‹ David Têtu et les raiders de Saint-Alban [microforme]Chapitre 10 sur 12 · D PR · texte numérisé non relu

D PR

ER

bien plus tempéré, ils étaient particulièrement sensibles au froid et grelottaient continuellement sous leurs fourrures.

Les qualités supérieures qu'avait déployées leur guide, son calme et son sang-froid dans les dangers, ses ressources pour sortir des mauvais pas, son expérience sur terre et sur mer, tout cela couronné par une jovialité inaltérable les avaient séduits autant qu'émerveillés. Ils ne comprenaient pas comment cet homme avait pu passer à travers tant de difficultés, endurer tant de misères sans laisser voir la moindre apparence de lassitude. Toujours gai, toujours alerte, il paraissait aussi dispos et aussi frais qu'au moment du départ.

\ érement lement

éployées dans Îles mauvais ner, tout rable les

Is ne avait pu rer tant Jparence ilerte, il u’au mo-

Les lecteurs, aussi bien que les raiders, ont dû se demander bien des fois : Qu'est-ce que cette Pointe-à-la-Cariole, terme du voyage, et qui avait été assignée aux fugitifs, comme le plus sûr refuge que le Canada püût alors leur offrir ? Une lande ou une batture déserte et stérile adossée à d’âpres rochers qui servent de contreforts aux rivages ; cà et là quelques sombres bouquets d’épinettes et de sapins à demi ensevelis sous la neige, en un mot, un coin de la Sibérie ex posé à toutes les bourrasques du fleuve,

sous un ciel presque toujours chargé de brouillards et de nuages de plomb: telle était la Pointe-à-la-Cariole au moment où nos voyageurs y mettaient le pied. La Pointe-à-la-Cariole a reçu ce nom singulier, à cause de la ressemblance de l'énorme rocher qui la forme, avec l'avant d'une de nos carioles.

AE RARE. Mu PS EP PS

— Où est votre maison ? demanda Bruce, en s'arrétant pour faire du regard le tour de l'horizon.

— Vous l'avez devant vous, répondit David.

— Quoi ! cette masure ? reprit l’autre.

En effet, la maison de Têtu était loin d’être un château, -Ce n'était qu'un pauvre réduit en planches, mal bâti et bon tout au plus pour une station de pêcheur. Pour comble de malheur, abandonnée depuis assez longtemps, cette maison se trouvait dans un état de dilapidation déplorable, Comme disait plaisamment David, il aurait fallu un autre Jérémie pour pleurer ses splendeurs passées : lui qui, dans son excessive générosité et ses rêves de fortune, aurait été si heureux d'ouvrir à ses protégés les portes d'un palais, n'avait à leur offrir qu'une misérable hutte à peine close contre les vents d'hiver. Impossible de l'habiter dans un pareil état. Il n'y avait pas même un poêle pour se chaufler, ni une bouchée de provision pour apaiser la faim.

— Soyez sans inquiétude, mes amis, dit David à ses hôtes, Je vais vous faire un bon feu de cheminée et pendant que vous vous reposerez en

ce, en ur de

vid.

d’être uit en r une JHheur, haison déploaurait splengéné- 1 heus d'un érable ‘hiver.

at. Il aufier, ser la

David feu de rez en

vous réchauffant ensemble, je vais me rendre à cinq milles d'ici, aux Petites Bergeronnes. Pentêtre aurai-je la chance d'y rencontrer M. Barry. Je révèlerai à celui-ci le secret de votre arrivée à la Pointe-à-la-Cariole, et les embarras de notre situation. Son caractere loyal et généreux m'est connu depuis longtemps. Nous pouvons compter sur lui ; il fera tout en son pouvoir pour m'a:der à adoucir votre position.

Ce disant, notre infatigable coureur de bois prit le chemin des Petites Bergeronnes, à travers une neige épaisse et malgré une bise glaciale qui lui coupait la figure. Quoiqu'il n'eût pas de raquettes, il franchit à grandes enjambées cette distance de cinq milles.

