DAVOUT, MARÉCHAL I>*EMP1HE
L'armement est partout dans un très bon état. Sur tout lo corps d'armée il ne manquait pas au-delà de 15 à 20 baïonnettes, qui ont été remplacées peu d'heures après. L'habillement a été reçu et délivré par tous les régiments ; les troupes sont dans la tenue où elles eussent été, si elles avaient passé la revue de S. M. l'Empereur à Paris. La chaussure remplit les intentions de S. M. ; chaque soldat a 2 paires de souliers dans le sac et une .aux pieds ; quelques régiments en ont même unie quatrième de réserve qu'ils font suivre; quelques-uns davantage; tous, quelques paires de rechange. Quant aux ustensiles de campement, cet objet avait été entièrement oublié ; mais depuis la marche on s'en est essentiellement occupé, toute la 1"^ division peut être considérée comme ayant ce qui lui est nécessaire. La 2^ est moins bien fournie, mais sous 24 heures elle sera au niveau. La 3' est plus arriérée ; cependant il n -y a que ce reproche à lui faire, car sa tenue est excellente. — Il ne manque rien à l'artillerie, les troupes sont pourvues de 50 cartouches par homme et de 3 pierres à feu. Indépendamment de l'approvisionnement de 1.200.000 cartouches contenues dans les caissons, il en restera 200.000 provenant du dernier envoi de 300.000 que j'avais demandé pour compléter les 50 par homme. Je ferai déposer à Gronach les 200.000 restantes, attendu que je n'ai aucun moyen de transport pour les faire suivre et que ce serait les exposer à être entièrement avariées que de les faire transporter sur des voitures du pays.
L'Empereur était arrivé le 2 octobre au 3oir à Wiirzbourg; le 6, à Bamberg, où il venait de transférer son quartier général, il faisait mettre à Tordre de Tarmée la proclamatîoa qui annonçait l'ouverture des hostilités; la campagne de Prusse était commencée.
Au 7 octobre, Tétat major général du 3* corps était ainsi composé. Le maréchal Davout, commandant en chef, avait pour aides de camp : les colonels Bourke et Davout; le chef
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d'escadroQ Falcou; le capitaine Perrin; les lieutenants Montesquieu et Trobriand. — Le général de brigade Daultanne était chef d*élat-major, ladjudant commandant Beaupré sous chef d'état major. Les adjudants commandants Levasseur, Romeuf, Allain, et les capitaines polonais inter- ^prêtes Jazinski'et Zadera étaient employés à Tétat major; les capitaines Gautherol, Coubard, Maurel, Lebarbé et Aaspail y étaient adjoints. — L'artillerie était commandée par le général de brigade Hannicque, dont le colonel Charbonnel était chef d'état major ; le colonel Jouffroy était directeur du parc. Le colonel Touzard commandaitle génie, le chef d'escadron Saunier la gendarmerie. L'inspecteur auxrevuesétaitM. Laigle, l'ordonnateur en chef, M. Ghambon.
. Des trois divisions d'infanterie, la 1"^ était commandée par le général Morand. Elle se composait du 13® de ligne, colonel Guyardet ; du 17^^ de ligne, colonel Lanusse ; du 30' de ligne, colonel Valterre; du 51" de ligne, colonel Braille ; du 61* de ligne, colonel Nicolas. Les généraux de brigade étaient les généraux Debîlly, d'HonnîèresetBrouard. — La 2* division, général Friant ; généraux de brigade Kister, Lochet, Grandeau, était formée: du 33» deligne, colonel Saint-Raymond; du 48^ de ligne, colonel Barbanègre; du 108* de ligne, colonel Higonnet, et du 111® de ligne, colonel Oay. — La S*' division, général Gudin, généraux de brigade Petit et Gaulthier, se composait, du 12« de ligne, colonel Vergés, du 21* de ligne, colonel Decous; du 55' de ligne, colonel Cassagne ; du 85' de ligne, colonel Vialla.
La cavalerie légère, que commandait le général Vialannes, boinprenait, le 1*' de chasseurs, colonel Exelmans; le 2* de
1% DAVOLT. MARÉCHAL D EMPIUE
chasseurs, colonel Bousson; iel2' de chasseurs, coloqel Guyon.
Le Premier Bulletin delaGrande Armée, daté de Bamberg le 8 octobre, résumait ainsi la position de Farmée française: « L'armée doit se mettre en marche par trois débouchés : la droite, composée des corps des maréchaux Soult et Ney et d'une division de Bavarois, part d'Amberg et de Nuremberg, se réunit à Baireuth et doit se porler sur Hof, où elle arrivera le 9. Le centre, composé de la réserve du Grand Duc de Berg, des corps du maréchal prince de Ponte Corvo et du maréchal Davout, et de la garde impériale, débouche par Bamberg sur Kronach, arrivera le 8 à Saalburg et de là se portera par Saalburg et Schleiz sur Géra. La gauche, composée des corps des maréchaux I^nnes et Augereau, doit se porter de Schweinfurt sur Cobourg, Grâfenthal et Saalfeld. »
Le 9 octobre, le quartier général du 3* Coi'ps était à Kronach. Sa cavalerie légère était en avant de Lobenstein ; la 1'" division, en avant de Lobenstein, avait sa gauche à la route d'Helmsgri'inn et poussait ses avant-postes jusque vers Ruppersdorf ; la 2« division était au bivouac en avant de Lobenstein, la 3*" bivouaquait à hauteur de Neundorf.
Le iO octobre, en adressant au maréchal Davout ses ordres de mouvement, le major général ajoutait : « Hier soir le Grand Duc de Berg, qui était à la poursuite du général Tauenzien, chassé de Schleiz, Ta joint; 2,000 de cavalerie ont été culbutés, on y a fait 7 à 800 prisonniers dont 2 colonels. » La veille également le maréchal Lannes avait défait à Saalfeld le corps du prince Louis de Prusse, qui fut tué dans la mêlée par le maréchal des logis Guindé, du 10*
(le hussards ; 1,000 prisonniers et 30 pièces de canon lomb(^rent aux mains des Français, 600 Prussiens étaient restés sur le champ de bataille.
Le 42 octobre, à 5 heures du matin, Berthier adressait au Maréchal Tordre suivant : « Il est ordonné à M. le Maréchal Davout de partir avec tout son corps d'armée de la position qu'il occupe pour se diriger directement sur Naumburg où il arrivera le plus vite qu'il pourra, en tenant toujours cependant ses troupes en situation de comblai Ire : il se fera précéder par toute sa cavalerie légère qui enverra des coureurs aussi loin que possible tant pour avoir dès nouvelles de l'ennemi, que pour faire des prisonniers, arrêter les bagages et avoir des renseignements précis. »
A la réception de cet ordre, Davout mît aussitôt ses troupes en mouvement et le 12 au soir, de Naumburg, il écrivait au major général. »
La cavalerie légère est entrée à Naumburg h 3 heures et demie; Tavant-garde y est arrivée à 8 heures du soir. La journée ayant été extrômonient forte et ayant occasionné beaucoup de traineurs, j'ai fait arrêter la 1^* division à une lieue en de(;à de Naumburg, la 4® un pou plus loin et la 3* à environ 3 lieues. Domain, à 7 heures du matin, touto l'armée sera réunie ici. — Le général Vialannes s'est emparé de plu- ; sieurs voitures de pain et de bagages ; mais une prise plus importante est celle de 12 pontons en cuivre parfaitement attelés. Cette prise a été faite entre Naumburg et Frejburg; je les fais conserver ainsi que les attelages, pour les tenir à votre disposition, ayant promis au l*^"* régiment de chasseurs de faire payer tous les chevaux conformément aux règlements,
... Tous les rapports des déserteurs, des prisonniers et des gens du pays se réunissent k annoncer que Tarrnée prussienne
198 DAVOUT, MAUKCUAL D'EMPIRE
se trouve à Erfurt, Weimar et environs. Il eM certain que le Roi est arrivé hier à Weimar.
