‹ Davout, maréchal d'empire, duc d'Auerstaedt, prince d'EckmühlChapitre 29 sur 42 · Id. — t. pr, p. 202 et · texte numérisé non relu

Id. — t. pr, p. 202 et

PREMIÈRE CAMPAGNE D*ArTRlCHE 183

été obligé, à la veille où Ton espérait la paix, de tirer le glaive ; les Russes nous ont attaqués lorsque nous nous ébranlions pour leur livrer bataille. La victoire a été fidèle à notre Souverain, jamais il n'en a remporté une plus complète ; toute Tarmée russe a été détruite, son artillerie est tombée en notre pouvoir. Ils se sont battus avec acharnement, ils ont laissé sur le champ de bataille 15,000 des leurs, on leur a fait autant de prisonniers : le reste de ces troupes est dispersé, on les ramasse sans combattre, ainsi il n'existe plus aucun obstacle à la paix.

La division Priant s'est supérieurement battue, le général Priant a eu quatre chevaux tués ou blessés sans avoir reçu pour lui la plus petite contusion. La division CafTarelli s'est distinguée; CafTarelli jouit d'une bonne santé. J'ai eu dans cette journée mon bonheur ordinaire, je Tai communiqué à Beaupré et à Alexandre. Desessarts n'était point à cette bataille, ayant depuis quelque temps une mission; il jouit d'une bonne santé. — Tu peux rassurer M"" Soult et Bessières, leurs maris se portent bien et ont eu dans cette glorieuse journée une grande part de gloire. — Je rentrerai ces jours-ci à Vienne, je te donnerai à mon arrivée de mes nouvelles.

Le lendemain de la bataille, le maréchal Davout reçut Tordre de se diriger sur le flanc gauche de Tarmée ennemie, en prenant la route de Nikolsbourg, où il avait placé la division Gudin ; une partie de son corps d'armée suivait la route d'Austitz qui, à une demi-lieue de Goeding, se réunit, à celle de Nikolsbourg. De là, le Maréchal se jetant sur le corps du général Merfeld, se disposait à écraser ensuite les débris de Tarmée russe, dont il avait déjà tourné la position. Bernadotle devait agir de soft côté et mettre ainsi l'ennemi entre deux feux; mais il se conduisit avec autant de mollesse que le jour de la bataille. Cependant les deux

empereurs, jugeant le maréchal Davout plus fort qu'il ne Tétait réellement, crurent leur position désespérée. En conséquence, ils convinrent que Fempereur François de» manderait à Napoléon une entrevue. Elle eut lieu le 4 décembre, à Utchitz. Il y fut résolu qu'il y aurait armistice, que l'armée russe se retirerait par étapes et qu'elle se mettrait de suite en marche. Les généraux Savary et Stutter'* heim furent en toute hâte envoyés vers l'empereur Alexandre pour lui exposer les conditions d'après lesquelfes Tarmée ruése pouvait se retirer.

Pendant ce temps, Davout, qui ignorait ce qui se passait sur les derrières, prenait ses mesures pour faire mettre bas les armes aux débris de l'armée ennemie. C'est alors qu un parlementaire vint, de la part du général Merfeld, lui annoncer qu'il y avait armistice et que l'année russ« allait se retirer par étapes. « Vous voulez me tromper, dît le. Maréchal, comme Laudon s'est moqué de nous en Italie. Je vais vous battre, je ne connais que cela. » Le parlementaire lui demanda alors s'il se fierait à la parole jde l'empereur Alexandre et, sur sa réponse, il alla trouver ce prince à son quartier général. Alexandre avait devant lui sur sa table un livre, il en arracha une feuille qui était en blanc, et écrivit au crayon le billet que voici :

Le général Merveldt est autorisé à dire au maréchal Davout, de ma part, que Tarmistice de vingt-quatre heures a été conclu pour l'entrevue que les deux chefs suprêmes de leurs nations ont aujourd'hui ensemble à Utschitz.

Le 4 décembre.

Signé : Alexandre.

