‹ Davout, maréchal d'empire, duc d'Auerstaedt, prince d'EckmühlChapitre 25 sur 42 · S4 DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPIRE · texte numérisé non relu

S4 DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPIRE

guerre Tordre de rapprocher son corps d'armée de Dunkeirque et de se porter de sa personne à Âmbleteuse où TEifl* pereur voulait à la fois établir un camp et préparer dans le port un abri pour la flottille batave. Ces ordres furent aqs* ^ilôt mis à exécution.

Napoléon, le 13 germinal, avait annoncé au Maréchal une nouvelle levée de conscrits et sollicité en m^me temps • son opinion personnelle sur les travaux que nécessitait la mise en état du port d*Ambleteuse. Davout s'y transporta sur-le-champ et, après s'être livré à une minutieuse ins* pection, il adressa le 30 germinal son rapport à TEmpereur. Cinq à six semaines de travail, une centaine de mille francs, devaient permettre de déblayer le port dWmbleteuse des sables qui l'encombraient et d'y offrir un abri à plus de 300 bâtiments.

Appelé par décret impérial du 28 ventôse à la présidence du collège électoral de l'Yonne, Davbut, par un ordre dli jour du 28 germinal, avait confié en son absence le commandement au général Priant. Il ne fit que traverser Paris pour se rendre à Auxerre où l'appelaient ses fonctions politiques.

Un de ses premiers soins, en arrivant dans celte ville, fut de s'enquérir d'un de ses anciens maîtres, le bénédictin Dôm Laporte. Il apprit qu'à la dispersion de son ordre le vénérable religieux s'était retiré à Augy, aux environs d'Auxerre ; il l'y fit chercher, le combla de prévenances et d'attentions et le chargea du soin de réorganiser le vieux collège d'Auxerre. Grâce aux démarches du Maréchal, grâce aussi à ses libéralités, les Bénédictins, vers la fin de cette année, rentraient dans l'ancienne demeure d'Amyot.

Un coup terrible, la mort de son unique enfant, la petite Joséphine, enlevée en quelques heures, rappela brusquement Davout à Paris. La maréchale était alors dans un état de grossesse avancée et Taffreux désespoir où la perte de son enfant Tavait plongée n'était pas sans donner de sérieuses inquiétudes pour sa santé. Mais les événements militaires, qui semblaient devoir se précipiter, ne permirent même pas aux deux époux si cruellement frappés la douceur d'une bien longue réunion. Les soins de son armée réclamaient impérieusement la présence du Maréchal, et le 23 floréal il annonçait à TEmpereur son prochain retour au camp :

Sire, lui écrivait-il, un nouveau malheur domestique, la perte du seul enfant qui me restait, m'a obligé à mon retour d'Auxerre de rester quelques jours à Paris pour donner des soÎDS à ma femme dont Tétat est inquiétant. Je la quitte aprèsdemain pour rejoindre l'armée dont Votre Majesté m'a confié le commandement. Je me rendrai directement à Ambleteuse pour m'assurer si les travaux sont dans toute leur activité.

Apprenant à Milan le malheur qui venait de frapper les Davout, rimpératrice adressait aussitôt la lettre suivante à la maréchale :

A Milan, le 12 prairial, an XIH.

Je prends. Madame, une part bien vive au chagrin que vous venez d'éprouver, et l'intérêt que votre fille m'avait inspiré me rend plus sensible à votre peine et à sa perte. Si j'eusse été moins éloignée de vous, c'est avec un sentiment bien vrai que j'aurais tâché de vous aider à supporter un coup aussi pénible. Il m'est au moins bien agréable de penser que ma fille me remplace dansée soin intéressant, et je désire que son*

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attachement pour vous puisse vous rappeler celui dont' je vous renouvelle ici l'assurance. Joséphine.

L'Empereur, sur ces entrefaites, avait donné à ses troupes une nouvelle organisation et le camp de Bruges était devenu le corps de droite de Tarmée des côtes de TOcéan ; par un ordre du jour en date du 25 prairial, Davout porta ce changement à la connaissance des troupes.

L'armée des côtes de TOcéan comprenait une avant-garde de deux divisions sous les ordres des généraux Oudinol et Gazan et trois corps d'armée ; celui de gauche était coù^ mandé par le maréchal Ney, celui du centre par le maréchal Soult et celui de droite par le maréchal Davout qui, le 10 messidor, fixait à Ambleteuse son quartier général. C'est également à Ambleteuse, dont le port venait d'être l'objet d'importants travaux que l'amiral Verhuel, commandant l'aile droite de l'armée navale, devait réunir sa flottille.

La traversée de Dunkerque et de Calais à Ambleteuse n'était pas sans offrir les chances les plus périlleuses, les Anglais prévenus par leurs espions ayant renforcé leur croisière. Davout, de son côté, avait pris toutes ses mesures pour secourir efficacement la flottille; outre Tartillerie légère échelonnée sur la côte, il avait garni les hauteurs du cap Grisnez d'une nombreuse artillerie de gros calibre. Tous les détails du mouvement ayant été combinés entre les commandants des forces de terre et de mer, le passage de la flottille s'exécuta avec un plein succès les 28 et 29 messidor; le 30, Davout en rendait compte à l'Empereur *.

i. Mazade. Correspond. Davout, t. I"»", p. 116; et Marqnise de Blocqueville. Années de commandemenl, p. 20 et suivantes.