Maître de Naumburg, le Maréchal avait, le 13 octobre, poussé plusieurs reconnaissances de cavalerie pour avoir des nouvelles de lennemi. Suivant son habitode cons-^ tante de voir le plus possible par ses propres yeux, il avait été reconnaître lui même la position de Freyburg. Frappé de Timportance de cette position, car le château de Freyburg défendait le pont sur lequel la route de Weimar à Halle traversait TUnstrut, il donna aussitôt Tordre à un détachement du 13* Jéger de venir Toccuper et de brûler le pont si Tennemi se présentait. Vers quatre heures du soir, Davout s'étant avancé jusque sur les hauteurs qui, au delà de Kôsen, bordent la rive gauche delà Saale, y rencontra un parti du 1°' de chasseurs vivement ramené par plusieurs escadrons prussiens du corps du général Schmettau. Il le rallia et Tennemî, craignant de s'engager à fond, arrêta sa poursuite et vint établir une ligne de vedettes à moins d'une demi lieue du point où se tenait le Maréchal. Celui-ci, avisé par ce parti du 1*"' de chasseurs d'un mouvement considérable de troupes prussiennes vers Freyburg ou Naumburg, et saisissant Timportance que présentait dans Tunel l'autre cas la possession du défilé de Kôsen, envoya aussitôt 2 compagnies de voltigeurs du 25* de ligne prendre position en avant du pont de Kôsen. En même temps il ordonna au chef de bataillon Saint- Faust de se porter avec le 2* bataillon du 25* de ligne à la garde de ce pont et d'y tenir ferme s'il était attaqué.
Rentré à Naumburg le maréchal Davout, le 13 octobre
au soir, adressait au prince major général le rapport suivant : « Ce soir, une heure avant la nuit, Fennemi a repoussé vigoureusement une reconnaissance du 1*** régiment de chasseurs qui s'était avancée à une lieue et demie en avant de Kôsen sur la grande route d'Erfmrt. L'ennemi a des vedettes dans la plaine à une demi lieue de Kosen ; m'étant trouvé sur ce point dans ce moment, j'ai fait porter un bataillon d'infanterie sur ce point pour être maître de la tête de ce débouché. Toutes mes dispositions sont prises en cas d'événement. » A la même heure le Roi de Prusse, la Reine, le duc de Brunswick et tout le grand quartier général prussien, s'établissaient à Auerstaedt.
Dans cette même soirée du 13, le major général adressait à Davout la lettre suivante, elle était datée du bivouac à une lieue et demie d'Iéna, à 9 heures du soir.
L'Empereur, M. le Maréchal, apprend à une lieue d'Iéna que Tennemî est en présence du maréchal Lannes avec près de 50,000 hommes. Le maréchal croit même qu'il sera attaqué ce soir : si vous entendez une attaque ce soir sur léna, vous devez manœuvrer sur l'ennemi et déborder sa gauche. S'il n'y a pas d'attaque ce soir à léna, vous recevrez cette nuit les dispositions de l'Empereur pour la journée de demain.
Le Maréchal, dès que cette lettre lui fut parvenue, manda à, Naumburg les généraux de division et les commandants des différentes armes pour y recevoir ses ordres, d'après ceux que l'Empereur lui annonçait pour la nuit. Datés « du bivouac sur les hauteurs d'Iéna dix heures du soir », les ordres de l'Empereur parvinrent à Davout vers trois heures du matin. Napoléon, qui dans la soirée avait reconnu devant
âOO DAVUUt, MAllÉCUAL D'EMPIRE
lui une armée prussienne entre Weimar ot léna, croyait avoir en tête le gros des forces ennemies et se proposait é» l'attaquer le lendemain. En conséquence, il ordonnait à Davout, le laissant d'ailleurs maître de choisir sa route, de se porter sur Apolda pour tourner les positions des Prussiens et tomber sur les derrières de leur armée. Berthier, en transmettant ces ordres au Maréchal, ajoutait : « Si M. le maréchal Bernadotte se trouve avec vous, vous pourrez marcher ensemble; mais l'Empereur espère qu*il sera dans la position qu'il lui a indiquée à Dornburg. » Le prince de Ponte Corvo, qui dans cette affaire, devait déjouer toutes les prévisions de l'Empereur, venait d'arriver de sa personne à Naumburg. Davout, après avoir transmis à ses lieutenants les ordres de l'Empereur et les avoir fait partir de suite pour en presser l'exécution, se rendit auprès de Bernadotte. Lui ayant donné par écrit communication des ordres du grand quartier général, il le pria de lui faire connaître le parti qu'il comptait prendre ; le prince de Ponte Corvo se borna à répondre qu'il se dirigeait sur Gamburg.
Voici donc Davout arrivé à cette journée fameuse' du 14 octobre, où, pendant qu'à léna Napoléon écrasait un des corps de l'armée prussienne, il allait à Âuerstaedt lutter contre des forces presque triples, et triompher de la grande armée prussienne commandée par le duc de Brunswick et animée par la présence de son Roi. C'est au Journal des opérations du 3* corps que nous empruntons le récit de cette bataille, l'une des plus glorieuses pour les armes françaises.
« Le terrain au delà de la Saale est élevé et offre de beaux plateaux qui sont accidentellement coupés par quelques
CAMPAGXE DE PRUSSE 20t
ruisseaux, par de petits ravins et quelques chemins creux «i sur lesquels sont répandus un grand nombre de villages. Ces plateaux sont couronnés vers le N. de mamelons plus étevés et couverts de bouquets de bois. La Saale n'est point guéable; sa rive gauche est très escarpée et couverte aussi de quelques bouquets de bois. La grande route de Naumburg à Weimar et Erfurt passe par Kôsen, où il y a un pont en pierre sur la Saale. Après avoir passé celte rivière il faut monter par une pente raide et longue sur le plateau d'Hassenhaus'en. Il n'y avait pas d'autre chemin pour se (ériger sur Erfurt en passant par Auerstaedt et Apolda, il était donc important de se saisir du défilé afin de pouvoir •se développer.
D'après les ordres donnés dans la nuit par M. le Maréchal, vu Téloignement où se trouvait la 1'* division, le mouvement se fit par la gauche. Le général Gudin avec la 3* division passa la Saale sur le pont de Kôsen à 6 heures 1/2, tandis que le colonel Cassagne avec le 25% précédé d'un escadron du 1®"^ de chasseurs, après avoir traversé le défilé, débouchait sur le plateau. La 2^ et la 1"" division s'étaient mises en marche à 4 heures du matin pour se porter vers le même point.
Il s'était élevé, une demi-heurie avant le jour, un brouillard si épais qu'il ne permettait pas de distinguer les objets à portée de pistolet. Le Maréchal ordonna à son premier aide de camp, le colonel Bourke, de se porter en avant avec un détachement du 1"^" de chasseurs commandé par le capitaine Hulot et d'engager une échauffourée pour se procurer des renseignements certains sur la position de l'ennemi. Le colonel Bourke, sans rencontrer ni vedettes, ni avant-postes,
202 OAVOUT, MARÉCHAL D*EMPIRE
se trouva à portée de ravanl-garde commandée par le général Bliicher. Le Roi y était en personne et marchait à la tête. Cette avant-garde s'arrêta près de Hassenhausen en apercevant dans le brouillard le détachement français.
