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Panni les divers types qui se rencontrent dans l’histoire du Canada, il n’y en a peut-être aucun de plus original, de plus intéressant, de plus curieux à étudier que eelui des coureurs de bois. Ils forment une nombreuse lignée dont l’origine remonte à la naissance même du pays. Elle a
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son histoire qui n'est pas écrite, mais qui mérite de l'être.
Les romanciers en ont bien compris la beauté et l'intérêt, ils ont usé et abusé à satiété de cet étrange caractère qui côtoie les limites de deux mondes ; ils l’ont exploité de toutes les manières et sous toutes les formes. Maïs les inventions de leurs imaginations ne valent pas la vérité, ne rendent pas justice à ce caractère unique dans les annales américaines : la réalité est plus belle et plus extraordinaire que la fiction.
L'écrivain de talent qui étudierait à fond l’histoire de cette race hybride — trait d'union entre la civilisation et l’état de nature — qui dirait les aventures, les explorations, les traits d’intrépidité et de dévouement, en un mot les exploite de ces héros des bois, dont les annales commencent avec Étienne Brûlé, Marsolet, et se terminent dans notre siècle avec les Faribault et les Chatillon, aurait écrit un des livres les plus dramatiques qui se puissent rêver.
Pendant près de deux siècles, les coureurs de bois ont été le lien d'amitié entre les blancs et les Peaux-Rouges. C'est en grande partie leur influence qui à rmaintenu notre alliance avec les
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Souvent les coureurs de bois ont frayé la route aux missionnaires, plus souvent ils les ont appuyés et assistés dans leur apostolat.
Toujours attachés à la France, malgré leur vie nomade et demi civilisée, ils ont empêché plus
d’une conspiration, plus d'un soulèvement parmi les Peaux-Rouges.
Dans les guerres, ils ont été les meilleurs éclaireurs des armées régulières et d'incomparables francs-tireurs.
Aussi habiles à manier le calumet de p. ix et le collier de wampun que le fusil et la hache de guerre, ils ont conclu plus d’un traité d'alliance, après avoir assuré plus d’une victoire. Unissant les connaissances des blancs à l'expérience et à l'astuce des sauvages, ils étaient des auxiliaires indispensables en temps de paix, comme en
temps de guerre. Leurs audacieux coups de main sont devenus légendaires.
Aujourd'hui les coureurs de bois ont à peu
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près disparu des bords du Saint-Laurent ; on ne les trouve plus guère que sur les confins de la civilisation, dans les prairies et dans les montagnes du Grand-Ouest.
C’est une curiosité qu’un coureur de bois dans nos villes aujourd'hui ; on le regardé comme un être d’outre-monde. Il se trouve aussi dépaysé dans nos rues que dans les cités de l’autre continent.
Quelques-uns cependant se rencontrent encore parfois dans nos campagnes. Ils s’adonnent surtout à la vie de trappeur et de canotier.
Les récits émouvants que j'ai lus dans mon enfance sur la vie et les exploits des coureurs de bois m'ont fait souvent souhaiter de me trouver en face de quelqu'un de ces singuliers personnages ; mais, malgré mon désir, ce n'est que tout récemment et par hasard que j'ai eu cette bonne fortune.
Quand on connaîtra l'existence, le caractère, les courses et les aventures de David Têtu, le coureur de bois de l4 rive nord, on conviendra avec moi qu'il réalise bien l’idée qu’on se fait d'un forestier du temps passé, et qu'il en offre un type du meilleur eru.
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David Têtu est natif de la paroisse de la Rivière-Ouelle, où il est né en 1529, d'une de nos meilleures familles canadiennes.
Dès son bas âge, il manifesta les goûts étranges qui devaient déterminer sa carrière d'aventures. Doué d’un esprit vif et a ln fois insouciant, il préféra tout d’abord l’école buissonnière à celle de son village, S'il se formait une expédition dans les bois du voisinage, sur la rivière ou sur le fleuve, on était sûr que David Têtu était le premier à en faire partie.
Aussi habile dans tous les genres d'exercices qu'ingénieux dans toutes les sortes de travail, il faisait l'étonnement de ses camarades par ses tours de force autant que par les petits chefs-
d'œuvre que son esprit inventif lui faisait exécuter.
L'art de la calligraphie est inté chez la famille Têtu ; aussi n'est-il pas surprenant que David y ait exceilé. Entre autres tours de force qu'il faisait avec sa plume, il dessinait admirablement, d’un seul trait, sur le papier, un oïseau au vol, avec ses aïles et sa queue étendues.
Un jour, pendant que le curé de la paroisse, un saint homme s’il en fût, mais pas précisément beau, faisait le catéchisme, dans la sacristie, notre gamin eut la fantaisie de crayonner son portrait sur une peppermint. La ressemblance était si frappante et l’idée si cocasse, que les voisins en éclatèrent. Le bon curé, ayant confisqué l’objet, ne put retenir lui-même son hilarité, en reconnaissant son portrait dans ce médaillon d'un nouveau genre.
Patineur aussi souple qu'habile, Têtu écrivait,
avec ses patins, sou nom sur la glace d’une façon
aussi parfaite que s’il l’eût écrit de sa main.
On conçoit qu'avec de pareils goûts et de pareilles aptitudes, la vie de collège ne pouvait convenir à notre futur coureur de bois. Aussi, lui advint-il de la quitter et de la reprendre autant de fois que le célèbre duc de Joyeuse