acte de
me, DT mme
générosité : c’est qu'après lavoir accompli, David n'avait plus un seul sou dans ses poches, et qu’il fut obligé d'emprunter quelques piastres à ses tantes pour payer ses frais de passage à Québec.
Je ne saurais dire combien de fortunes notre homme a réalisées en imagination. Le mois prochain, il sera riche : l'invention qu'il a en tête vaut des milliers de piastres ; il ne tiendra qu'à lui de les avoir sous sa main. Mais c'est le mirage du désert qui s'éloigne à mesure qu'on avance. En attendant, David ne s’aperçoit pas que les sous désertent son escarcelle, N'importe, il vit d'espérance : ses projets vont leur train, sans nuire à la fortune qu’il rêve toujours.
M. Faucher de Saint-Maurice, dans son livre De Tribord à Babord, a fait un excellent portrait de Têtu, qu’il a rencontré à l’époque où ce dernier était gardien de la pointe sud de l'Ile d’'Anticosti. Ce portrait complète trop bien ce que nous avons dit de notre héros, pour que nous négligions de le citer ici :
“ La garde du phare de la pointe sud est confiée, par le ministre de la marine, à un homme aussi instruit qu'énergique : M. David Tétu.
Grand, les épaules légèrement montées, l'œil doux et serein, possédant un poignet de fer et une santé à toute épreuve, notre ami nous représentait bien ce type du Canadien-Français de jadis : esprit chevaleresque et aventureux qui, n'obéissant qu'à son impulsion et ne se laissant guider que par son flair et ses connaissances, y faisait des découvertes merveil-
son livre Ilent porque où ce d de l'Ile p bien ce our que
est conn homme id Têtu.
ées, l’œil de fer et nous re- -Français entureux et ne se
ses conmerveil-
pans! DT" ces
leuses et ne revenait au pays que pour léguer à d’autres son amour du voyage, de la liberté et de l'inconnu. Ce fut dans une de ses longues promenades sur la côte du Labrador que M.
David Têtu découvrit ces fameux gisements de sable qui, bien exploités, donneraïent les plus beaux minerais magnétiques du monüe.
“ L'esprit d'aventure et le goût de la solitude rendaient notre ami on ne peut plus apte à remplir les fonctions de gurdien de lumière.
Les longs quarts de nuit qu’il lui fallait faire lui permettaient de se livrer à ses études favorites sur l’histoire naturelle. Il aimait son phare comme un chasseur d'Afrique aime son cheval arabe : une partie de la journée se passait à l’astiquer et à le mettre en ordre, puis, quand la besogne était terminée, quand l'hiver était venu et que sa lumière avait été éteinte le 20 décembre, alors commençait la saison des chasses et des explorations.
“ Vite, on chaussait les raquettes ; les fusils étaient démontés et nettoyés, les pièges éprouvés, et bientôt, le jarret solide, enveloppé dans une chaude vareuse, on voyait David Têtu, la carabine sur l'épaule, portant avec lui des provisions peur plusieurs jours, prendre la lisière
du bois et aller déclarer une guerre sans merci
aux loutres, aux ours et aux renards gris, rouges,
noirs, et argentés. Rarement ce nouvel Œïl de À Faucon revenait bredouille, et plus sa chasse ou À sa pêche avait été abondante, plus ses voisins et | ses amis les pauvres s’en ressentaient. Alors, fourrures précieuses, morceaux de venaisons, grosses pièces, truites monstrueuses, tout passait entre les mains de cet homme qui se souciait ! fort peu, en ces temps-là, de savoir ce que sa À gauche ou sa droite faisait. (
“ Le soir, au coin du feu, maints trappeurs racontent encore les histoires merveilleuses de ce pêcheur habile et de ce chasseur adroit ; mais nulle, à mon avis, ne vaut celle de l’ours tué
au vol. 4 “ êtu avait oui dire qu'une baleine morte à était venue attérir à quelques lieues de son habitation. En homme qui sait profiter du vieux + dicton : Aïde-toi, le ciel t'aidera, il part, accom- L pagné de Crispin, son homme de peine, bien Ë À
décidés tous deux à tirer du cétacé toute l'huile À qu'il pourrait rendre. La nuit tombait lorsqu'ils | arrivèrent au lieu de l'échouage ; et, comme avant de camper Têtu tenait à être renseigné sur la valeur de l'épave, les chasseurs se diri-
ns merci s, rouges, >] Œil de hasse ou voisins et , Alors, "enaisons, it passait e souciait :e que sa
trappeurs lleuses de roit ; mais l'ours tué
ne morte son habidu vieux t, accomine, bien ite l'huile lorsqu'ils , comme renseigné
se diri-
Mais ils avaient été devancés par des rôdeurs de grève encore
cerent du côté de la baleine.
plus alertes qu'eux, et deux ours noirs s'en donnaient à cœur joie, le museau plongé dans les flancs du monstre, mangeant comme deux clercs échappés de carême, et ne s’interrompant de fois à autre que pour respirer longuement et pour lécher leurs babines toutes ruisselantes de lard.
“ Le domestique de Têtu était devenu pratique au contact de son maitre.
€— M. David, lui dit-il doucement, en glissant une balle dans son fusil, permettez-moi de tirer le plus gros. J'ai besoin d’une robe de cariole, lorsque je retournerai chez moi, à l’automne : et ma foi ! plus d'un faraud m’enviera cette peau d'ours, lorsque, le dimanche, mon cheval piaftera à la porte de l’église de Berthier.
“ Sa vie de trappeur, autant qu’une certaine fable de Lafontaine, avait mis Têtu au courant des habitudes rusées de maître Ursus ; aussi, fit-il signe à son compagnon de ne pas trop se presser de tirer. L’ours, dont la fourrure soyeuse
MS devait orner l'arrière d’une des carioles de { Berthier, se présentait mal ; et puisque Crispin
tenait absolument à celui-là, il fallait attendre
le moment favorable pour le prendre à l’œil ou au Cou.