Le colonel Bourke, qui fit insulter à coups de pistolet les escadjx)ns prussiens, soutint avec vigueur la charge de 2 escadrons du régiment de la Reine, et fit quelques prisonniers dont 2 majors. Ramené, après avoir rempli sa mission, par des forces supérieures, il vint rallier son détachement sous la protection du 25^ qui s'avançait en colonne à la droite de la chaussée, tandis que le SS"" marchait dans le même ordre sur la gauche. Le général Gaulthier eut ordre de mettre promptement sa brigade, en état de recevoir la charge de "ces 2 escadrons en faisant former le carré au 25*.
En même temps, le général Blûcher avec le reste de Tavant-garde, composé de 600 chevaux, d'une batterie légère et d'un bataillon de grenadiers, avançait sur la chaussée au delà de Hassenhausen. Il fut foudroyé par l'artillerie de la brigade Gaulthier placée sur cette chaussée. Les escadrons et le bataillon de grenadiers furent dispersés, la plupart des canonniers furent tués et les charretiers prirent la fuite. En même temps, 2 compagnies de grenadiers et une de voltigeurs du 25^, conduites par le capitaine Lagoublais, aide de camp du général Gaulthier, soutenues par le détachement du capitaine Hulot, se précipitèrent sur la batterie prussienne et enlevèrent 6 pièces.
Après ce premier succès, le 25* régiment se porta en colonne en avant sur la droite de Hassenhausen. L'ennemi vouUil profiter de son isolement. Le régiment eut a soutenir
une nouvelle charge de cavalerie. Le feu d'une batterie ennemie rincûmmodait de nouveau. Le chef de bataillon Saint Faust et 4 compagnies se précipitèrent sur les pièces de canon' et les eiUevërent. Cependant toute la 3^ division prussienne; général Schmettau, était en ligne, avec une immense cavalerie en arrière de Hassenhausen. L'ennemi réunissait ses efforts sur le 25'' posié à la tête et un peu à la droite du village.
Le Maréchal, voyant sa droite débordée par la cavalerie ennemie, craignant même d'en être tourné et enveloppé et voulant concentrer ses forces, ordonna au général Petit de se porter au secours du 25' avec le 21«, et de se faire sui\Te en échelon par le 12*. Le Maréchal fit en même temps avancer 10 pièces d'artillerie. Ce mouvement s'exécutait sous le feu le plus vif pendant que le général Bliicher marchait à la tête de 25 escadrons entre Spielberg et. Punscherau; au moment où le brouillard se dissipait Jl s'aperçut qu'il était sur les derrières de l'infanterie française. Il n'hésita pas à la charger avec vigueur dans tous les sens, mais, d'après l'ordre du Maréchal, les carrés déjà formés recevaient avec calme, à bout portant, ces nombreux escadrons tandis que le Maréchal, les généraux Gaulthier et Petit, se portaient tantôt dans un carré et tantôt dans uii autre. Pas un seul bataillon ne fut entamé, quoique le général Blficher revint sans cesse à la chargé. Enfin, après une perte énorme, lui-même ayant eu son cheval tué et n'ayant eu que le temps de prendre celui d'un trompette, il fut entraîné avec toute sa cavalerie dans un désordre complet jusqu'à Eckartsberg.
Pendant que trois régiments de la division Gudin résis-
taienl depuis une heure et demie avec tant d'intrépidité el de succès aux efforts de la cavalerie prussienne et à ceux de la division Schmettau, le 85«, placé à la gauche d'Hassenhausen et soutenu par 2 seules pièces de 8, voyait se développer devant lui une partie de la division Orange, tandis que la division Wartensleben 2®, s'avançait vers sa gauche.
Le général Priant, à la tête de la 2* division, arrivait sur le plateau vers les 8 heures 1/2 en colonne serrée par bataillon ; le IH* marchait le premier. Le Maréchal enf oya le colonel du génie Touzard le placer à la droite de la division Gudin. Ce régiment se trouva en face d'une batterie de 6 pièces qui incommodait beaucoup les mouvements de toute la 2* division française. Le Maréchal donna ordre au i08« de l'enlever. Ce fut pour le 2*» bataillon, conduit par le colonel Higonnet, l'affaire d'un moment, tandis que le 1*' allait chasser Tennemi du village de Spielberg où venait d'arriver par Poppel la brigade du prince Henri de Prusse de la division Orange !'•; Fautre brigade^ sous les ordres du général Li'itzow, s'était portée à la gauche de la division Schmettau.
Le prince Henri par ses mouvements menaçait de tourner la droite de l'armée française. Le Maréchal recommanda au général Priant de ne pas se laisser déborder. En conséquence, le général fit marcher le 33' et'le 48% général Kister, sur la droite de Spielberg el détacha quatre compagnies sous les ordres du capitaine du génie Ménissier pour fouiller le bois sur la droite et en débusquer Tennemi; ce qui fut exécuté avec le plus grand succès. Toute la cavalerie du 3° corps était placée à l'extrémité de l'aile droite el char-
CAMPAGNE UE PHtSSE 2«o
geatt à propos les bataillons prussiens qui étaient ébranlés par notre infanterie. Elle suppléait à la faiblesse du nombre par son courage et sa bonne contenance.
Pendant ce temps, le 85" seul sur la gauche d'Hassenbausen allait enfin être écrasé. Le Maréchal envoya à son secours le 12* et.fit défendre le village d'Hassenhausen parle 21*. A peine le 12* avait-il, en arrière d'Hassenhausen, traversé la grande route d'Erfiu't pour prendre à gauche, qu'il fut assailli par des forces lellement supérieures que la division Gudin tournée par sa gauche allait succomber si la l'* division ne fut arrivée au pas de course. Le Maréchal lui avait envoyé Tordre dé s'appuyer de suite à la gauche de la division Gudin.
Dès que la 1'" division fut sur le terrain, le Maréchal alla avec le général Morand se mettre à sa tête. Le général Morand avait par ordre laissé le 2<' bataillon du IT*" à la garde du pont de Kôsen. Le reste de sa division marchait sur la gauche du plateau d'Hassenhausen en colonne par division à dislance de peloton.
Le 13« léger, avec deux pièces de 4, tenait la tête des colonnes. Le général d'Honnières, qui conduisait ce régiment, eut ordre de faire marcher un des bataillons serré en colonne et l'autre déployé et de se diriger sur le clocher d'Hassenhausen que la 3« division venait d- abandonner en repliant un peu sa gauche. L'ennemi avait établi une batterie en avant de ce village, protégée par un corps nombreux; il fut enfoncé par le 13* et poursuivi au delà du village. Mais ce régiment, emporté par son ardeur, s'isola trop du reste de la division; il tomba au milieu de forces si nombreuses qu'il fut obligé de revenir et de prendre posi-
206 UAVOUT, MARÉCHAL DEMPlRbl
tion à gauche et en arrière du village à la hauteur de lu 3° division. Cela eut lieu verâ 10 heures 1/2 du matin.
En même temps les autres bataillons de la 1'''' division marchaient en colonne à grande distance et s'avançaient de front dans le plus bel ordre au milieu des escadrons prussiens qui couvraient le plateau ; le 51' et le 61 •, général Debilly, obliquaient à gauche.