Contre son attente, il ne trouva pas M. Barry qui venait de partir pour les Escoumins. Sans se décourager, notre intrépide marcheur se procura un cheval, une voiture, quelques paires de raquettes, et reprit le chemin de la Pointe-a-la- Cariole, dans l'intention de ramener avec lui les raiders.

Sa surprise fut grande de les rencontrer sur sa route, aux environs de l’Anse-aux-Pilotes, Après avoir patienté pendant quelque temps, eunuyés

d'attendre et grelottant de froid, les quatre exilés avaient pris le parti, pour se dégourdir les membres, d'aller à la rencontre de leur ami.

Têtu les trouva enfoncés dans la neige, épuisés, découragés et fort en peine de savoir comment se tirer de ce mauvais pas. Il les installa du mieux qu'il put dans son traîneau, et, tantôt marchant, tantôt assis sur le bord de la voiture, il les conduisit aux Petites Bergeronnes, chez un nommé Réal Bouliane, encore un de ses amis, comme bien on se l’imagine.

De là, il écrivit à M. Barry, pour le mettre au fait de l'aventure de ses quatre raiders et pour lui demander un poêle, ainsi que des provisions, afin de rendre possible le séjour à la Pointe-à-la- Cariole.

La réponse de M. Barry ne se fit pas attendre et l'on‘ put reconnaître sa générosité à l'abondance des provisions qu’il confia au messager de David.

Le lendemain, la petite troupe avait quitté les Bergeronnes et était revenue au château de David Tétu.

Installer ses protégés, monter le poêle, calfeu-

exilés dir les n1.

puisés, mment la du tantôt roiture, hez un s amis,

ttre au t pour VISiONS, te-à-la-

ttendre l’abonager de

uitté les eau de

calfeu-

trer les murs de la cabane, amasser une provision de bois, dépouiller les branches des arbres pour en faire d'excellents lits de sapin, tout disposer pour que ses amis n'eussent pas trop à souffrir : tout cela fut l'affaire d’un tour de main pour l’homme de tous les métiers qui leur servait de guide.

Pendant quatre jours, il initia ses hôtes aux détails de la tenue d’une maison dans les bois, où il faut se suffire à soi-même pour tous les besoins de la vie, n’omettant rien, ni les secrets de l’art culinaire, ni ceux d’attiser un bon feu.

— Maintenant, mes amis, leur dit-il, un bon matin, ma tâche est remplie. Il me faut vous quitter pour remonter à Québec, où je vais m’occuper de me procurer une goélette et de faire tous mes préparatifs pour mettre à la voile aussitôt que le port sera libre de glaces. Quand vous apercevrez une goélette portant pavillon en berne, vous pourrez être sûrs que je serai à bord. D'ici à Halifax, où vous prendrez la ligne transatlantique pour l'Europe, nous serons bien malchanceux si nous rencontrons un croiseur canadien qui nous donne la chasse.

Les quatre raiders avaient presque des larmes

dans les yeux en serrant chaleureusement la main de David, lorsqu'il partit, et ils le suivirent du regard jusqu’à ce qu'il disparut derrière les bancs de glace du rivage.

ent la le suiat der:-

Chaussé de solides raquettes, Tétu longea d'abord les courbes de la falaise, puis, apercevanÿg devant Jui un champ de glaces vives recouvert de neige qui paraissait solidement attaché au rivage, il s’avisa d’abréger sa route en suivant une ligne droite jusqu’à la pointe voisine.

Mais, au moment de reprendre la terre ferme, il ne s’aperçut pas que ce pont de glace avait été détaché depuis peu du rivage, par la marée montante, et qu'il n’y était relié que par une couche trop faible pour le porter. Tout à coup, la glace cède sous ses raquettes et notre imprudent voyageur se trouve enfoncé jusqu'aux épaules, dans l’eau glacée. En vain il fait des efforts pour remonter à la surface, en s’aidant des bras et des mains, la glace cède toujours devant lui et il ne fait qu'agrandir l'abime qu'il a creusé. Avec la merveilleuse agilité dont il est

doué, il pourrait bien faire un bond et se glisser à plat ventre sur la glace, mais il craint de briser ses raquettes qui Jui sont indispensables pour le long trajet qu'il lui reste à faire. “Sans mes raquettes, pense-t-il, ie ne pourrai marcher dans la neige qui est très abondante et si je réussis à me retirer de l'eau, je ne sortirai de ce danger que pour aller périr dans le bois.”