Mais la chanson de Nadaud aura toujours raison :
‘6 L’ambition perd les hommes,”
et Crispin rendu nerveux par l’appât du butin, ! avait déjà épaulé. Vlan ! le coup part, la balle # ricoche sur le museau de l'ours, et va, comme F Jonas, se perdre dans le ventre de la baleine. & Le second ours, plus gourmet et sans doute def meilleure famille que son camarade, avait réussi, MR pendant le colloque des chasseurs, à se hisser E: sur le dos du cétacé : c'était sa manière à lui de M mettre la main au plat. La détonation du fusil était venue le surprendre là, et tout effrayé, É. perdant la tête au milieu de son festin, comm\ff Balthasar, mais ayant moins de décorum que ce à roi, il s'était élancé dans l’espace, où la balle de Têtu était venue le rejoindre. Celle-ci l'envoy rouler roide mort sur le dos de son compagnon/® qui, hurlant de douleur, le museau haché eh surpris par cette avalanche d’un nouveau genref prend le bois au galop, laissant le propriétaires de la petite cariole de Berthier réfléchir à ll philosophie de ces deux vers que Têtu prenai
à l’œil ou
toujours
; du butin, rt, la balle Ë va, COMME À la baleine. À
s doute de | vait réussi, |
-Ci l'envoyaÿ
Rp u haché cts veau I propriétaires fléchir à li êtu prenaih
\ se hisser M \ CR
re à lui de A on du fusil A ut effraye, tin, Comm /iR rum que cel
la balle de.
ss DL —
le malin plaisir de lui réciter, en rechargeant sa carabine :
NAT TT ... il ne faut jamais v “hdré ia peau de l’ours qu’on ne l’ait mis par terre,
“ David Têtu avait reçu de la nature certains petits talents de société, qui, sur l’Ile d’Anticosti ne sont pas à dédaigner. Tour à tour cordonnier, mécanicien, inventeur, Zoologiste, géologue, lettré, homme du monde, cordon bleu et trappeur, il avait su donner à la maison qu’il habitait le cachet de ses occupations multiples. Aux murs étaient accrochés des canardières, des pistolets, une carabine, un fusil de rempart et des perrhes de ligne ; dans un coin on voyait un coffre de pharmacie sauvé du naufrage du Shandon. Tout se coudoyait dans sa petite bibliothèque, depuis le Cornhill Magazine, l'Almanach de Raspail, jusqu'à l’Zmitution de Jésus-Christ et un traité d’entomologie. Une courte-pointe en fourrure couvrait un lit de sangle, auprès duquel se dressait une table de nuit surchargée ‘e boîtes de fossiles et de paperasses, où le maître, au moment où nous entrions, venait d'insérer ses dernières observations météorologiques, et sur lesquelles il avait négligem-
commis. ED ‘tn
ment jeté, en guise de presse-papier, une énorme défense de morse.
“ Inutile de peindre la joie de Téêtu en nous # apercevant. Quoique beaucoup plus âgé que # moi, il avait été mon ami d'enfance, et bien qu’un # mois de causeries n’eût pas suffi pour nous dire tout ce que nous avions vu et appris depuis une ! séparation de douze ans, il fallut subir les à exigences de la consigne et le laisser libre de À son temps, car nous n’avions que quatre heures ! devant nous pour ravitailler ce phare. Mais, avant d'aller sur la grève prendre livraison de ce que lui expédiait le ministre de la marine, Têtu donnait des ordres pour faire organiser en notre honneur une chasse aux homards.
“ Cette chasse se fait au moyen de chiens de Terreneuve qui plongent et vont, à marée basse, chercher ces délicieux crustacés dans ces herbes marines que Denys appelait des platins et que les pêcheurs du golfe ont baptisées du nom de prairies à homards. Enfouis dans d'énormes bottes sauvages que l’on avait eu la complaisance de nous prêter, et armés chacun d’un panier et d’un bâton, au bout duquel était fixé un crochet en fer, nous rheminions dans l’eau et suivions # de point en point les instructions de notre À
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en nous âgé que À ien qu’un # nous dire puis une À subir les À r libre de !
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guide. Il fallait marcher à pas comptés, avoir l'œil vif, pour distinguer dans cette herbe verte et qui suivait les ondulations de la mer, la carapace noire ou les longues serres de ceux que nous cherchions. En voyions-nous un, vite nous plongions notre engin de pêche pour tâcher de l’attraper, mais, prompt comme l'éclair, le crustacé nous avait dépassés d’un coup de queue, et la chasse était à recommencer, aux grands éclats de rire de notre guide. Celui-ci, plus expert, n'avait qu'à glisser hypocritement sun croc sous le ventre de la pauvre bête, à la chatouiller quelques secondes, puis à l'envoyer rejoindre brusquement la douzaine et demie de camarades qui, tout abasourdis par leur changement de garnison, se livraient à la plus excentrique des manœuvres, pour sortir de leur prison Quant aux terreneuves, ils n’y mettient pas tant de façons, et dès qu'ils avaient flairé un de ces malheureux homards, ils le happaient hardiment et allaient le déposer sur la grève.
d'osier.
“ En voyant venir le brouillard, Têtu avait craint que nous eussions quelque difficulté à retrouver la route du steamer, et, prenant sa
boussole, il avait tenu à nous faire la conduite,
# ah
mu Jà —
Fermement assis sur le banc d’un esquif long de dix pieds, qu’il gouvernait comme une plume, au moyen de deux légers avirons, 11 vint ainsi jusqu'au WNapoléon III. Nous sachant alors en sûreté, 1l revira de bord, salua de la main et ramant vers terre, la dernière fois que nous le vimes, comme l'oiseau précurseur des tempêtes, il se laissait bercer, ainsi qu’un pétrel, sur le dos des vagues énormes.”