Le général Brouard, avec le 30"', suivait le mouvement de la brigade du général Debill}% de manière à présenter ses têtes de colonne vis-à-vis les intervalles de la première ligne. Le 1«' bataillon du 17% colonel Lanusse, appuyait la gauche près de la Saale en côtoyant la rampe que forme la rive droite de cette rivière. Le Maréchal avait fait placer rartîUerie au centré de la division.
La 1'* division avait à peine passé la grande route qu'elle fut assaillie par la cavalerie de la division Wartensleben. renforcée d'un autre corps nombreux de cavalerie à la tête duquel était le prince Guillaume de Prusse. Ce prince chargea à différentes fois la division Morand, mais tous les corps formés en carrés le recurent avec sang-froid aux cris de : c( Vive TEmpereur! » M. le Maréchal, pendant ces charges, se portait tantôt dans un carré, tantôt dans l'autre, et il fut partout témoin de celte rare intrépidité des troupes. Pas un seul carré ne fut entamé. Enfin, le prince Guillaume, après avoir été blessé, se replia avec sa cavalerie derrière Tinfanterie. Le duc de Brunswick avait déjà été blessé mortellement, en arrière du village d'Hassenhau* sen, ainsi que le général Schmettau. Le feu n'en continuait pas moins, sur toute la ligne, avec un égal acharnement. La division du général Gudin, quoique affaiblie par le
combat qu'elle avait si longtemps soutenu seule, se défendait avec avantage à hauteur d'Hassenhausen, tandis que le général Priant, avec la plus grande partie de sa division, continuant de tourner l'ennemi, s'avançait entre Spielberg et Zeckwar et incommodait déjà le flanc gauche des Prussiens par une artillerie bien placée et bien dirigée.
La droite de la division Morand commença à gagner du terrain. Le 61* régiment, commandée par le général Debilly et le colonel Nicolas, avançait à la tête du ravin qui conduit à Rehehausen; il était défendu par une nombreuse infanterie prussienne soutenue par un grand nombre de bouches à feu. Le choc fut terrible; on était à portée de pistolet; la mitraille ouvrait les rangs qui aussitôt se resserraient ; chaque mouvement du 61* était dessiné sur le terrain par les braves qu'il y laissait. Enfin, l'audace et Tintrépidité l'emportèrent ; l'ennemi renversé et en désordre abandonna ses canons.
. En même temps, le 51* régiment, sous les ordres du colonel Baille, quoique foudroyé par l'artillerie prussienne, reçut avec intrépidité une nouvelle charge de cavalerie combinée avec une attaque d'infanterie.. Le 2* bataillon du 30* régiment, ayant à sa tête le général Brouard et le colonel Vallerre, s'élança sur une batterie et repoussa une forte colonne qui débouchait du ravin par le chemin qui, situé à" droite d'Hassenhausen, mène à Rehehausen.
Pendant que tous les efforts de l'ennemi ne pouvaient arrêter la marche des Français vers Rehehausen, les chasseurs de Weimar, le bataillon d'Oswald, les régiments des Gardes et une partie de la réserve arrivaient par Sonnendorf sur les hauteurs qui bordent la rive gauche de l'Hm,
208 DAVOUT, MARÉGHAL D'EMPIRE
faisant fiier trois compagnies d^infanterie au pied du valkm, le long de la rivière. Le Roi voulait, par un dernier effort, enfoncer Taile gauche de la 1" division où il s'était aper^*u qu'il n'y avait, non plus qu'à la 3® division, pas un détachement de cavalerie. Il espérait tourner ainsi Tinfanterie qui s'avançait vers Rehehausen.
La garde de ces hauteurs était confiée au 30* régiment el au !•' bataillon du 17°. M. le Maréchal s'aperçoit de ce mouvement de l'ennemi et il y fait porter le général Morand. Celui-ci se fait précéder de Tartillerie à pied de sa division et va se placer à la tête du 30'. Rien ne résiste aux efforts combinés de ce régiment, du l^*^ bataillon du 17« et de Tartillerie. Les régiments des Gardes prussiennes sont foudroyés ainsi que la plus grande partie de la i^* division de réserve prussienne dont ils faisaient partie. Le général Morand gagne toujours du terrain, les hauteurs de Tllm sont balayées et il finit par s'établir à l'extrémité du plateau, en face du vallon, où est le moulin d'Ëmse, sur un contrefort qui domine tous les environs. Il y fait placer son artillerie et, de là, il déborde et prend en flanc l'armée prussienne. En môme temps, le général Friant, à la tête de la 2^ division placée également sur la hauteur à droite de Poppel, débordait déjà l'aile gauche de l'ennemi.
Le général Friant avait combattu longtemps à Spielberg; après s'être rendu maître de ce village, il ordonna au général Lochet de se diriger sur Poppel avec le 108«. Ce régiment, commandé par le colonel Higonnet, marchait sur ce village* enlevait à l'ennemi un drapeau, plusieurs pièces de canon et faisait un grand nombre de prisonniers pendant que la 1^** compagnie de sapeurs commandée par le capitaine Pra-
dean s'avançait au pas de course sur la grande route, tournait le même village, s'ouvrait un passage à coups de baïonnette au milieu de la colonne ennemie, imposait par son audace aux Prussiens qui voulaient secourir les compagnies coupées près du ruisseau de Poppel et faisait mettre bas les armes à plus de 1,000 hommes. Le capitaine Pradeau et le lieutenant Truilhier se sont particulièrement distingués dans cette attaque.
La fermeté du 48« régiment, placé à l'extrémité de notre aile droite, ôtait à l'ennemi l'espoir de nous déborder de ce côté. Le colonel Barbanègre, du 48% gagnait toujours du terrain, et ses braves soldats avaient déjà enlevé deux pièces de canon et fait plusieurs prisonniers, dont deux officiers supérieurs.
Profilant des succès qu'avaient la droite et la gauche de son armée, M. le Maréchal fit avancer le centre.
La division Gudin se porta en conséquence sur le village de Taugwitz, força ce village et s'avança à la hauteur de lai'* et de la 2** division. Un faible détachement du 2° de chasseurs, aux ordres du capitaine Decours saisit à propos cette occasion de charger l'ennemi et le fit avec succès.
A midi et demi, l'armée prussienne avait commencé à plier ; à une heure elle évacuait les hauteurs d'Hassenhausen , et sa déroute eût été complète, si le général Katkreuth ne se fût présenté avec ce qui lui restait de la réserve. Cette réserve, composée de deux divisions (Arnim et Kuhenheim), était restée en bataille depuis le commencement de l'action entre Auerstaedt et Gernstaedt, à la hauteur de Suiza.
Le général Kalkreuth s'avança sur les hauteurs en arrière
de Taugwitz et de Rehehausen, ayant devant son front le
ruisseau qui coule de Poppel à Rehehausen. La brigade nouvellement formée (régiments Prince Auguste et Rheinbaden, bataillon de grenadiers Knebel) et confiée au priûce Auguste formait sa gauche ; tout ce que le général Blûcher avait pu réunir de cavalerie formait sa droite. Le général Kalkreuth présenta ainsi un front encore imposant, pendant que les trois divisions du corps de bataille de l'armée prussienne se retiraient en désordre en abandonnant sur les hauteurs de Hassenhausen une grande partie de leur artillerie.
