quai au moment où la goélette s’en éloignait. David, qui le connaissait, le salua de la main en riant sous cap, pendant qu'il hissait son pavillon à sa barbe. Le pauvre consul était alors loin de se douter que cette embarcatior était en partance pour aller sauver des griffes des limiers, quelques-uns des ennemis les plus acharnés de son pays.
Le voyage se fit fort heureusement. L'habile capitaine qui connaissait par cœur tous les courants du fleuve, sut éviter les glaces en prenant le chenal du nord, qu'il longea jusqu'aux Escoumains, où il arriva les premiers Jours d'avril.
I] était nuit lorsque la goélette jeta l'ancre à la pointe ouest de la baie, qui était alors inaccessible, parce qu'elle était couverte de glaces,
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Sans attendre le jour, David se fit débarquer à terre et se rendit au poste, où le commis lui dit que les raiders devaient partir pour les chantiers, à quatre heures, le lendemain.
L'alarme était au milieu d’eux depuis quelques jours, car ils avaient appris que certains : espions avaient pris des informations sur leur compte et étaient à la veille d'arriver aux Escoumains. M. Barry leur avait conseillé de prendre le chemin des bois jusqu'a ce que ses motifs d’appréhension fussent dissipés.
D'un bond, David fut rendu à la maison de M.
Barry, où son entrée produisit l'effet d’une apparition ; car les raiders, malgré leur empressement de partir, n’osaient espérer le voir arriver si tôt.
La joie fut grande de part et d'autre ; les Sudistes surtout ne pouvaient contenir leur ivresse, car il leur semblait déjà voir luire le jour de la délivrance,
On tint conseil, et il fut décidé de partir dès le lendemain : le séjour des Escoumains n'était plus sans péril et on savait bien qu'une fois en mer, peu d’embarcations oseraient se risquer à la poursuite des raiders, à cette époque de l’année
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Les adieux ne furent pas sans émotion. Pendant plus de deux mois, nos jeunes militaires avaient été recus avec la plus franche hospitalité dans la famille de M. Barry, où on les avait traités comme les enfants de la maison. Ils avaient partagé la vie paisible de cet heureux foyer et sentaient vivement la dette de reconnaissance qu'ils avaient contractée.
De leur côté, M. et Mme Barry ne voyaient pas s'éloigner sans regret ces aimables jeunes gens qui s'étaient montrés Si sensibles à leurs attentions, qui, par l'élévation de leurs sentiments et la délicatesse de leurs n anières, avaient su gagner leur estime et leur attachement. Les charmes de leur conversation, joints À leurs talents de société, avaient embelli le séjour des Escoumains, en faisant diversion à la monotonie de l'existence, si morne d'ordinaire, dans ces solitudes, à cette période de l’année.
Madame Barry, qui les avait traités comme une véritable mère, se fit l'interprète des siens, en faisant à ses hôtes les meilleurs souhaits de voyage et d'un heureux retour au pays.
Le 4 avril, vers midi, tous les voyageurs, y compris l’ami de Montréal, étaient réunis à bord de la goélette; le capitaine donna le signal de lever l'ancre. :
À peine pouvait-on hisser les voiles, tant elles étaient raidies par les glaces. Il fallait être doué d’une constitution de fer comme David Têtu et ses matelots, pour résister sur le pont, par le froid intense qu’il faisait, et que rendait encore plus piquant le vent violent qui soufflait du nord.
Renfermés dans la petite chambre de la goélette, tout ce que pouvaient faire les confédérés, c'était de se garantir contre les rigueurs de la température, car leur sang méridional n'avait pas encore pu s’acclimater à ces hautes latitudes et se glaçait dans leurs veines.
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L'horizon n’était pas grand, ni les instanis bien variés, dans l’étroite prison où ils étaient ballottés, et l'aiguille de la petite horloge marine suspendue à l'une des parois de la chambre ne marchait guère vite à leur gré ; tout le long du jour ils n'avaient qu’à écouter sonner les heures et à suivre son pas de tortue autour du cadran.
Ceux qui ont l'expérience de la navigation en goélette, connaissent les charmes que l’on éprouve au fond d’une cabine, par un temps de froid ou de pluie, lorsqu'on n’a d'autre occupation que dle se préserver des contre-coups des vagues qui se renvoient l'une à l’autre la pauvre maison flottante, comme un bouchon de liège ou comne une coque de noix.