Après avoir lu cette esquisse de la vie aventureuse de David Têtu, dont le nom figure en tête de ces pages, à côté des Raiders de Saïnt- Alban, le lecteur a dû se demander : quel rapport y a-t-il entre notre chasseur et ces maraudeurs américains ? Ces rapports, quoique fort peu connus, sont plus intimes qu'on ne le pense, comme la suite Le fera voir.
Mais, avant d'entrer dans ce récit, il est nécessaire, pour l'intelligence des événements, de donner un précis historique de l'affaire de Saint-
Alban,
‘long de * plume, int ainsi alors en main et nous le empêtes, , sur le
le avenigure en e Saintuel rapmarauue fort e pense,
|'est néents, de e Saint-
C'était en 1864 Depuis trois ans déjà, la guerre sévissait aux États-Unis, guerre désastreuse qui épuisait en même temps la richesse, le sang et le moral de la nation. Les Canadiens- Français, toujours plus où moins antipathiques aux Yankees, leurs ennemis séculaires — ces Bostonnais d'autrefois, contre qui ils ont eu si souvent maille à partir sous l’ancien comme sous le nouveau régime — faisaient les vœux les plus ardents pour le succès des soldats du Sud, et n'eût été leur devoir de loyauté envers la mèrepatrie qui leur commandait de garder la plus stricte neutralité, ils n'auraient pas manqué d'aller donner leur Courage et leur sang à ceux qu'ils regardaient comme des frères.
En effet, c'était en partie la race irançaise qui combattait dans le Sud. Chacune de ses défaites
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était une angoisse pour les cœurs canadiens, chacune de ses victoires un rayon de bonheur.
Quant aux causes de la guerre de sécession, on croyait les connaitre ici, et on n’y trouvait rien qui pût faire changer les sympathies des Canadiens, rien qui pât plaider en faveur des États du Nord.
“ Depuis longtemps, écrit le R. P. Mothon «ans une étude aussi admirable de précision que de forme, les fédéraux étaient jaloux des planteurs opulents auxquels le sol fournissait d’inépuisables richesses, tandis que leurs manufac-
tures étaient sujettes aux crises et aux fluctuations périodiques de l’industrie. Ils rêvaient des tarifs douaniers qui, frappant lourdement le tarif avec l’étranger, auraient ouvert des débouchés aux produits manufacturés du Nord et auraient fait leur fortune aux dépens des contrées agricoles du Sud, dont toute la richesse consistait dans l'exportation des produits du sol. Tel fut, au fond, la véritable cause de la guerre de sécession ; l'esclavage n'en fut que le prétexte, car les plus grands hommes politiques du Sud étaient d'avis, comme ceux du Nord, de supprimer cette institution déplorable, mais en
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l’abolissant d'une manière progressive et en ménageant les droits acquis.”
Ce n'est pas ce que voulaient les fédéraux, et ils aimaient mieux ruiner tout d'un coup ce peuple qu'ils jalousaient, malgré d'étroits liens de fraternité, en donnant de suite aux noirs une liberté que ceux-ci n'avaient pas appris à connaître et dont ils ne soupçonnaient ni les abus, ni les dangers. |
Outre ces motifs de sympathie que les Canadiens entretenaient pour les Sudistes, la science militaire des fédéraux ne leur inspirait qu’une médiocre admiration, leurs victoires ne soulevaient nullement leur enthousiasme, et ils trouvaient bien des choses à reprendre dans leur mode de faire la guerre. Ne savait-on pas qu’au mépris de toutes les lois et par des manœuvres indignes d’une nation civilisée, le Nord, pour soutenir sa lutte fratricide, allait recruter à l'étranger, et même au Canada, la chair à canon qu'il amoncelait sur “les champs de bataille afin d'y planter son drapeau ?
Composées en grande partie de mercenaires, les armées fédérales n'étaient pas sans rappeler un peu les hordes barbares du moyen âge. Sans
int OS “ces
pitié pour leurs ennemis, sans souci des lois les plus élémentaires, elles étaient accusées de commettre souvent d’affreux pillages et de se souiller par des massacres injustitiables.
Tous ces exces devaient nécessairement allumer dans le cœur des Sudistes l2 feu terrible de la haine et inspirer de regrettables représailles. C'est aus:i ce qui arriva, et la fameuse attaque des banques de St-Alban en fut un exemple.
Cet épisode, qui fit alors grand bruit et donna lieu à des procès célèbres, est peu connu aujourd'hui dans ses détails. Il est donc d'autant plus
utile de le rappeler, que ceux qui alors étaient d'âge à remarquer ces événements, en ont pour la plupart perdu le souvenir exact, tandis que la jeune génération actuelle en connaît à peine les principaux incidents.
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alluole de ailles.
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lonna 1jourt plus taient , pour que lu ne les
Le 19 octobre 1864, vingt-cinq à trente jeunes gens se trouvaient réunis à Saint-Alban, dans l'État du Vermont. Sous la conduite de Bennett Young, officier confédéré, ils venaient dans le dessein de brûler la ville et les villages environnants, et de se venger ainsi des outrages récents commis dans la vallée de la Shenandonh, située dans les États du Sud. C'est ce que nous apprend Young lui-même, dans une lettre qu'il publia quelques jours après sur les Journaux de Montréal.
Mais à ja veille d'accomplir leur projet, les raidlers reculèrent devant son exécution. Nullement accoutumés à incendier des villages paisibles et inoftensifs, et à faire périr dans les flammes les femmes et les enfants, ils laissèrent cette gloire à leurs ennemis du Nord, et ils adoptèrent un plan plus humain, A trois heures
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de l'après-midi, ils se paxtagèrent en divers groupes et fondrent à la fois sur les trois banques de la ville pour les piller.
Les circonstances ne pouvaient leur être plus favorables : aucune troupe ne gardait la ville qui était ensevelie dans la plus profonde sécurité. Habillés comme des voyageurs ordinaires, les raiders n'avaient éveillé aucun soupçon, de sorte qu’ils trouvèrent les banques absolument sans défense et n'ayant pour veiller à la garde des trésors que trois à quatre employés. Menacant les caissiers de leurs revolvers, ils s'emparerent de tout ce qu'ils purent découvrir d'argent et de billets de banque.