Deux arpents de glace séparent Têtu de Ja terre ferme. Il se met à avancer péniblement vers la falaise en se faisant un chemin à travers la glace qu'il brise avec ses coudes et ses poings. Après un travail de géant, il arrive enfin à terre,

Tout autre serait tombé d’épuisement, mais David, après avoir secoué un peu ses vêtements, continua sa route, comme si rien n'était, avec la même agilité, sur ies bonnes raquettes qu’il avait eu la présence d'esprit de conserver. Il

franchit bravement les sept milles qui le séparaient du Jardin des Jésuites, situé en haut du moulin à Baude, près de Tadoussac.

Le Jardin des Jésuites était un poste que ces Pères avaient établi, à l’est de l'embouchure du Saguenay. Ils avaient là une terre magnifique,

glisser briser Jour le S nes r dans ussis à danger

de la lement travers poings.

enfin à

t, mais ements, it, avec es qu'il ver. Il le sépan haut

que ces hure du nique,

un verger et une résidence. C'était une excellente place de pêche qu'ils utilisaient pour l'entretien de la mission. Lors de la suppression de la Compagnie de Jésus au Canada, cette propriété fut vendue et elle appartient aujourd’hui à un nommé Poitras.

C’est sous ce toit hospitalier que David s’arrêta pour sécher ses vêteraents et prendre quelque nourriture, Têtu se trouvait chez lui; Poitras, comme de juste, était un de ses amis.

Le même soir, il loue une petite berge, et, se faisant accompagner par deux jeunes garçons, il traverse le Saguenay.

Parvenu à la Pointe-aux-Bouleaux, à l'endroit même où les Jésuites avaient autrefois un autre poste, il prend quelques heures de repos et se désaltère à une exce!lente fontaine que les inissionnaires de la Compagnie y avaient fait creuser jadis.

Ce puits, dont-la construction remonte aux premiers temps de la colonie, a une ouverture fort étroite et la forme d’un four à chaux. Il est tout garni à l’intérieur d’un revêtement de pierres rondes, très solide et parfaitement conservé. L'eau en est renommée pour sa fraicheur:

en été, sa limpidité parfaite et ses excellentes propriétés.

Notre ami David, qui a souvent fait station à Moisie, sur les bords de la rivière du même nom, près du golfe, y possédait un puits du même genre, creusé dans le sable, au bord de la mer. Ce puits a la singulière propriété de se vider et de se remplir à chaque marée, en gardant toujours sa qualité d’eau douce. Le montant exercant une pression et arrêtant le cours des veines d’eau qui descendent sous terre du rivage, remplit le puits qui s'écoule à mesure que la mer se retire.

Arrivé aux premières maisons, notre brave voyageur apprend que le conducteur de la malle, qui fuit le trajet entre la Pointe-aux-Bouleaux et la Malbaie, est parti depuis quelque temps.

Sans perdre une minute, David fait une course de deux milles, en raquettes, et vient à bout de ie rejoindre, Aussitôt installé dans la voiture du courrier, il met la conversation sur les nouvelles du jour et ne tarde pas à apprendre que certaines rumeurs ont transpiré au sujet de ses raiders, que même on a lancé à leurs trousses un individu du nom de McNider, du Port-au-Persil. Celui-ci,

xcellentes

station à ême nom, lu même le la mer.

e vider et dant touant exerles veines n rivage, que la mer

tre brave e la maille, -Bouleaux ue temps.

ine course à bout de voiture du nouvelles jue certales raiders, a individu

l. Celui-ci,

sn ES

paraït-il, avait, reeu l’ordre de découvrir quels étaient les voyageurs qui étaient descendus sous la conduite de David Tétu, et d'en faire un rapport au gouvernement, L'espion, dit le courrier, est actuellement à la Baie-des-Rochers, où il doit passer la nuit.