Le général Kalkreuth, séparé par le vallon et le ruisseau de l'armée victorieuse, tint quelque temps ferme dans celle position ; mais débordé sur sa droite par le général Morand qui, avec son artillerie placée sur le contrefort en face du moulin d'Emse, balayait la plaine, foudroyé sur son flanc gauche par l'artillerie que le général Priant avait placée sur les hauteurs de Poppel, le comte de Kalkreuth revint prendre en arrière de Gernstaedt sa première position. Attaqué vigoureusement siur sa gauche par la 2* division française qui marchait sur Lissdorf, menacé sur son centre par la 3" division qui s'avançait au delà de Poppel, il fut obligé de prendre une troisième position sur les hauteurs en avant d'Eckartsberg.
Le Maréchal, qui, de la 1'* division s'était rendu à la 3^ la dirigea sur la gauche des plateaux situés en avant d'Eckartsberg où elle se forma en bataille et il ordonna au général Petit d'attaquer ce plateau avec 400 hommes du 42" et du 21« régiment. Le général Petit reçut le feu de l'arlillerie prussienne et celui de la mousqueterie sans riposter ; ses troupes gravirent la montagne la baïonnette
en avant, tandis que le général Grandeau, de la 2* division, arrivait sur la droite de cette montagne avec la plus grande partie du lll**; suivi du général Priant et de sa division. L'ennemi, ne pouvant résister à tant d'audace si bien dirigée, abandonna cette belle et dernière position avec une telle précipitation qu'il laissa 20 pièces de canon au pouvoir du général Petit. Il fut poursuivi jusqu'au delà du bois et du château d'Eckartsberg où se terminèrent, sur les quatre heures et demie, les exploits de. cette mémorable journée...
Le Maréchal, avec un corps d'armée de trois divisions d'infanterie et de trois faibles régiments de chasseurs à cheval, oi^ il ne se trouvait pas un homme qui n'eût pris part au combat, ne put poursuivre aussi vigoureusement -qu'il l'aurait désiré une armée encore presque trois fois plus nombreuse que la sienne. Cependant, d'après ses ordres, le général Vialannes, qui, avec ses trois régiments de chasseurs, n'avait cessé de harceler l'ennemi sur la droite jusqu'à la hauteur d'Eckartsberg, continua de le poursuivre, toujours à droite, afin de rejeter" l'ennemi à gauche, vers la Saale et vers Apolda, point indiqué par S. M. l'Empereur. C'est en manœuvrant ainsi que le général Vialannes, tout en ramassant des canons et un bon nombre de prisonniers, vint bivouaquer la nuit avec ses trois régiments jusqu'à Buttstaedt, à quatre lieiles du champ de bataille, et pour ainsi dire pêle-mêle avec les débris de l'armée prussienne. Le 2* bataillon du 17% qui avait été préposé à la garde du pont de Kôsen fut rappelé et envoyé aux avant-postes; il ramassa aussi un grand nombre de pièceS'd'arlillerie et de prisonniers.
2lâ ; DAVOUT, MARÉCHAL D^EMPIRE
Le Maréchal bivouaqua la nuit au milieu du ^ corps sur le champ de bataille. »
• La journée d'Auerstaedt coûtait à l'armée prussienne 10,000 hommes au moins hors de combat, plus de 3,000 prisonniers, H5 pièces de canon et un grand nombre de drapeaux. Le duc de Brunswick et le général Schmettau y avaient été mortellement blessés.
Du côté des Français, la perte fut également très considérable. Le 3« corps qui, le 5 octobre, comptait 28,000 hommes sous les armes ne présentait pas, le 14, plus de 26,000 combattants. Le tiers de cet effectif environ fut mis hors de combat; la division Gudin, la plus maltraitée, ne comptait pas moins de 134 officiers et 3,500 sous-officiers et soldats, tués ou blessés. Toute rarlilicrie du 3* corps, réser\^e comprise, se composait de 44 pièces de différents calibres.
Au cours de cette lutte inégale le maréchal Davout s'était du premier coup placé au rang des grands hommes de guerre ; il avait contre lui le double désavantage de la position et du nombre, mais il avait su y remédier par la promptitude et la justesse de la conception, l'audace et la fermeté de l'exécution. Sans perdre de vue un instant l'ensemble des opérations, il s'était multiplié, galopant d'un carré à Tautre, se tenant le plus longtemps là où les balles tombaient le plus serrées pour raffermir par sa présence le moral et le courage de ses troupes. Son uniforme noir de poudre, son chapeau enlevé par un boulet, exposant sa vie comme celle du dernier de ses hommes, il soufflait à tous l'énergie dont il était animé. A un moment, le carré où il se trouvait, vigoureusement assailli par des forces très
supérieures, semblait fléchir, il allait être entamé : « Le Grand Frédéric, s'écria Davout, a dit que c'étaient les gros bataillons qui remportaient la victoire; il en a menti, ce sont les plus entêtés, et vous le serez comme votre maréchal ! » Ces mâles paroles électrisèrent les troupes, elles resserrèrent leurs rangs décimés et repoussant Tennemi elles se portèrent en avant avec une nouvelle ardeur.
Le général de Ségur, alors officier d'ordonnance de l'Empereur, reflète assez exactement dans ses Mémoires la profonde impression produite dans l'armée tout entière par la conduite de Davout à Auerstaedt : « Homme de probité, d'ordre et de devoir avant tout, écrit-il, Davout, quoi qu'il eût bien servi jusque-là, et malgré le rang de maréchal qu'il' avait atteint, a'en était pas moins à nos yeux demeuré obscur. Il semblait qu'en lui, l'Empereur eût voulu récompenser surtout des services privés et qu'il avait moins consulté la renommée que le dévouement à sa personne. Telle était l'opinion. Mais dans cette seule journée d'Auerstaedt, Davout prouva que, à son génie entier et tenace, il n'avait manqué qu'une occasion. Il justifia le choix de l'Empereur, et, en quelques heures, d'obscur qu'il était injustement, il devint justement célèbre. »
Pendant la journée, Davout, dont toutes les troupes étaient engagées depuis le matin, voyant la victoire se dessiner et sentant l'impossibilité de poursuite activement Tennemi avec ses soldats harassés, avait envoyé son officier d'ordonnance Trobriand auprès du prince de Ponte Corvo. Le rapport de cet officier, que nous donnons intégralement, apprendra quelle fut en cette circonstance l'inqualifiable attitude du futur roi de Suède.
Monsieur le Maréchal, conformément aux ordres que vous m'avez donnés, je me suis rendu en toute hâte auprès du maréchal'prince de Ponte Corvo, quoique mon cheval fût très fatigué et que j'eusse quelque incertitude sur le point où je pourrais rencontrer le prince. Je Tai trouvé à 4 h. 30 minutes sur la hauteur de la rive gauche de la Saale, à peu près à une lieue et demie du point d'où j'étais parti; c*était au même endroit où je l'avais vu le matin en revenant du quartier général de TEmpereur. Son Excellence était à cheval avec une partie de son état-major et un piquet de cavalerie d'escorte, mais toutes les troupes au repos. Je lui ai dit que je venais de votre part, pour l'informer que l'ennemi était en pleine retraite; on voyait ses mouvements du point où j'avais atteint M. le Maréchal. Je le fis remarquer à Son Excellence, qui n'en doutait pas. J'ajoutai que le corps d'armée avait tellement souffert en soutenant depuis le matin l'effort de toute l'armée prussienne, commandée par le Roi en personne, que la moitié de vos hommes était hors de combat; qu'en conséquence vous l'invitiez à vous seconder dans la poursuite de vos succès, que sans cela vous seriez dans l'impossibilité de continuer seul vos avantages avec des troupes harassées et avec 1.500 chevaux réduits par la mitraille h moins d'un tiers. M. le maréchal m'accueillit assez mal ; il me demanda d'abord « quels étaient les braves qui avaient payé leur dette à Ja patrie », et lorsque je lui eus indiqué les noms des plus connus d'entre eux, il me dit : « Retournez près de votre maréchal et dites-lui que je suis là, et qu'il soit sans crainte ; partez i». Je crois inutile de vous répéter la réplique un peu vive peut-être que je fis à la dernière phrase de M. le maréchal, tant elle me causa de surprise et de peine. La réponse du prince et le ton dont elle fut prononcée, ne me permettant pas d'insister davantage, je me suis empressé de revenir auprès de Votre Excellence. Je suis avec le plus profond respect, Monsieur le Maréchal, votre tout dévoué.