Après ce hardi coup de main, ils se saisissent des chevaux de quelques écuries voisines et se hâtent de prendre la fuite vers la frontière canadienne, emportant avec eux, paraît-il, une somme de deux cent mille piastres.
Une pareille attaque, faite en plein jour, quoique à l’improviste, ne pouvait guère être accomplie sans quelque résistance. En opérant leur retraite, les ruiders furent obligés de se frayer un passage à travers la foule qui s'était attroupée pour s'emparer d'eux et pour échanger quelques
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coups de pistolet, dont l’un fut fatal à un citoyen de Saint-Alban, nommé Morrison. Comme il y avait bien peu d'armes dans l'endroit, ce ne fut qu'une demi-heure après le coup de main, que l'on put réunir une douzaine de fusils et se mettre à la poursuite des fuyards.
Arrivés sur le territoire étranger, ceux-ci comptant sur une neutralité complète de la part des Canadiens, se crurent en parfaite sécurité ; mais ils furent cruellement déçus dans leur espérance, Car les autorités canadiennes ne tardèrent pas à sévir contre eux. Le président d'une des banques pillées se hâta d'aller à Montréal et de s'appuyer du consul américain pour porter plainte devant le juge Coursol. (Celui-ci se vit forcé de faire taire ses sympathies sudistes, pour accomplir ses devoirs officiels, et il donna l'ordre au chef de police, M. Guillaume Lamothe, de se mettre à la recherche des raiders et de les arrêter.
Eu même temps, lord Monk, gouverneur général du Canada à cette époque, ordonna au général Williams de mettre à la disposition du gouvernement les troupes nécessaires pour aider à l'arrestation des fugitifs. C'était assurément un déploiement de zèle plus grand qu'on n’était
en droit d'attendre, et il eut été bien étonnant si les jeunes Américains avaient pu échapper à tant de poursuites.
Entourés comme dans un réseau, ils ne tardérent pas, pour la plupart, à être saisis,
Le 22 du même mois, quatorze des raiders étaient incarcérés dans la prison de Saint-Jean, C'étaient Bennett Young, Samuel Eugène Lakey, Squire Turner Teavis, Alamando Pope Bruce, Charles Moore Swager, Geoge Scott, Caleb McDowall Wallace, James Alexander Doty, Joseph MecGroty, Thomas Brondson Collins, Marcus Spun, William H. Hutchinson, Samuel Suapsor Cregg et Dadley Moore. On trouva sur eux la somine de quatre-vingt-dix mille piastres.
Ce fut un événement pour la petite ville de Saint-Jean. Un grand nombre de citoyens s'em-
pressèrent d'aller rendre visite aux prisonniers et de s'informer de leur histoire respective et des secrets de leur expédition. Ils ne furent pas médiocrement étonnés de rencontrer, non pas des meurtriers et des voleurs vulgaires, mais des jeunes gens vraiment remarquables par la distinction de leur langage et de leurs manières.
Tous appartenaient aux meilleures familles
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sur
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du Kentucky ; jeunes, ayant plutôt l’air de collégiens que de maraudeurs, ils ne ressemblaient à rien moins qu'à des bandits. Dans tous les cas, ces raiders étaient d'aimables bandits. Il suffisait de les voir pour être préjugés en'leur faveur. Aussi, dès le premier jour, leur cause fut-elle gagnée dans l'esprit de tous les citoyens de la ville de Saint-Jean, dont l'impression fut bien vite répandue dans toute la province : et, sil eût suffi de la sympathie du public pour ouvrir les portes de la prison, les captifs eussent été mis en liberté sur-le-champ.
Mais cette affaire était loin d’être une question de sympathie. Il s'agissait de droits internationaux. La cause était grave : peut-être les raiders avaient-ils violé la neutralité du Canada, en organisant leur expédition sur notre territoire ; peut-être devait-on leur appliquer la loi d'extradition. Toutes ces questions, pleines d'obscurité, demandaient de longs examens et il était bien évident que ce ne serait qu'après un sérieux procès que pourrait luire, pour les jeunes Américains, le jour de la délivrance.
Bennett Young était leur chef et il paraissait exercer sur eux une autorité absolue et respectée.
Né au Kentucky, il avait inauguré sa carrière par de brillantes études, et, au moment où la guerre éclata, il se préparait à la prédication
évangélique ; il terminait son cours de théologie.
Fiancé à une jeune fille d’une admirable beauté et douée des plus heureuses qualités de l'esprit et du cœur, il fut l’un des premiers à éprouver les fureurs de la guerre. Car, un jour, les Yankees s’emparèrent de la maison où demeurait celle qu'il aimait et ne se retirèrent qu'après y avoir laissé des traces et des souvenirs ineffacables de leur barbarie.
Énervée par cette scène de pillage qu'elle voyait pour la première fois, ayant été témoin des mauvais traitements infligés à ses fidèles serviteurs par ces hordes indisciplinées, la pauvre enfant ne put résister à de pareilles émotions,
+rière où la ation logie.
rable és de lers à Jour, ù de- ‘erent ouve-
u’elle moin idèles auvre tions,
au À dis
On la vit dépérir, minée par nne maladie de langueur, et bientôt elle mourut, disant adieu à un fiancé incontestable, mais laissant aussi un ven-
geur.
Le cœur navré de douleur et ne respirant que la vengeance, Young courut de suite se ranger sous les drapeaux des confédérés, se distingua sur plusieurs champs de bataille, fit partie de plusieurs expéditions aventureuses, particulièrement de celle commandée par le général Morgan, immolant partout sans merci ceux qu'il regardait à la fois comme ses ennemis personnels et ceux de son pays.
A la suite d’une des batailles les plus sanglantes auxquelles il eût assisté et où les confédérés furent battus, il tomba entre les mains des vainqueurs qui ne lui épargnèrent ni les outrages, ni les mauvais traitements.
