‹ David Têtu et les raiders de Saint-Alban [microforme]Chapitre 6 sur 12 · PR À | ES · texte numérisé non relu

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avait été arrêté à la Painte-aux-Trembles, fut mis en liberté, car on avait sévi contre lui sans mandat, ni autc:isation.

Quant aux actres incursionistes, plus habiles ou plus chanceux que l’infortuné Young et ses compagnons, ils avaient réussi à déjouer les plans de la police et à s'échapper dans un pays plus hospitalier que le Canada.

Nous ne les suivrons pas dans leur fuite, et nous nous contenterons de nous occuper de quatre d’entre eux : Collins, Scott, Bruce et Doty, qui demeurèrent d’abord cachés à Montréal, chez des amis iidèles.

Nous verrens, dans la suite, par quelle série d'étapes et d'aventures ils eurent à passer, avant de trouver une retraite sûre pour s’y abriter le reste de l'hiver, et comment ils opérèrent ensuite leur évasion.

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Le 27 décembre, Young et ses quatre compagnons de captivité furent amenés devant les tribunaux ; cette fois, c'était le Juge Smith qui présidait la Cour. Il était muni des plns amples pouvoirs ; les accusés allaient être Jugés au mérite de la question.

Quant à ceux-ci, après avoir passé par tant de traverses, ils pensaient bien avoir gaoné leur liberté, mais tel n'était pas l'avis d’un tr p grand nombre.

Les captifs eurent done à subir encore un ennuyeux proces. Les mêmes témoignages furent donnés, et les incursionistes furent encore appelés à faire des déclarations volontaires.

Young saisit cette occasion pour se plaindre des amertumes dont lui et ses amis avaient été

abreuvés, et pour exhaler avec un redoublement d’indignation ses sentiments d’aversion contre les fédéraux.

“ Les mesures de répression m'affligent comme “ les autres, dit-il, dans son discours, mais j'ai “ tant souffert en luttant pour l'indépendance et “ Ja liberté, que je ne puis avoir de sympathie “ pour les oppresseurs de ma patrie bien-aimée, En présence du pillage et de la désolation qui marquent le passage des fédéraux, au bruit des gémissements de la veuve et de l’orphelin, quelqu'un s’étonnera-t-il que le désir d’une

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juste vengeance enflamme mon cœur? Il en est si peu, dans le Sud, qui n'aient pas eu à ‘ souffrir! Dans cette guerre, la civilisation à été ‘ épouvantée, et les démons ont célébré la mar-

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che rétrograde de tout ce qui était digne de la créature faite à l’image de Dieu. J'ai laissé mon foyer, mes amis, le luxe et la tranquillité, “ pour défendre une juste cause. Dépouillé eu ‘“ chassé de ma patrie, J'ai épousé la querelle du ‘ peuple dont le sang remplit mes veines, et je “ne saurais regarder en arrière ; aussi, plutôt ‘ que de fléchir, je suis prêt à m'offrir en victime “ pour la plus sainte des causes. J’ai pu déjà “ braver la mort, et je sais ce qui m'est réservé

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si on me livre aux mains de mes ennemis. Je puis mourir en digne fils du Sud, et dix mille agonies à souffrir ne sauraient me faire regretter un seul instant la part que j'ai prise à cette grande lutte. J'ai cru que le Canada soutiendrait son antique réputation et me garantirait la neutralité proclamée par la reine. Ce n’est donc pas sans étonnement que j'ai vu l’action du gouvernement contre nous. Tout ce que je demande, c’est l’administration de la justice. Je suis complètement tranquille sur l'intégrité de la Cour. Je puis espérer que le juge devant qui je comparais en ce moment ne pourra que me faire droit, dussent les cieux s'écrouler, et je sais qu'il met le sens de la justice au-dessus de l'influence gouvernementale et des clameurs de la crainte. Le drapeau anglais a toujours été l’emblême de la protection pour l’opprimé. Au besoin, je pourrai vérifier jes paroles suivantes de Son Honneur Seddon, notre secrétaire de la guerre : ‘“ Lieutenant, vous partez pour une mission dangereuse, mais vous et votre commandement serez protégés.” Et Je ‘puis dire aux bonnes gens de Saint-Alban que “ le jour de ma mort sera une cause de deuil pour “les meilleures familles de l’État aux vertes “montagnes. Ma mort sera vengée par le sang

CR. CAES

“ des officiers du Vermont. Je le répète, mon “âme est prête à supporter le sort qui n'est “ réservé, et si la justice anglaise me fait défaut, ‘“ mon gouvernement saura me venger.”

L'un des avocats demanda alors un délai pour que les incursionistes pussent se procurer les preuves de leur délégation. Un d'eux qui avait réussi à s'échapper, était parti pour chercher les pièces nécessaires à la cause, et peut-être serait-il de retour dans un mois. Le gouvernement des États-Unis ayant refusé un sauf-conduit au délégué des prisonniers, son voyage était difficile et serait nécessairement long. La justice exigeait que l’on attendît quelque temps son retour, et il serait injuste de refuser le délai d'un mois. Ce délai fut en effet accordé, et la Cour s’ajourna jusqu'au 10 février 1865.

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Cependant, le délégué des incursionistes était en marche pour atteindre Richmond, mais en vain multipliait-il ses actes de prudence, en vain voyageait-il avec toute la rapidité possible, les Yankees se trouvaient partout sur sa route, et il finit par tomber entre leurs mains.

Les prisonniers se virent donc privés d’un grand moyen de défense ; aussi, lorsque le procès

recommença le 10 février, demandèrent-ils encore

un nouveau délai pour qu'un autre délégué fût envoyé et rapportât les preuves jugées si importantes.

Mais, cette fois, In Cour répondit par un refus, et il fallut se décider à recevoir la sentence du juge.

Dans l'intervalle, on avait écrit en Angleterre et ailleurs, pour consulter des autorités impor-

tantes, et toutes ou presque toutes s’accordaient à dire que les jeunes confédérés devaient être reconnus comme belligérants. C’est aussi ce que décida Son Honneur le juge Sinith en rendant son jugement, et il termina en disant qu'il n'avait pas le droit de livrer aux autorités américaines les incursionistes de Saint-Alban, et que l’acte qu'ils avaient commis ne tombait pas sous le coup du traité d’extradition.

Comme apres la sentence du juge Coursol, les plus chaleureux applaudissements témoignèrent en pleine Cour, de ’a joie universelle, et la foule reconduisit en triomphe les raiders jusqu'à la

prison.

Car, hélas ! c'était à la prison qu'ils se rendaient. Le juge ne les avait pas mis en liberté, et un troisième procès leur était réservé, Il leur fallait prouver maintenant que leur expédition n'avait pas été préparée sur le territoire canadien, et qu'ainsi ils n'avaient pas violé la neutralité du pays.

Le gouvernement américain avait déclaré qu'il reaoncerait à toute tentative d’extradition, si les autorités canadiennes instituaient un procès pour violation de leur neutralité.

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