L'empereur de Russie fit accompagner le parlementaire

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jnitrichien par un de ses aides de camp pour remettre le èîBet au maréchal Davout. Par respect pour une parole royale, celui-ci fit aussitôt suspendre ses mouvements. Quand, à quelques jours de là, le Maréchal remit le fameux billet à rempereur Napoléon, celui-ci lui dit: « Le coup âaît beau ; vous avez dû être bien tenté. N'ayant point reçu mes ordres, peut-être auriez-vous pu agir et en finir. » fiavout ayant fait observer qu'en refusant à ajouter foi à la p»*ole de l'empereur Alexandre il aurait assumé une trop grande responsabilité; « Vous avez raison, lui répondît TEmpereur, ce qui est fait est bien fait. »

Le 6 décembre, les plénipotentiaires français et autrichiens signèrent à Austerlitz une convention qui délimitait la ligne des deux armées pendant la durée de l'armistice. En vertu de cet arrangement, le maréchal Davout, qui avec le 3« corps formait Textrême droite de la grande armée, occupa Presbourg et ses environs. C'est cette ville que Napoléon avait choisie pour être le lieu des négociations ; elles s'y terminèrent le 26 décembre 1806 par un traité de paix définitif, qui fut ratifié le lendemain. Cinq jours après l'échange dès-ratifications, Davout, aux termes du traité, commença à évacuer Presbourg et successivement les états Autrichiens. En s'arrêtant d'abord à la ligne de Saint-Pollen, ensuite à celle de l'Enns et enfin sur Tlnn, l'armée française, dont le 3^ corps formait Tarrière-garde , était toujours en mesure de rentrer sur le territoire autrichien au cas où l'inexécution de certaines clauses du traité aurait amené une nouvelle rupture.

Après avoir évacué les états héréditaires d'Autriche, le maréchal Davout était entré en Souabe; il y mit ses troupes en cantonnement. L'évacuation définitive de TAUemagne, qui dépendait de la complète exécution du traité du Presbourg, allait se trouver différée par la mauvaise foi du cabinet de Saint-Pétersbourg. En effet, les Russes, à peine échappés des mains de Tarmée française, venaient de se saisir des bouches du Cattaro qui faisaient partie du territoire cédé par TAutriche à la France. Devant cette provocation Napoléon décida de maintenir son armée en Allemagne tant qu'il n'aurait pas obtenu complète satisfaction.

Le 28 janvier, Davout est à Wels, le 8 février à Ried, et la fin du mois le trouve dans la capitale du nouveau royaume de Bavière. « Je suis ici, écrit-il de Munich à sa femme, le 28 février, avec le ministre de la guerre que je quitterai dans quelques jours pour rejoindre mon corps d'armée qui continue sa marche vers la France. » Ces prévisions de Davout ne devaient pas se réaliser, car le

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44 mars Napoléon adressait au major-général la lettre su*rr vante : , ,

Mon Cousin, Mon intention est que mon armée reste en Allemagne jus-: qu'à ce que j*aie des réponses positives de la cour de Vienne relativement aux affaires de Dalmatie... Vous ordonnerez cq conséquence les dispositions suivantes... Le maréchal Davout se rendra avec son corps d'armée à Oettingen et cantonnera ses troupes dans toute cette principauté, sans être à charge d'aucune manière k la Bavière. Il enverra une de ses divisions occuper la seigneurie de Limbourg et une autre occuper la principauté de Hohenlohe. Si son séjour se prolongeait plus longtemps que je no le pense, il pourrait s'étendre dans le Mergentheim. Les principautés d'Octtingen, Limbourg et Hohenlohe forment plus de 100,000 âmes. Son armée doit vivrQ là à l'aise, sans fatiguer aucun de mes alliés.

En exécution de ces ordres, Davout arriva à Oeliingert dans les premiers jours d^avril et y établit son quartier général. Dès son arrivée, le 7 avril, il signale au major général les agissements des recruteurs prussiens :

J'ai Thonneur, lui écrit-il, de rendre compte à Votre Excellence que j'ai rencontré, il y a quelques jours, sur la route de Hall à Oettingen, des recruteurs prussiens venant de conduire des recrues en Prusse et allant à Enzingen rejoindre un de leurs officiers qui y est en détachement et loge à l'auberge du Mouton, ayant sous ses ordres quatorze recruteurs répandus dans cet endroit et dans les environs. H y a en outre, dans ce pays, un assez grand nombre de ces recruteurs, ce qui n'est pas sans inconvénient, car nos soldats y étant, il est à craindre quMls ne parviennent à en engager quelques-uns; sur mes représentations verbales, les autorités du pays ont cru devoir les faire évacuer.