DE Trobriand. *
Il n'est pas sans intérêt de rapprocher de ce rapport la lettre de Bernadette au major-général, du 14 octobre, 9 heures du soir, d'Apolda; on verra qu'il ne craint pas, pour disculper sa criminelle inaction, d'altérer sigulièrement l'exactitude des faits : « Nous nous trouvions, écrit-il, absolument sur les derrières de Tennemi et débordant toutes les troupes que le maréchal Davout avait à combattre, de manière qu'il a été dégagé de très bonne heure par notre mouvement. »
La conduite de Bemadotte à léna, écrit Montholon dans ses Mémoires pour servir à Thistoire sous Napoléon, a été telle, que l'Empereur avait signé le décret pour le faire traduire à un conseil de guerre, et il eût été infailliblement condamné tant rindignation était générale dans Tarmée. C'est en considération de la princesse de Ponte Corvo, qu'au moment de remettre le décret au prince de Neufchâtel, l'Empereur le déchira.
Pour en finir avec ce triste épisode d'une glorieuse journée, voici la lettre que, de Wîttenberg, le 23 octobre, Napoléon adressait au prince de Ponte Corvo :
J.e n'ai point l'habitude de récriminer sur le passé puisqu'il est sans remède. Votre corps d'armée ne s'est pas trouvé sur le champ de bataille et cela m'eût pu être très funeste. Cependant, d'après un ordre très précis, vous deviez vous trouver à Dornburg^ qui est un des principaux débouchés de la Saale, le même jour que le maréchal Lannes se trouvait à léna, le maréchal Augercau à Kabla et le maréchal Davout à Naumburg. Au défaut d'avoir exécuté ces dispositions, je vous avais fait connaître dans la nuit, que si vous étiez encore à Naumburg^ vous deviez marcher sur le maréchal Davout et le soutenir. Vous étiez à Naumburg, lorsque cet ordre est arrivé, il
VOUS a été communiqué, et cependant vous avez préféré faire une faussé marche pour retourner à Dornburg, et, par là, vous ne vous êtes pas trouvé à la bataille et le maréchal Davout a supporté les principaux efforts de l'armée ennemie. Tout cela est certainement très malheureux.
De son bivouac d'Eckarlsberg, où il passa, au milieu de ses vaillante^ troupes, la nuit du 14 au 45, Davout s'empressa d'adresser à l'Empereur le rapport de sa glorieuse victoire :
Sire, lui écrivit-il, j'ai Thonneur de rendre compte à Votre Majesté qu'en débouchant de Kôsen, j'ai trouvé à un quart de lieue l'ennemi qui était en marche pour s'emparer lui-même de ce débouché. La bataille s'est engagée tout de suite; elle a été très sanglante et disputée. Le roi de Prusse, le duc de Brunswick et le maréchal Mollendorf et plus de 60.000 hommes ont disputé la victoire à votre 3' corps; elle nous. est restée ainsi que presque toute l'artillerie ennemie : le nomftre des prisonniers n'est pas très considérable, le peu de cavalerie qu§ j'avais, qui a bien servi du reste, n'ayant pas été suffisant pour pouvoir profiter des succès de Tinfanterie. Le grand duc de Berg avait retiré la veille la division de dragons Sahuc. — Votre Majesté a perdu beaucoup de braves, parmi lesquels je citerai le général Debilly, les colonels Vergés, Higonnet, Viala, Nicolas et plusieurs autres blessés. Plusieurs régiments ont perdu la plupart de leurs officiers. Le nombre des blessés est très considérable. — Le duc de Brunswick a été grièvement blessé à la tète, on regarde sa blessure comme mortelle. Des généraux prussiens ont été blessés, parmi ces derniers on compte le prince Auguste, oncle du Roi. Les deux frères du Roi se trouvaient à cette bataille; les gardes à cheval et à pied ont beaucoup de morts et de blessés. ~^ Les cartouches man^ quënt. Les corps étant très affaiblis, j'ai pris position vers les
1 heures du soir. Cette nuit on remplacera .les cartouches, on mettra les armes en état, et demain nous serons prêts à exécuter les ordres de Votre Majesté. — Je dois citer avec le plus grand éloge la conduite des généraux Priant, Gudin et Morand. Le général Daultanne s'est fait distinguer de toute Tarmée. Ces jours-ci, j'aurai l'honneur d'adresser à Votre Majesté les détails nécessaires pour lui faire connaître la brillante conduite de tous ses officiers et soldats. — L'ennemi paraît s'être retiré du côté de Weimar.
Le colonel Bourke, porteur de la lettre de Davoul, arriva au milieu de la nuit à léna où l'Empereur victorieux était entré. Il \e fit réveiller et lui annonça la victoire d'Auerstaedt, victoire tellement à part de celle d'Iéna que, bien après la fin de celle-ci, l'Empereur l'ignorait encore, et qu'il n'avait même pas entendu le canoi> du Maréchal.
Mon Cousin, écrivit-il aussitôt à Davout, le combat d'Auerstaedt est une des plus belles journées de l'histoire de France! Je la dois aux braves dii 3* corps et au général qui les com mande, je suis bien aise que ce soit vous !
L'anéantissement de l'ennemi était complet; la double victoire d'Iéna et d'Auerstaedt livrait en un seul jour la monarchie prussienne, presque sans défense, aux vainqueurs. Aussi l'Empereur, qui, quelques mois plus tard, allait conférer à Davout le titre de duc d'Auerstaedt, ne ménagea-t-il pas ses félicitations à son glorieux lieutenant. Dès le matin du 15 octobre Napoléon écrivait à M. de Talleyrand.
M. le prince de Bénevent, voici une note que vous pouvez faire imprimer en attendant que je vous eQvoie le Bulletin. — La bataille d'Iéna, qui s'est donnée le 14, sera une des plus
célèbres de Thistoire. Les Prussiens étaient au nombre de i50»000 hommes; ils ont perdu 200 pièces d'artillerie, 30 drapeaux, 28,000 prisonniers Le maréchal Davout, placé aux
débouchés de Kosen en avant de Naumburg, a empêché Tennemi de déboucher. U s'est battu toute la journée et a mis en déroute plus de 60,000 hommes commandés par Mollendorf , Kalkreuth et par le Roi en personne. Ce corps d'armée s'est couvert de gloire!...