Têtu n’a pas besoin d’en entendre dav antage, et, aussitôt qu'il peut quitter le courrier sans faire naître ses soupçons, il descend de voiture et se dirige droit vers la Baie-des-Rochers. Il connait MeNider: c'est nn autre de ses anis.

D'ailleurs ils sont tous ses amis. Il espère bien pouvoir lui faire entendre raison et l’amener à abandonner sa poursuite.

Après une marche de quatre milles à travers les bois, David arrive, au commencement de la nuit, à la Rivière-aux-Renards, chez le nommé Roger Thérien, où il espère pouvoir prendre delotes heures de repos. Mais, er ouvrant la porte, Thérien lui annonce que son fils vient de mourir de la petite vérole et que toutes les maisons de la localité sont infectées par le terrible fléau. Impossible d'y trouver un asile.

Forcé de continuer à pied sa pénible marche,

David arrive à minuit, dans un camp situé à la Buie-des-Rochers, à trois milles de la mer.

Il dépêche aussitôt chez Jean Savard, où on lui a dit que devait se trouver MeNider, un messager chargé de lui dire que David Tétu lattendait au campement pour affaires importantes.

Lancé à la poursuite de Têtu & de ses amis, celui-ci ne demande pas mieux que de protiter de la bonne occasion qui se présente, et, à l’aube du: jour, il est rendu au camp.

David Tétu lui raconte en peu de mots tout ce qu'il a fait pour sauver les incursionistes et tout ce qu'il se propose de faire encore pour eux ; ‘“ J'espère bien, continue-t-il, que tu ne nr'arrêterus pas maintenant dans l'exécution de cette œuvre de dévouement. À quoi va te servir de jouer le rôle ignoble d’espion ? Que t'ont fait ces jeunes gens pour que tu t'acharnes à leur poursuite et que tu révèles le lieu de leur retraite ? Si ton devoir d'office te le commandait, ce serait autre chose, mais tu n'es pas un homme de police. Crois-moi, il est plus noble pour toi de t'intéresser avec moi à ces malheureux, que de travailler à leur perte. D'ailleurs, les gens de la Malbaie, qui t’envoient, ne savent pas

tué à la er,

|, où on ider, uu 'étu l'atortantes.

ses amis, rotiter de à l'aube

1ots tout onistes et ore pour ne nr'al-

de cette te servir t'ont fait s à leur

leur reimandait, un honoble pour lheureux, leurs, les avent pas

à qui ils auront affaire ; le premier qui se présentera pour s'emparer des jeunes confédérés recevra certainement une balle à la bonne place etle second aura le même sort. Les raiders sont exaspérés : ils ont assez souffert, disent-ils, et sont disposés à se battre jusqu'à la mort, plutôt que de se livrer entre les mains des émissaires du gouvernement. Tu feras mieux de leur porter cette lettre et de les accompagner ensuite aux Escoumains, chez M. Barry, où je leur conselle de se rendre. Tu pourras ensuite aller dire aux messieurs de In Malbaiïe de ne pas se donner de mal pour chercher les raiders qu'ils ne trouveront pas. Et toi, tu auras fait une bonne action, car au lieu d'aider à livrer ces infortunés à leurs bourreaux, te seras devenu un de leurs sauveurs.”

MeNider était bon garçon, puisqu'il était l'ami de Tôtu. Ilse rendit de suite à ses raisons, et, non seulement il promit de ne rien faire contre les jeunes confédérés, mais encore de se constituer le messager de David.

Suivant à la lettre les instructions qui lui étaient données, il se rendit sans délai à la Pointe-à-la-Cariole, où il trouva les raiders fort ennuyés de leur nouvelle prison. Heureux de

recevoir des nouvelles de leur ami dévoué, mais un peu intrigués à l’idée de changer si vite le lieu de leur retraite, ceux-ci hésiterent d’abord à suivre son avis. Mais, après avoir mûrement délibéré sur les motifs que Têtu leur donnait dans sa lettre, ils comprirent la sagesse de sa nouvelle détermination.