J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence copie d'une lettre écrite au Président de la régence de Wallerstein par un major prussien en recrutement à Francfort, qui, en donnant des instructions à ceux qu'il envoie dans ce pays-ci et qui s'adressent aux autorités locales pour leur établissement, base sa demande sur ce qu'à Francfort il y a des recruteurs, malgré ^ii*ll y ait garnison française dans cette ville. Je prie Votre Bîtcèïlencè de vouloir bien me faire connaître ses instructions à ce sujet, et de donner des ordres pour qu'il n'y ait qu'une tiiéme manière d'agir à l'égard de ces recruteurs.

C'est en réponse à cette lettre que; le 11 avril, de Munich, Berthier écrivait à Davout :

' J'ai lu avec attention, monsieur le Maréchal» la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire relativement aux recruteurs prussiens. S. M. le Roi de Prusse ne doit faire recruter que dans ses états ; cependant l'Empereur Napoléon a consenti tacitement à ce que le Roi de Prusse engageât le plus possible de prisonniers et de déserteurs autrichiens.

Vous pouvez réclamer, monsieur le Maréchal, auprès des autorités du Roi de Prusse, que tous les recruteurs qui sont hors des états de S. M. Prussienne se retirent conformément a^x stipulations des traités.

En marge de cette lettre de Berthier, on trouve écrite de I3 main de Davout et signée par lui la note suivante :

Faire connaître aux généraux commandant, les divisions qu'ils devront inviter les officiers prussiens en recrutement, qui pourraient se trouver dans leur arrondissement, à se retirer; S. M. le roi de Prusse, aux termes des traités, ne pouvant point avoir des recruteurs dans les pays occupés par les troupes françaises et qui ne font point partie de ses états. Cette invitation devra être faite dans le style le plus amical, vu la bonne

intelligence qui existe entre nos souverains ; on la basera sur le danger qu'il y a de laisser des recruteurs au milieu de nos troupes, danger que Texpérience a confirmé, des recruteurs prussiens emportés par Tamour du gain ayant déjà, au mépris des ordres de leur maître, enrôlé quelques soldats de ce corps d'armée.

Pendant ce temps les négociations les plus diverses se croisaient en tous sens dans FEurope entière. La Prusse, qui, la veille d'Âusterlitz, était prête à accéder à la coalition, s'était empressée aussitôt la bataille de se ranger aux côtés du vainqueur. En échange des territoires d'Anspach, Baîreuth, Neufchâtel et Clèves que la Prusse cédait à Tempereur Napoléon, elle recevait 1 electorat de Hanovre, dépouille du roi d'Angleterre; c'était se mettre dans une position fausse mécontentant à la fois amis et ennemis. En Angleterre, Tavènement de Fox au pouvoir laissait un moment espérer un rapprochement avec la France. Des pourparlers, suivis à Paris par loyd Yarmouth, furent même entamés à ce sujet; la maladie et bientôt la mort de Fox, en rappelant aux affaires le parti de la guerre, ne devaient point leur permettre d'aboutir. Mais, pendant la durée de ces négociations, le marquis de Lucchesini, ambassadeur de Prusse, avait cru savoir que la France, bien que déjà en possession des tenitoires cédés par la Prusse, consentirait, pour arriver à une entente avec l'Angleterre, à lui accorder la restitution du Hanovre. Il fit partager ses soupçons et ses craintes à la cour de Berlin ; dès lors la guerre fut résolue dans les conseils de la Prusse et elle se rejeta vers la Russie qui venait de désavouer le traité conclu à Paris par son envoyé M, d'Oubril. Une nouvelle coalition, à laquelle

la mort de Fox rendait Fappui et les subsides de T Angleterre, se formait ainsi contre la France.

Mettant à profit les courts loisirs de cette paix, Davout, dans ses cantonnements de Souabe, poussait activement l'instruction de ses troupes et s'appliquait à faire régner parmi elles la plus exacte discipline. Ses soins incessants, son infatigable vigilance, préparaient ainsi le 3^ corps à cette campagne de Prusse, où chef et soldats allaient se couvrir d'une gloire immortelle. Cependant vers la fin de l'été, les probabilités de guerre semblant moins prochaines, l'Empereur crut pouvoir accorder aux maréchaux Ney et Davout un congé de vingt jours pour venir à Paris. Davout s'empressa d'en profiter pour venir embrasser sa femme et sa fille, qu'il ne connaissait pas encore, mais les événements ne lui permirent guère de jouir de cette courte réunion. En effet, à peine arrivé à Paris, le 15 septembre, le Maréchal adressait au général Friant, commandant par intérim le 3® corps, la lettre suivante :