Après une assez courte captivité, il réussit à s'échapper et à rejoindre les régiments du Kentucky. Ce fut alors qu'avec quelqnes autres officiers, il conçut le projet de la téméraire incursion de Saint-Alban, qu'il organisa avec autant de secret que d’habileté.
Son but était de jeter l'effroi parmi les popu-
sus HE
lations vankees et de diminuer leurs ressources, en enlevant tout l'or et toutes les valeurs dont il pourrait s'emparer. La panique qu'il espérait créer aurait pu, en effet, forcer les fédéraux de retirer des troupes considérables des champs de batailles pour les occuper, sur divers points qu'on aurait pu croire menacés, Comine Saint-
Alban.
Caractère ardent et aigri par les malheurs et les désastres de sa patrie, Young, en mûrissant son projet, savourait d'avance les joies de la vengeance, Il s'imaginait entendre l'immense eri de rage qui allait s'échapper de toutes les poitrines yankees, à la nouvelle des terribles représailles qu’il rêvait.
Il savait aussi qu’en leur infligeant des pertes pécuniaires, il touchait la corde la plus sensible de ces adorateurs du dollar.
Il prévoyait juste, car, en apprenant le hardi coup de main des rwiders, tous les journaux des États du Nord poussèrent une clameur d’indi-
di A LA . p . Q gnation et de colère. L'émoi fut universel parmi les fédéraux.
On songea à se prémunir contre de pareilles représailles, et le général Dix ne parla rien moins
urces, dont pérait ux de ps de Joints saint-
1rs et ssant de la 1ense es les bles
ertes Isible
nardi des
EE
que d'envoyer des soldats sur le termtoire canadien. S'il ne vint pas de troupes, les espions yankees ne manquèrent pas. La petite ville de Saint-Jean vit bientôt afHuer une foule d'étranvers, les uns venant des États du Nord, pour hâter le procès et l’extradition des prisonniers, les autres arrivant de Montréal, pour offrir à ceux-ci leurs sympathies et des moyens de défense. On parlait de faire l'enquête à Saint- Jean même, mais bientôt il ne put en être question, car toutes sortes de rumeurs peu rassurantes circulaient dans la ville. On entendait dire que les soldats yankces allaient faire une démonstration armée pour enlever les prisonniers, Ce qui aurait singulièrement abrégé les procédures.
Le sentiment public s'émut à ces menaces et
on parla même de s'arméer pour s'opposer à une pareille violation du territoire. Tout dévoués naintenant aux jeunes confédérés, les habitants de Saint-Jean juraient de les défendre et de faire la lutte au besoin contre leurs ennemis.
Ces rumeurs engagèrent le gouvernement canadien à faire transporter les captifs à Montréal, ce qui eut lieu le 17 du même mois d'octobre. Ils furent incarcérés dans la prison de la ville
où, comme à Saint-Jean, ils devinrent l'objet d'une espèce d'ovation. Un grand nombre de citoyens s'empressèrent d'aller leur rendre visite et de leur donner les plus vifs témoignages de considération.
Les raiders, de leur côté, par leurs manières distinguées et l'élévation de leurs sentiments, surent conquérir de nouvelles sympathies. Du reste, ils paraissaient assez confiants dans la justice de leur cause et passaient agréablement leur temps, jouant aux échecs et aux cartes, ou causant sur les événements de la guerre.
Das amis confédérés, qui se trouvaient à Montréal, avaient mis cinq mnille piastres à leur disposition pour leurs menus plaisirs, et une dame du Sud avait même offert du champagne à Young, pour qu'il traitât ses compagnons d'infortune.
bjet : de isite s de
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Du s la nent
L'enquête commença le 3 novembre, dans l’enceinte de la cour criminelle, sous la présidence de Son Honneur le juge Coursol. M. Devlin plaidait la cause du gouvernement américain ; MM. Carter et Johnson, celle du gouvernement Canadien ; MM. Abbott, Laflamme et Kerr, de Montréal, et Cameron, de Toronto, avaient été choisis comme avocats des prisonniers, M. Edmunds, représentant des États-Unis, se trouvait également à Montréal, ainsi que le caissier de la banque nationale de Saint-Alban, M.
Aldis, juge de la cour suprême du Vermont et une foule d’autres personnages de distinction des États du Nord.
Après avoir entendu les dépositions de plusieurs témoins, la cour consentit à ce que les prisonniers fissent des déclarations volontaires, et, le 12 novembre, Bennett Young rendit le té-
moignage suivant, que nous transcerivons textuellement :
“Je suis natif du Kentucky, et citoyen des ‘ Etats confédérés, auxquels je dois allégeance,
LS
Je ne dois aucune allégweance aux États-Unis.
Je suis officier comimissionné de l’armée confédérée et je produis ici ma conunission. Je pro- ‘ duis aussi les instructions que m'a données mon gouvernement, en méme temps que cette commission, me réservant le droit de faire d’autres instructions en tel temps et de telle manière que mes avocats le jugeront convenable. Vai ‘agi sous l'autorité et par l'ordre du gouverne ment confédéré dans l'attaque que j'ai dirigée sur Saint-Alban. Je n'ai pas violé la neutralité de l'Angleterre où du Canada. Ceux qui étaient avec moi à Saint-Alban étaient tous officiers ou soldats confédérés et étaient sous ‘mon commandement, Ils étaient bien et dûment enrôlés depuis le 19 octobre 1864.
Plusieurs d'entre eux ont été prisonniers de guerre faits par les fédéraux et sont demeurés tels jusqu'à l'époque où ils se sont évadés. L’'expédition n’a pas été organisée au Canada. Mon dessein à Saint-Alban était d’user de represailles et de venger le Sud des atrocités com-
ous ous et
— dl —
“mises par Grant, Sherman, Butler, Milroy, “ Sheridan et autres officiers fédéraux, si ce “n’est que je ne voulais pas, moi, massacrer les “ femmes, les enfants et tous les individus sans “ protection et sans défense. Je ne suis pas prêt “à me défendre avant que j'aie communication “ avec mon vouvernement à Richmond : et comme ‘toute voie n'est interdite par mer, comme “ par terre, par les Yankees, je demande trente “jours pour parvenir à m'entendre avec mon ‘gouvernement, sans avoir besoin de recourir à “ la permission des Yankees.”