Le 5* bulletin de la Grande-Armée, daté d'Iéna le 15 octobre, portail : « A notre droite, le corps du maréchal Davout faisait des prodiges ; non seulement il contint, mais mena battant, pendant plus de trois lieues, le gros des troupes ennemies qui devaient déboucher du côté de Kôsen. Ce maréchal a déployé une bravoure distinguée et de la fermeté de caractère, première qualité d'un homme de guerre. Il a été secondé par les généraux Gudin, Priant, Morand, Daultanne, chef de Tétat-major, et par la rare intrépidité de son brave corps d'armée. Le maréchal Davoul a eu son chapeau emporté et un grand nombre de balles dans ses habits... »
Le même jour, écrivant à Murât, l'Empereur disait : « Le maréchal Davout a eu une affaire superbe, il a battu seul 60,000 Prussiens. » Enfin, le 16 octobre au matin, adressant directement ses félicitations à Davout, il lui écrivait :
Mon Cousin, je vous fais mon compliment de tout mon cœur de votre belle conduite. Je regrette les braves que vous avez perdus ; mais ils sont morts au champ d'honneur. Témoignez ma satisfaction à tout votre corps d'armée et à vos généraux. Ils ont acquis pour jamais des droits à mon estime et à ma reconnaissance. Donnez-moi de vos nouvelles et faites reposer quelques moments votre corps d'armée à Naumburg,
Ces témoignages de la satisfaction impériale étaient pour le Maréchal la récompense la plus précieuse qu'il pût ambitionner, aussi s'empressa-t-îl d'en exprimer sa gratitude à l'Empereur :
Sire, lui écrivit-il de Naumburgle 16 octobre, les félicitations que Votre Majesté veut bien adresser à son 3« corps d'armée et aux généraux qui le commandent les pénètrent tous de la plus profonde sensibilité. Déjà, Sire, leur dévouement à votre personne était sans bornes; ils ne sauraient y ajouter, mais ils brûlent de Toccasion de vous en donner de nouveaux témoignages. L'expression de la satisfaction de Votre Majesté va devenir pour nos blessés ^ un motif de consolation de ce qu'ils ne pourront aussitôt que leurs camarades courir à d'autres dangers. Quant aux braves que nous avons perdus, Sire, ils sont morts en héros, leur dernier vœu a été pourleur bien aimé souverain. — Permettez, Sire, pour ce qui me concerne, de vous exprimer aussi combien je suis touché des éloges de Votre Majesté; mon sang vous appartient, je le verserai avec plaisir dans toutes les occasions, et ma récompense sera de mériter votre estime et votre bienveillance.
C'est à Eckartsberg que les premiers ordres du major général vinrent trouver Davôut après la bataille du 14, ils lui enjoignaient de retourner prendre position à Naumburg, pour y donner à ses troupes quelques instants de repos. Pendant que le major général adressait ces ordres au Maréchal, celui-ci, de son côté, lui écrivait :
Je ne pourrai vous donner aucun rapport sur la bataille d'Eckartsberg d'ici à deux jours. Tout le monde y a fait son devoir; l'infanterie a fait ce que Ton devait attendre de la
1. Allusion k la mission dont Napoléon avait chargé Duroc dans les ambulances du 3« corps.
meilleure infanterie du monde. La cavalerie s'est fait écharper- Je l'ai employée pour me donner le temps de déboucher de Kôsen. Le projet du Roi était de déboucher parce point, de se porter sur Naumburg, ses autres corps d'armée devaient déboucher par Freyburg. Leur cavalerie, qui a chargé vigoureusement notre infanterie, a beaucoup souffert; nous avons pris presque toute l'artillerie de l'ennemi et des drapeaux. Les généraux Mollendorf, le duc de Brunswibk, le comte de Kalkreuth, le Roi, ses frères, son oncle, l'élite de l'armée prussienne, voilà ce que le 3^ corps a combattu Je demanderai
à Votre Altesse des adjudants généraux, des officiers du génie, des sapeurs, des canonniers, surtout des officiers d'état-major,
presque tout ce que j'en avais a été blessé ou tué Il est
nécessaire d'envoyer des secours d'officiers de santé, des objets de pansement à Naumburg, le nombre des blessés étant considérable.
Dès la réception des ordres du major général, Davout se mit en mesure de les exécuter, et, le 15 octobre au soir, le 3* corps occupait à Naumbourg les positions qui lui avaient été assignées. Le lendemain, 16 octobre, Davout profitant du premier moment de repos, donnait de ses nouvelles à la maréchale et lui communiquait le précieux témoignage de satisfaction que Napoléon venait de lui faire parvenir :
Ma bien bonne petite Aimée, lui écrivait-il, depuis neuf jours il m'a été impossible de t'écrire faute de communications. Crois que sachant apprécier les inquiétudes que mon silence t'aura causées, j'ai été moi-même très tourmenté, j'espère qu'à l'avenir je serai plus heureux. Peut-être que malgré mon silence tu auras eu connaissance auparavant cette lettre des rapports sur les opérations de l'armée, qui auront dissipé tes inquiétudes sur ton Louis en même temps que tu auras éprouvé une grande joie de voir qu'une belle occasion s'était
offerte de chercher à mériter les marques d'estime et de bienveillance de mon Souverain. — Le 14^ le Roi de Prusse, le duc de Brunswick, les maréchaux MoUendorf, Kalkreuth, enfin tout ce qui restait à Tarmée prussienne des anciens compagnons de gloire du Grand Frédéric, avec 80,000 hommes, Télite de Tarmée prussienne, ont marché sur moi, qui leur ai évité une ' partie du chemin. Aussi dès les sept heures du matin la bataille a commencé ; elle a été très disputée et très longue et sanglante, mais enfin, malgré Textréme inégalité des forces (le corps d'armée n'était fort que de 25,000 hommes), à quatre heures du soir la bataille était gagnée, presque toute Tartillerie de Tennemi en notre pouvoir, beaucoup de généraux ennemis tués, parmi lesquels se trouve le duc de Brunswick. Ce succès inespéré est dû au bonheur qui accompagne les armes de notre Souverain, et au courage de ses soldats. La terreur est dans l'armée prussienne, aussi cette guerre peut-elle être regardée comme finie. Pour mettre le comble à ta satisfaction, je t'envoie copie de la lettre que m'a écrit l'Empereur et l'annonce que je n'ai pas été blessé dans cette glorieuse et sanglante journée.
Comme le prévoyait Davout, la nouvelle de la journée d'Auerslaedl avait précédé sa lettre auprès de la maréchale. De Mayence où elle se trouvait, la reine de Hollande, dès la première nouvelle de la bataille, avait voulu calmer les inquiétudes de son amie :
Ma chère Aimée, lui avait^elle écrit, ton mari n'aura peutêtre pas eu le temps de t'écrire : il se porte à merveille, tu verras par le Bulletin que. son corps d'armée a soutenu pendant la journée l'effort de 80,000 ennemis et qu'il s'est couvert de gloire.' Je suis bien aise d'être à portée de te donner d'aussi bonnes nouvelles et de te prouver l'assurance de ma tendre amitié«
222 DAVOUT, MARÉCHAL D'BMPIRE
De son côté, le prince de Bénevent, en adressant à Madame Davout la note dictée par TEmpereur au lendemain de la bataille d'Iéna, Tavait accompagnée du billet suivant :
Madame, je m'empresse de vous donner connaissance d'une note que je viens de recevoir du quartier général, sur la victoire d'Iéna. M. le Maréchal Davout en est revenu, suivant son usage, avec une belle branche de lauriers que vous pourrez ajouter, Madame, h sa collection précédente.