David en était venu à cette décision, en apprenant que l’on faisait des recherches le long de la côte nord. Il se disait avec raison, que ses raiders, isolés et sans amis à la Pointe-à-la Cariole,

pourraient bien y être surpris, tandis qu'aux Escoumains, sous la protection de M. Barry, ils y;

n'auraient rien à craindre,

Ce dernier, au reste, avait déjà offert ses services aux Sudistes et, le lendemain de l’arrivée de McNider, au moment où ceux-ci délibéraient encore sur le parti à prendre, il arriva avec des voitures, pour amener avec lui les quatre confé-

dérés.

On comprend combien ils furent touchés d’une offre aussi généreuse ; ils hésitaient cependant à l’accepter, craignant d'être une cause d’embarras pour M. Barry et aussi de courir plus de risques d’être découverts en se trouvant

jué, Mais si vite le d'abord ûrement donnait se de sa

en appreong de la > ses 'Aa Cariole, s qu'aux Barry, ils

t ses serl'arrivée libéraient avec des tre confé-

; touchés taient ceune cause

de courir , trouvant

dans un endroit plus fréquenté. Les pressantes sollicitations de leur nouvel ami qui leur assura que leur sécurité serait plus grande aux Escoumains et les conseils de David mirent fin à leurs hésitations. Le soir du même jour, les raîders étaient installés au milieu de la famille Barry.

Nous avons laissé David Têtu au camp de la Baie-des-Rochers, se félicitant de l'heureux changement qu’il avait réussi à opérer dans l’esprit de son ami MeNider.

Après avoir détourné le nouvel orage qui menaçait ses protégés, il ne lui resta plus qu’à reprendre sa route pour Québec. Tantôt à pied, tantôt en voiture, il y arriva entin au moment où ceux qui s'étaient intéressés à son œuvre de dévouement, commençaient à être inquiets sur le résultat de son expédition.

Le soir, de retour dans sa mansarde éclairée par la même lampe, devant la même table sur laquelle était encore étalé le plan du navirepoisson, où la boîte de mathématiques, restée ouverte, faisait reluire le cuivre des compas et l'ivoire des parallèles, tandis que la tête de

ump de la l'heureux dans l’es-

re qui mes qu'à reôt à pied, 1 moment œuvre de qu'iets sur

le éclairée e table sur du navireues, restée compas et la tête de

l'orignal continuait à le regarder de ses yeux tixes, David répondait avec indifférence à toutes les questions qui lui étaient faites par le visiteur que nous avons vu entrer si brusquement, il ya quelques semaines, dans cette même mansarde.

L'avidité avec laquelle ce visiteur écoutait et multipliait les questions avait sa raison d'étre,qui, pour n'être pas apparente, n’en était pas moins réelle. Car si Têtu avait été la tête et le bras de cctte entreprise, ce dernier en avait été l'âme.

Quelques autres affidés, rangés en cercle autour du coureur de bois, écoutaient avidement la narration des péripéties de son expédition. A voir la bonhomie, l'attitude sans prétention de l'intrépide voyageur, à entendre avec quel naturel et quelle simplicité il racontait les incidents de ce voyage, durant lequel il avait plus d’une fois exposé sa vie, il était évident qu'il ne soupçonnaiït en rien l’héroïsme de sa conduite et qu'il s'imaginait n'avoir accompli qu’une acticn ordinaire.

Têtu n’y donnait pas même une arrière-pensée : son esprit était uniquement occupé de l'avenir. La première partie de son plan avait réussi, il ne lui restait plus qu’à préparer le succès de la suconde,

Le lendemain, lorsque noire homme arpenta les rues de Québec, plus d’un ami et plus d’une ancienne connaissance vinrent lui serrer la main et lui demander des nouvelles des terrains miniers et des places de pêche que, disait-on, il était allé visiter, à cette singulière époque de l’année.