Young présenta alors sa commission de lieutenant dans les armées confédérées et une autorisation pour son incursion de Saint-Alban. Ces deux documents étaient signés par le secrétaire de la guerre, J. A. Seldon. Mais c'était ces signatures qu'il fallait vérifier en communiquant avec Richmond, entreprise bien difficile pour les raiders.
Le lendemain, Collins parla à son tour. Ce devait être l’un des plus beaux soldats de l’armée du Sud,ayant une taille de six pieds, des formes athlétiques, une tête intelligente, avec toutes les séductions, toutes les amabilités d’un jeune homme de vingt-deux ans,
Aussi quand il commença à rendre son témoi-
gnage, tout l'auditoire le dévorait des yeux et
sa voix sonore résonnait comme une musique guerrière, au milieu du silence le plus profond :
“Je suis natif du Kentucky et officier commissionné dans l’armée des États confédérés, maintenant en guerre avec ce qu’on appelle les : États-Unis. J'étais avec Morgan et j'en fus séparé à Ja bataille de Cinthiana. Avant échappé aux Yankees, je me joignis au lieutenant Young, à Chicago, ce que je devais à mon gouvernement, Comme à moi-même. Je ne dois aucune allégeance à ce qu’on appelle les États- Unis : mais, an contraire, j'en suis ennemi public. Les Yankees ont arraché mon pere à sa paisible famille pour l’enfermer à Camp- Chase, où les souffrances ont altéré son corps et son esprit, et le brutal Burbridge a banni mon grand-père du Kentucky. Ils ont porté partout le pillage et se sont glorifiés de leurs barbaries, érigeant en trophées le fruit de leurs rapines. Quand je laissai Saint-Alban, après l'attaque, je vins demander protection au Canada. J’entrais tranquillement dans un hôtel à Stanbridge, lorsque j'y fus arrêté per un magistrat canadien escorté de Yankees, Je
ms. DO
“ fus dépouillé de mon argent, de ma propriété ‘“ privée, sans warrant émané contre moi. J’in- ‘“ voquai alors le droit international. L’extradi- “ tion que l’on invoque s'applique aux meur- ‘ triers, aux faussaires, aux voleurs. Je ne suis “ rien de cela : je suis soldat au service de ma “ patrie, dans une guerre faite à gages, par un ‘“ barbare persécuteur, en violation de sa propre ‘“ constitution, au mépris de toutes les règles de “ la guerre, telles qu’entendues par les nations “ civilisées et par les Yankees eux-mêmes, gens ‘“ trop sages pour s'exposer personnellement au “ danger, quand 1ls ont des mercenaires à sou- “ doyer et des nègres à voler pour mettre dans “ leur armée, quand tout en se gloritiant de leur “ neutralité, ils peuvent séduire vos compatriotes “ sur les frontières et les engager à violer la “ proclamation de votre auguste souveraine, pour ‘“ les laisser ensuite, une fois captifs, languir au ‘ fond de nos prisons, dans un climat insalubre ‘“ pour eux et où la mort les attend. Ni j'ai mis : “la main dans l'affaire de Saint-Alban, c’est ‘“ parce que je savais que les banques étaient des “institutions publiques ; que le nerf du gousset “est chez les Yankees le nerf sensitif, et que la “chose devait plus les torturer que les plus ‘rudes traitements. Je ne m'occupais guère du
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“ butin que pour le plaisir de faire souffrir les ennemis de ma patrie. Les soldats fédéraux se paient mille piastres-par tête, et, en leur enlevant deux cent mille piastres, nous détruisions deux cents soldats. L'expédition nous payait donc. Oui, je le crois, nous avons fait effet, puisqu'ils ont envoyé sagement des milliers de soldats du siège de l’armée pour se protéger en arrière. Je suis prêt à subir les conséquences
‘ de mes actes, et si je suis livré aux bouchers yankees, mon gouvernement saura me venger, sil n'a pu me défendre.”
En prononçant ce discours, Collins, fièrement cambré, redressait sa tête, avec une expression toute martiale. Ses mouvements gracieux, ses gestes nobles et fermes, les éclairs qui jaillissaient de ses yeux donnaient à sa parole sonore et tremblante d'émotion, un accent de conviction qui entrainait évidemment l’assistance,
À peine la dernière syllabe de cette fière allocution eut-elle résonné aux oreilles tendues de l'immense auditoire, que les applaudissements les plus chaleureux remplirent la salle. Les Yankees n'auraient pas eu beau jeu à vouloir enlever les prisonniers à ce moment, et surtout le jeune officier qui venait de rendre témoi-
gnagee.
Le 15 novembre, après avoir entendu les plaidoyers des savants avocats, le juge Coursol accorda le délai que les jeunes Américains avaient demandé pour communiquer avec leur gouver-
nement, et décida que l'enquête serait reprise le 13 décembre suivant.
La défense des prisonniers avait été bien coneue et adroitement conduite. Le point à décider était de savoir si les raiders tombaient, oui ou non, sous les clauses du traité d'Ashburton, pour l’extradition, s'ils étaient oui ou non, des meurtriers ou des belligérants au service de leur patrie. Dans le premier cas, ils devaient être livrés aux États-Unis et alors on peut facilement imaginer quel sort les fédéraux leur auraient fait subir : dans le second cas, les cours de justice n’avaient plus rien à voir dans l'affaire
de Saint-Alban, pas plus que dans les batailles que se livraient, dans le Sud, les armées belligérantes,
Quant à la tactique suivie par les ruiders, elle était suffisamment conforme aux règles de la guerre, et les fédéraux, du reste, ne pouvaient s'en plaindre, eux qui pillaient et dévastaient tout sur leur passage.