J'arrive de Saint-Cloud, mon cher Général, Sa Majesté m'a accueilli avec sa bonté ordinaire. Elle m'a parlé de partir sous peu de jours pour vous rejoindre. Cette nouvelle est pour vous seul et mon chef d'état-major. Tout est à la guerre ici ; une partie de la garde est partie ce matin. Cependant beaucoup de personnes croient que ces préparatifs n'auront aucun autre résultat que de déterminer la paix, el par conséquent de rendre ridicule l'armement des Prussiens. Mais dans tous les eus nous sommes en mesure; ma dernière inspection des troupes m'a donné cette conviction.

Il est probable que lorsque vous recevrez cette lettre, je serai encroûte pour vous rejoindre.

Votre femme se porte bien, elle est depuis deux jours à

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Pontoisc où elle a été chercher sa mère. Ma femme a été sur* prise de mon arrivée; elle fait mille amitiés à son excelleni beau-frère. Je pars k Tinstant pour Savigny y faire la connaissance de ma petite.

Dès le 23 septembre, les ordres par lesquels Davoul s'était fait précéder étaient reçus au 3" corps et le général Daultanne, chef d'état major, en prévenait aussitôt l'ordonnateur en chef afin que celui-ci put prendre ses mesures en conséquence. Le corps d'armée devait être réuni du 26 au 27 entre Wassertruding et Nordlingen; la 1^« division entre Oettingen et Wassertruding, la 2* et la 3" entre Oettingen et Nordlingen, le parc de réserve à Nordlingen. « L'intention de M. le Maréchal, ajoutait le général Daultanne, est que les troupes placées ainsi en cantonnements resserrés reçoivent des distributions régulières et n'exigent rien des habitants. »

Le 28 septembre, le 3* corps réuni se mettait en marche sur Bamberg; la \^^ division couchait ce soir-là près de Schwalbach, la 2* à deux lieues en avant de Gunzenhausen, la 3« entre Oettingen et Gunzenhausen. Davout n'avait pas cm de\oir profiter de la prolongation de congé que l'Empereur lui avait octroyée jusqu'au 3 octobre, et le 29 septembre, vers onze heures du matin, il était rendu à Gunzenhausen.

Il y arrêtait aussitôt la répartition de sa cavalerie : le l'^régimentde chasseurs à cheval était attaché en entier àla 4*^^ division; le 2'' et le 12* régiment de chasseurs devaient fournir chacun 100 chevaux, le 12* à la 2* division, le 2" à la 3*. Le restant de ces deux régiments formant la réserve de cavalerie sous les ordres du général Vialannes,

devait, sauf ordres contraires, marcher entre la l^'' et la 2* division d'infanterie.

Le 1®' octobre, Davout arrivé à Bamberg pour se concerter avec le maréchal Bernadotte écrivait au major généralprince de Neufchàtel :

La 1'* division est arrivée et est établie entre Bamberg et Forsheim, sa têle à une lieue de cette première ligne où demain elle appuiera sa gauche, sa droite se prolongeant du côté de StalTelstein ; demain 2, tout le reste du 3<^ corps sera entre Bamberg et Forsheim. Votre Altesse peut compter là* dessus.

Le 2 octobre, la 1*^^ division était établie en colonne entre StalTelstein et Hallstadt, occupant Bamberg par un de ses régiments. La 2^ division également en colonne était entre Bamberg et Hirschaid; la 3% dans le même ordre entre Hirschaid et Forsheim. La cavalerie légère était répartie entre Schesslitz, Hallstadt et Baniberg. Le parc était près de Forsheim, ayant son personnel et ses chevaux cantonnés dans les villages de la rive gauche de la Wiesent.

Le 5 octobre, Davout fit enlever tous les chevaux dans le pays de Baireuth ; destinés à compléter les attelages de rarlîUerie, ils furent réunis à Forsheim et remis au colonel d'artillerie Charborinel, chargé d'en faire la répartition. Ce même jour le Maréchal après avoir passé à Bamberg la revue de son corps d'armée, en rendit le compte suivant au major général :

Eu général, toutes les troupes ont mis à profit les moments de repos pour se préparer à entrer en campagne, et je dois ajouter que la sollicitude des généraux et des officiers a eu les meilleurs résultats.

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