Ces questions indiscrètes n'étaient pour David qu'un prétexte pour une fugue, à propos de ses plans de fortune. Il n'aurait ,as donné son voyage pour des miliers de louis. Toutes les mines de fer du Saint-Maurice auraient pu loger au coin de son œæ1il, comparées aux gisements qu'il avait découverts audelà des Sept-lles ; et quelles places de pêche ! bon Dieu ! Les navires échouaïient sur les marsouins, à certains endroits de la côte, dont il se réservait le secret.

rpenta s d’une la main terrains t-on, il oque de

ar David

)s de ses

nné son

outes les ; pu loger risements t-Iles ; et > navires S endroits À

Pendant que David, riant sous cap, déroutait les soupçons de ses interlocuteurs, et finissait par se persuader lui-même de la réalité des richesses qu’il faisait miroiter à leurs yeux, que devenaient nos raiders ? Quel genre de retraite avaient-ils trouvé aux Escoumains ?

À cinq ou six lieues de la Pointe-à-la-Cariole, une rivière qui sert de pouvoir moteur à une scierie, descend des montagnes et se jette dans le fleuve, par un goulet resserré entre deux rochers. La marée qui y pénètre forme à l’intérieur un vaste estuaire étranglé par un cercle de montagnes.

C’est au fond et à l’est de ce bassin, sur la berge, que s'élève, avec la chapelle de Ja mission, le petit village des Escoumains, dont la population, à l'époque de notre récit, se compo-

sait, en partie, de sauvages. Les quelques familles canadiennes qui l'habitaient y avaient été attirées pour le service du chantier de bois que le père de David Têtu avait établi sur la rivière.

‘étranger qui arrive dans ce poste situé aux extrémités du monde, est agréablement surpris d'y apercevoir une spacieuse et coquette résidence : c'était alors la demeure de M. Barry, qui aujourd'hui est venu se fixer aux Trois-Pistoles.

Les quatre ruiders n’eurent pas lieu de regretter le misérable taudis qu'ils avaient laissé à la Pointe-à-la-Cariole, en pénétrant dans la maison de leur hôte où s’étalait tout le confort de la civilisation. Entourés de toutes sortes de soins et d’attentions délicates et jouissant, autant qu’on peut jouir en exil, de toutes les commodités de la vie, ils se félicitèérent vite d’avoir accepté l'invitation de M. Barry.

Celui-ci était alors dans toute la force de l’âge. Irlandais de naissance, il fait honneur à son origine par l’admirable générosité de son caractere et l’exquise délicatesse de ses procédés. Ïl est du nombre de ces hommes dont il est dit qu'ils ont le cœur sur la main.

D'une taille avantageuse, fort instruit, posné-

milles attique le vièl'e.

lé AUX urpris e rési-

ry, qui istoles.

regretsé à la maison t de la le soins atqu'on dités de accepté

force de mneur à , de son procédés.

il est dit

it, posné-

dant également les langues française et anglaise, d'une conversation aussi agréable qu’intéressante, parfait de manières, il est le type du gentilhomme canadien. Son hospitalité est proverbiale et il l’exerce avec la largeur des anciens temps.

À toutes ces qualités, il joint un goût rare dont il a Lonné une preuve par le choix qu'il a fuit de la compagne de sa vie.

Plus jeune que son mari, madame Barry est aujourd'hui dans la seconde phase de sa beauté qui rappelle les charmes d’une jeunesse universellement admirée.

À ces dons extérieurs, elle joint les grâces de l'esprit et les qualités plus précieuses du cœur.

Une nombreuse et charmante famille groupée autour de ce couple heureux, donnait alors à cet intérieur de maison l'aspect d’un oasis au milieu du désert.

Des le soir de l’arrivée, M. et Mme Barry voulurent faire oublier à leurs hôtes les ennuis et les misères de leur séjour à la Pointe-à-la- Curiole, en organisant en leur honneur un festin et une soirée de famille.

Pendant le repas, ce fut, entre les convives,

LA

Page 1