. C'est à peine dans sa dépêche si le Maréchal signale sa présence à bord où son sang-froid, sa calme intrépidité avaient excité l'enthousiasme des équipages. Mais la nouvelle ne pouvait tarder à s'en répandre, aussi s'empressel-il de rassurer sa femme, très émue des dangers que pour la première fois depuis leur mariage il venait d'affronter.

J'eusse bien désiré, lui écrit-il le 7 thermidor, qu'il n'eût pas été question de mon passage sachant combien tu es ingénieuse à te tourmenter,surtout lorsqu'on t'en donne des motifs ; les dangers sont passés et pour mieux dire, sans irriter ma fortune, on ne peut pas croire que j'en aie courus. Je te conjure de ne jamais t'en méfier, elle pourrait en prendre de l'humeur; je ne sais point si c'est parce qu'elle est femme, mais j'ai réellement la plus grande foi et confiance dans cette déesse. Je lui serai aussi fidèle dans les sentiments que je lui porte que dans l'amour que je t'ai voué.

Les derniers ordres de l'Empereur ainsi exécutés, l'armée et la flottille réunies l'une et l'autre à Boulogne et dans les ports du voisinage, il semblait que le moment du passage fut enfin arrivé. Les Anglais, whigs et tories, étaient également alarmés en voyant de leurs côtes cette expédition que la France préparait sous leurs yeux avec un appareil si formidable. Toute difl'érence de partis avait disparu on ne voyait plus que les armements qui menaçaient l'indépendance de la nation, aussi fut-il facile au ministre Pilt d'obtenir les subsides qu'il demandait. Dès le mois de février 1805, cent millions avaient été mis à la disposition du gouvernement et au mois de juillet soixante-quinze millions furent ajoutés à ce premier crédit. Au moyen de cet

or le premier ministre put agir auprès des puissances cori- Uneiitales et les décider à attirer sur elles Forage qui menaçait TAnglelerre. Le roi de Suède, Gustave IV, et l'empereur de Russie, Alexandre, formèrent cette troisième cohlilion a laquelle accéda bientôt Tempereur d'Allemagne François II. Aidées par les subsides de l'Angleterre, ïek trois puissances s'engagèrent à faire une diversion pour débloquer la Grande-Bretagne, leur alliée.

Napoléon n'ignorait pas les armements de l'Autriche mais ne jugeant point les préparatifs de cette puissance encore assez avancés il voulut, en redoublant les alarmes du peuple anglais, forcer la coalition à jeter le masque. Feignant donc de se rendre aux vœux de son armée qui demandait à grands cris le signal du passage, il quitta Paris le 2 août pom* se rendre au camp. Le 3 août, TEmpereur était au milieu de ses troupes et le Maréchal annonçait sa présence à sa femme :

Sa Majesté, lui écrit-il le 16 thermidor (4 août), est ici depuis hier à notre grande joie ; il nous passera en revue dans une heure. Je ne sais pas si je trouverai aujourd'hui Toccasion de lui parler, mais sois certaine que je saisirai la première qui se présentera. J'aurais trop d'inquiétudes, te connaissant, si Je ne nie trouvais pas près de toi dans le pénible moment de tes-couehes^ pour ne pas désirer aussi fortement que toi d'aller à Paris pour cette époque. Dans une de tes dernières lettres, en supposant que je ne pourrais pas venir, tu ne crains pas de me prédire que tu ne pourras pas supporter mon absence dans cette circonstance. Certainement ce serait une grande contrariété pour nous deux, mais si la nécessité et Thonneur m'empécha,ientde pouvoir ui'absenter quelque temps de Tarmée, an liea dé t'abandonner au désespoir, il faudrait avoir recours à loti

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jugement. Il est si bon, par quelle fatalité faut-il donc que tu ne t'en serves pas dans cette occasion !

Les circonstances étaient trop graves pour que Davout pûi même songer à solliciter de TEmpereur la permission que désirait la maréchale. La lettre suivante que la Princesse Louis adressait le 12 fructidor à Madame Davout nous montre le Maréchal retenu à Ambleteuse par les soins de son commandement :

J'espère^ ma chère Aimée, lui écrit-elle, que ma lettre te trouvera déjà heureuse d'être mère. J'aurais bien désiré en «pprendre la nouvelle étant encore à Ambleteuse, car c'eût été une double fête pour moi. Ton mari m'a reçue d'une manière bien aimable et je te prie de lui dire quand tu lui écriras combien j'y ai été sensible. Nous avons emporté un souvenir très agréable de la matinée que nous avons passée avec lui, et depuis que nous sommes à Sàint-Amand, nous n'avons fait que fredonner la ronde chantée par les Grenadiers. Napoléon s'est très bien trouvé de son voyage, il est toujours bien gentil. J'espère que tu seras aussi heureuse que moi de ce côté-là et je t'embrasse bien tendrement.

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