Toutefois nos raiders en prenaient gaiement leur parti et s’'ingéniaient à tuer le temps le mieux possible, avec toute la bonne humeur et l'insouciance de leurs vingt ans. Quand ils étaient à bout de conversation, ils tiraient leurs éternelles cartes et bataillaient à coup de pique avec autant de passion u’avec le sabre. À voir l'ardeur qu'ils déployaient à viser leur adversaire au cœur et à l’étendre sur le cerreuu, à coups d’utout, aussi bien qn'à coups de revolvers, 1] était facile de reconnaître des soldats exercés
à tous les genres d’escarmouche. De temps en temps, le capitaine descendait faire la partie avec eux et les égayait par quelques-unes de ses facéties.
Il ne pouvait cependant que rarement se donner cette distraction ; car son poste était au gouvernail : ses deux inatelots n'étant que des novices qui connaissaient à peine les côtes et les endroits dangereux ; le troisième, seul, avait quelques connaissances nautiques. Aucun d'eux n'avait l'expérience de la navigation d'hiver.
Têtu ne l'avait pas non plus, mais le Saint- Laurent ne semblait avoir aucun secret pour lui. Habitué de longue main à braver tous les dangers, il en avait pour ainsi dire l'intuition et possédait le talent de s'instruire lui-même.
Dès les premières heures du départ, le froid avait commencé à retarder la marche de la goélette qui était de petite dimension et loin d’être assez solidement construite pour aftronter les glaces sans danger."
Ce ne fut qu'avec beaucoup de difiicultés qu’elle parvint à se frayer une route jusqu'aux Petits Escoumains. Là, nouveau contre-temps ; la brise tourna à l’est, accompagnée d’une neige
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épaisse qui bientôt couvrit le pont d’un tapis dangereux et glissant. Elle finit par tomber en si grande abondance, que le cnpitaine en était à se demander il n'allait pas être obligé de chausser ses raquettes, avec ses matelots, pour faire la manœuvre.
Force fut donc de jeter l'ancre à l'Anse-aux- Basques et d’y attendre le retour d’une éclaireie et d'un vent plus favorable.
Tout en jouant aux cartes, les confédérés ne tardèrent pas à s'apercevoir que le bateau ne marchait plus. D'ailleurs, il leur fallait sortir de temps à autre pour mettre le nez sur le pont, afin de ne pas être suffoqués derrière cette elo1son à peine nérée,
Équipage et passagers purent se convaincre, dès les premiers jours, que si la navigation sur le Saint-Laurent est possible au milieu de l'hiver, comme certains optimistes veulent le faire croire, elle est tout à fait dépourvue de charmes,
Le lendemain, le temps était devenu meilleur et on se mit en frais d'appareiller ; mais, chose inexplicable, l'écoute de la grande voile avait été coupée net, comme avec un couteau, Grande fut la surprise, et plus grandes les imprécations des
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matelots, qui commencçaient à soupçonner quelque mauvais sort.
Sans s'occuper de leurs superstitions, David ordonna à ses hommes de bord de détacher l’amarre et de la descendre dans la chambre pour la faire sécher et l’épisser.
On put enfin mettre à la voile, et grâce à l'habile direction du capitaine, qui savait aussi bien profiter du vent que des courants, on put se rendre aux Cawees, petites îles situées en bas de la Pointe-des-Monts. Une nouvelle tempête de neiswe y attendait les navigateurs. Cette neige, poussée par un vent de rage, avait fini par être insupportable, et il devenait de plus en plus difficil: de demeurer sur le pont de la goélette.
L'ouragan siffait, avec un bruit sinistre, dans les cordages et menaçait de tout rompre. Cependant la mer était calme, mais c'était un calme de mauvais augure pour David Tétu qui, avec son flair de marin, en comprenait la cause et en voyait venir le danger. Ilne cacha pas à ses compagnons de voyage qui ne pouvaient s’expliquer cette tranquillité des eaux en présence de l'ouragan, qu’elle ne pouvait être causée que par
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Toujours sur le qui-vive, le vaillant capitaine s'efforçait inutilement de percer du regard la blanche obscurité qui enveloppait la goélette.
La tempête et la neige durérent sans relâche pendant une journée et une nuit.
À chaque instant, on pouvait craindre d'aller se briser sur les flancs de la banquise.
Il fallait un homine comme David Tétu pour que les matelots, toujours prêts à abandonner la manœuvre, ne perdissent pas tout à fait courage, Toujours caline, toujours confiant, dans les moments critiques, il savait communiquer aux autres quelque chose de son sang-froid et de son énergie.
Les plans ne lui manquaient pas pour sortir de cette impasse, et il n'attendait qu'une éclaircie pour les mettre à exécution.
Dans l'intervalle, il s’efforçait de dissiper la tristesse de ses amis en leur racontant les voyages plus dangereux encore qu'il avait faits ou qu’il avait l'intention de faire, ou bien il leur
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