Le 1S novembre, trois jours apres la décision favorable du juge Coursol, au sujet du délai, les prisonniers présentaient une requête à Son Excellence le gouverneur général lord Monk, pour lui demander de vouloir bien envoyer un messager à Richmond, afin de faire vérifier la commission de Young et son autorisation d'attaquer Saint-Alban. Ils allécuaient que le messager qu'ils avaient eux-mêmes député, avait été arrêté par le gouvernement des États-Unis, et que, par suite, ils ne pourraient pas établir une preuve aussi forte qu'ils l’auraient désiré. Le gouvernement répondit qu'il ne croyait pas opportun d'accorder la conclusion de la requête.
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Le 13 décembre au matin, toute la ville de Montréal était dans la plus vive attente. On n'y était pas sans inquiétude, car il n’était que trop vrai que le messager envoyé par les prisonniers à Richmond avait, en effet, été saisi, et l’on ne savait pas si les raiders pourraient maintenant établir, d’une manière satisfaisante, leur qualité de belligérants.
Grande fut la surprise quand, à la reprise des procédures judiciaires, on entendit l'avocat Kerr prétendre que le juge Coursol n'avait aucune juridiction dans cette cause, et qu’il ne pouvait plus longtemps continuer de l’évoquer à son tribunal.
D'après lui, l'acte provincial de 1851, relatif à l’extradition, avait été rappelé, et les dispositions du traité d’Ashburton étaient réglées par l'acte
impérial qui y avait trait. Sous l'acte provincial, un warrant émané par un magistrat était suffisant pour que l’on pût mettre la main sur les raiders, mais sous l'acte impérial, les coupables ..e pouvaient être arrêtés dans un cas semblable, que d’après un warrant émané par le gouverneur. Or, dans la cause présente, le gouverneur n'avait rien fait, et par conséquent le juge n'avait aucune juridiction.
Le juge promit que, dans l'après-midi, il donnerait sa décision au sujet de cette objection importante. En effet, après avoir entendu les savants adversaires des jeunes accusés, il donna
0 A 0 0 gain de cause à M. Kerr, et termina son jugement en ces termes :
“ Je décide qu’en l'absence d’un mandat ou warrant du gouverneur pour autoriser l’arrestation des accusés, ainsi que le veut l'acte impérial, je n’ai et ne possède pas de juridiction en cette matière. Et conséquemment, je suis “tenu en loi et je dois à la justice et à un “esprit d'impartialité bien comprise, d’ordonner “ de suite la mise en liberté des prisonniers et “le renvoi de toutes les accusations portées “ contre eux devant moi. Que les prisonniers
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“ soient de suite rendus à leur liberté indivi- “ duelle.”
Des applaudissementsfrénéti jues accueillirent la décision de Son Honneur, et la foule accompagna les accusés, ou plutôt les porta en triomphe jusqu’en dehors de Ja Cour. On eut dit qu'une victoire importante venait d’être rem portée contre les ennemis : c'était une véritable fête,
Les jeunes officiers étaient ravis du résultat. Young surtout s’en donnait à cœur Joie, et, une fois échappé des mains de la foule en délire il se lança dans un sleigh de louage pour jouir une bonne fois du grand air dont il avait été privé si longtemps.
Le soir, il partageait, avec ses compagnons, l'honneur d’un excellent dinér auquel les avait conviés un citoyen de Montréal, Nul doute que l'on but à la santé des banquiers de Saint-Alban, du fameux Dix et du gouvernement des États- Unis !
Il est plus facile d'imaginer que de dire l’indignation et la fureur des Yankees, quand ils apprirent la mise en liberté des incursionistes Leur colère ne connut pas de bornes, et, sans s'inquiéter d'étudier le jugement si bien élaboré du juge Coursol, leurs journaux se répandirent en invectives les plus violentes contre lui et contre le gouvernement canadien qui permettait de tels dénis de justice !
Exaspéré de pareils actes, le général Dix enjoignit à ses troupes d'aller capturer les maraudeurs sur le territoire canadien. Mais son gouvernement trouva la mesure un peu violente et la désavoua.
Dans la suite, le général en vint à des sentiments plus modérés et ne dédaigna pas d'entrer en pourparlers avec les autorités canadiennes.
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Quoi qu'il en soit, les fédéraux firent tant de bruit et de menaces, que les ministres canadiens se crurent obligés de faire quelques concessions pour apaiser cette tempête, et, le 16 décembre, on apprit qu'ils blâmaient, sinon le jugement, du moins la manière d'agir du juge Coursol.
Rien de plus curieux que de lire les journaux de l'époque. Quelques-uns, partisans outrés du gouvernement, avaient d’abord loué l'honorable juge et avaient bravement tourné en ridicule les fédéraux. Jusque-là, ces journaux avaient plaidé avec chaleur la cause des jeunes confédérés. Mais, tout à coup, leurs sympathies et leurs jugements se transformerent, comme par enchantement.
À peine la pensée des ministres fut-elle connue qu'ils se mirent d'abord à parler moins favorablement des incursionistes, puis ensuite à blâmer vertement la conduite du juge Coursol. Il aurait pu attendre au moins quelques jours, disaient-ils, pour s'entendre avec le gouvernement ; sa précipitation était inexcusable et pouvait être la cause d’un conflit sérieux entre le Canada et les États-Unis.
Quant aux Journaux de l’opposition, il va sans dire qu'ils tombaient à bras raccourcis sur le gouvernement, et qu'ils condamnaient à outrance
tout ce qu'il avait fait et tont ce qu'il se proposait de faire, Tant il cst vrai qu'alors, comme aujourd'hui, les opinions pouvaient changer en tres peu de temps, et que l'esclavage n'existait pas seulement dans le Sud des États-Unis.
Plusieurs amis des incursionistes regrettatent la décision du juge Coursol : d'autres, plus indépendants et pour des raisons différentes, prétendaient qu'il aurait mieux valu juger l'affaire au mérite. Selon eux, la position des incursionistes n'en aurait été que meilleure. Il était facile, disait-on, de prouver l'authenticité de leurs pièces justificatives par des personnes de Richmond se trouvant .à Montréal : du reste, les
ruiders avaient en leur faveur un témoignage prouvant très fortement qu'ils étaient de véritables belligérants. Sowles, le caissier de la banque nationale de Saint-Alban, avait dit qu'en entrant les maraudeurs s'étaient écriés :
—N ous sommes venus pour voler votre banque, en représailles des outrages comimis par le général Sheridan. Nous représentons les litats confédérés de l'Amérique.
Le jugement de la Cour leur aurait sans doute été favorable, et le gouvernement fédéral des
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États-Unis n'aurait eu rien à dire. Cette opinion était loin d'être déraisonnable ; mais, d’un autre côté, le juge Coursol ne pouvait pas rendre de
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jugement s'il n'avait pas de juridiction.
Bref, le gouvernement canadien prit de suite des mesures pour faire arrêter de nouveau les raiders qui étaient loin de s'attendre à cet excès de rigueur. Des warrants furent émanés, et tous les limiers américains et canadiens furent mis à contribution pour donner la chasse aux jeunes américains. +
I ne nous appartient pas de juger le gouvernement canadien, et nous supposons charitablement qu'il avait d'excellentes raisons pour agir comme il faisait, et qu'il n'était mû, en aucune sorte, par la peur, mais bien par le sentiment de ce qu'il se devait à lui-même et à une nation amie,
C’est, au reste, le Jugement que porterent un très grand nombre d'hommes bien pensants de l’époque, et ce n'est pas nous qui oserions le blâmer maintenan’.
Le grand connétable Bissonnette prit le chemin du Haut-Canada, et le connétable Ermatinger celui de la Rivière-du-Loup, dans le comté
de Témiscouata : une nombreuse escouade de police était à leur disposition, et elle fut échelonnée sur tout le littoral du fleuve, chargée de veiller sur les passages réputés les plus favorables aux fuyards.
Bientôt les officiers de police Bureau et Rosa arrêtèrent à la Pointe - aux - Trembles : Spun, Swager et un nommé Betterworth, que l'on supposait avoir échappé aux recherches et aux poursuites faites au mois d'octobre précédent.
Ermatinger, parti de Montréal, se rendit à Québec, puis à la Rivière-du-Loup, ayant le soin de laisser des hommes à Québec, et à d’autres endroits où aboutissaient des routes conduisant soit au Nouveau-Brunswick, soit aux États-Unis. Il stationna au village de la Rivière-du-Loup jusqu'au 20 décembre, occupé à veiller sur tous jes voyageurs suspects.
Ayant remarqué qu'il existe trois chemins qui vont se rencontrer à la paroisse de Saint-François, aux portes du Nouveau-Brunswick, il alla plus tard s'y mettre en sentinelle, accompagné de trois hommes de police.
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les limiers lancés par le gouvernement se mettaient à leurs trousses ?
Fatigués de leur longue détention, et trouvant à Montréal presque autant d'amis que de citoyens, ils s'endormaient dans une trompeuse sécurité et se laissaient amollir par ces nouvelles délices de Capoue. Prenant trop peu de souci des dangers de l'avenir, ils perdaïient un temps précieux en amusements, en promenades et en festins, parmi la société de Montréal et des environs.
Au moment où le deuxième mandat d'amener fut lancé contre eux, ils n'étaient nullement préparés à prendre des mesures pour s'y soustraire. Avec toute la folle témérité de leur âge, ils manquèrent de la plus élémentaire prudence,
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Leur chef Voung, après s'être refusé Jlongtemps à croire au nouveau danger qui le menaçait, lui et ses compagnons, songea enfin à s'éloigner.
Pour déjouer la police qu'il croyait sur la rive sud, il prit le côté du nord, en partant de Montréal. S’adressant au premier cocher venu, il eut, pour le eonduire, un vieil irlandais, un cheval étique et une mauvaise voiture. Le voilà parti avec deux de ses compagnons.
Pour comble de mésaventure, leur vieux conducteur était à peu près aussi ignorant qu'eux des localités qu'il fallait traverser. Il piqua à Terrebonne, passa par Mascouche et revint à l'Assomption. Nul d’entre eux ne savait un traître mot de français et leur guide ignorait également cette langue. On conçoit quel devait en être l'inconvénient au milieu d’une popula. tion dont les habitants ne parlent que le franais. À tout instant, il fallait arrêter pour demander des renseignements. On frappait à mainte habitation, et chaque fois, c'était une scène de colère de la part du cocher qui s’exaspérait et s'emportait contre ses interlocuteurs dont il ne parvenait pas à se faire comprendre.
De pareilles altercations étaient un danger con-
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tinuel pour les fugitifs, que tout ce bruit pouvait faire soupconner et découvrir, en donnant partout l'éveil sur leur passage.
L'intensité du froid, la faim, et l'épuisement de leur misérable cheval, forçaient fréquemment les voyageurs à interrompre leur fuite.
Enfin, ils arrivèrent aux Trois-Rivières, où ils purent se procurer des chevaux plus forts et plus rapides.
Comprenant alors, par les nouveaux avis qu’il avait reçus, toute l’imminence du danger, Young déploya toute la diligence possible et atteignit en peu de temps Lévis, puis la Rivière-Oueile, où lui et ses amis furent découverts par quelques-uns des principaux de l'endroit, à l'hôtel Danjou, qui leur avait servi de refuge pendant une nuit. Les fugitifs ne furent cependant pas inquiétés, grâce aux sympathies sudistes de ceux qui avaient reconnu leurs traces et ils purent reprendre leur route, le 20 décembre, à la tombée de la nuit, malgré une épouvantable tempête de neige, à travers laquelle ils eurent toutes les peines du monde à se frayer un chemin.
Un de leurs nouveaux conducteurs n'était autre que ce même individu que nous avons vu