Voici quelle était, à cette date du 16 octobre, la position du 3' corps telle que Tindique le rapport de Davout au prince major général :
La 1" division est en arrière de Weissenfels, ayant son avant* garde sur la routç de Leipzig et des grand-gardes sur la rive gauche de la Saale pour couvrir le pont et être maîtresse du débouché de Merseburg. La 2« division occupe la position de Freyburg et se lie par des postes et des patrouilles avec le i" corps d'armée. La 3* division est placée une lieue en avant de Naumburg, à cheval sur la route de Leipzig, ayant son front sur la Wetaubach. — Les 2* et 12® régiments de chasseurs sont à Hayna avec ordre de pousser de fortes reconnaissances sur Merseburg, Halle et Tisleben. Lel*' régiment de chasseurs est en avant de Weissenfels pour éclairer l^s routes de Leipzig^ Pegau et Altenburg. Le parc de réserve est entre Kosen et Altenburg.
Après avoir, dans cette position, donné à ses troupes 48 heures d'un repos bien nécessaire, Davout, d'après les ordres du major général, mit en marche sur Leipzig, le 18 octobre au malin, tout le 3*^ corps, à Texception d'un régiment, le 85% qui, sous les ordres du chef de bataillon Husson, resta à Naumbourg à la garde des nombreux
blessés. Le jour même le Maréchal entrait à Leipzig et y saisissait un dépôt considérable de marchandises anglaises, qui servirent à habiller et à équiper nos troupes.
Le 49, au moment où Davout allait mettre ses divisions en mouvement sur Bitterfeld, il reçut de Berthier de nouveaux ordres, en vertu desquels, laissant à Leipzig une garnison aux ordres du général Maçon, il dirigea toutes ses troupes sur Dùben. Dès son arrivée dans cette ville, le 19 au soir, le Maréchal adressa au major général le rapport suivant : « La 1™ division est en avant de Dûben et les deux autres sur la rive gauche de la Mulda... On ne nous attendait pas ici, aussi aucune disposition n'avait été faite pour brûler le pont. J'ai tout lieu de croire qu'il en sera de même de celui de Wittenberg. Ce matin il n'y avait à Wittenberg que 40 vieux invalides qui font le service de la place depuis des siècles, et depuis il ne s'est retiré aucune troupe ennemie sur cette route. . . Je ferai partir cette nuit des détachements d'infanterie et de cavalerie pour surprendre le pont sur TElbe à Wittenberg et j'espère que demain avant la nuit . tout le corps d'armée sera sur la rive droite du fleuve. »
Le 20 octobre, de Halle à trois heures du matin. Napoléon écrivait à Davout :
Il est bien important d'avoir un pont sur l'Elbe. Je fais essayer par trois corps d'armée différents; mais comme le vôtre est le seul qui ait des bateaux, je ne doute point que ce pont ne soit jeté dans la journée ou la nuit du 20 au 21. Le pont une fois jeté, faites tracer une bonne tête de pont et faites-y travailler. Emparez-vous de Wittenberg ; si cette place est aussi bonne qu'on me l'assure, faites-la mettre sur le champ en bon état de défense. Nous sommes sous Magdebourg*. Le
maréchal Soult a suivi dans sa retraite, pendant cinq jours, une colonne où était le Roi, et lui a pris la moitié de son monde.
Le jour même les ordres de TEmpereur avaient reçu leur exécution, et à 11 heures du soir, de Wittenberg où il était entré,. Davout le lui faisait savoir:
Sire, lui écrivait-il, les intentions de Votre Majesté sont remplies. L'avant-garde du 3"" corps a passé TElbe le 20, à neuf heures du matin. Tout le corps d'armée était sur la rive droite avant trois heures après midi. Les Prussiens, à notre approche, ont mis le feu au pont et se sont sauvés sans s'opposer aux secours prompts qui ont été apportés et qui ont eu le meilleur résultat en sauvant le pont qui est de la plus grande solidité... 50 chasseurs du !•' régiment (capitaine Hulot)) que j*ai envoyés en reconnaissance sur Torgau se sont emparés du pont que les Saxons n'ont pas défendu, disant qu'ils étaient en paix avec nous. Le pont est dans le meilleur état. 11 existe à Wittenberg un magasin contenant plus de 140,000 livres de poudre en bon état. On en a les clefs. Les fortifications qui étaient autour de Wittenberg sont en grande partie détruites; il faudrait beaucoup de travaux pour mettre cette place à l'abri d'un coup de main. En conséquence de y os ordres, on a tracé et on travaillera de suite à une tète de pont.
Le 21 octobre, le 3* corps occupait autour de Wittenberg les positions suivantes : la 1"* division était en avant de Wittenberg, gardant les routes de Potsdam et Belzig; la 2« avait sa brigade de droite sur la route de Torgau, celle de gauche sur la route de Ceswig, enfin la 3« était en réserve à Pratau sur la rive gauche de l'Elbe : « J'ai donné Tordre au général Vialannes, écrit le Maréchal au prince de Neufchâtel, de pousser une forte reconnaissance
CAiMPAGNE DE PRtlSSE 223
sur Polsdara. En allendaût les ordres de Votre Altesse, le corps d'armée prend ici quelques instants de repos dont il avait besoin pour rallier les hommes, que des marches longues dans des pays sablonneux, avaient forcés de rester en arrière. »
Le 22, le 3* corps était aux environs de Zahna; la 1" division à Seehausen, la 2* à Naundorf, la 3" en arrière de Zahna, la division de dragons du général Beker à Seyda. « Demain 23, écrit Davout au major général, le corps d'armée prendra position : la l'« division en avant de Luckenwald et les deux autres à Luckenwald ; la division de dragons à Riihlsdorf et Frankenfeld. »
Le quartier, impérial avait remplacé à Wittenberg celui du maréchal Davout, c'est de cette ville que le 23 octobre Berthier adressait au Maréchal les instructions relatives a l'entrée des troupes françaises à Berlin, lui faisant connaître que l'Empereur accordait à la valeur de son brave 3' corps l'honneur d'entrer le premier dans Ja capitale de la Prusse.
Vous dirigerez votre marche, lui écrit-il, de manière à pouvoir faire votre entrée à Berlin le 25 de ce mois à midi. Vous ferez reconnaître le général de brigade Hulin pour commandant de la place. Vous laisserez dans la ville un régiment à votre choix pour faire le service. Vous enverrez des partis de cavalerie légère sur la route de Kustrin, de- Landsberg et de Francfort sur TOder. — Vous placerez votre corps d'armée à une lieue et demie de Berlin, la droite à la Sprée et la gauche à la route de Landsberg. Vous choisirez un quartier général dans une maiso» de campagne sur la route de Kustrin, en arrière de votre armée. Comme Tintenlion de TEmpereur est de laisser ses troupes quelques jours en repos,
VOUS ferez faire des baraques avec de la paille et du bois. Généraux, officiers d'état-major, colonels et autres logeront en arrière de leurs divisions dans les villages, personne à Berlin. L'artillerie sera placée dans des positions qui protègent le camp, les chevaux au piquet et tout dans Tordre le plus militaire. — Vous ferez couper c'est-à-dire intercepter le plus tôt qu'il vous sera possible, la navigation de la Sprée par un fort parti afin d'arrêter tous les bateaux qui de Berlin, évacueraient sur roder. ^Si le prince Ferdinand se trouve à Berlin, faites le complimenter et accordez-lui une garde avec entière exemption de logement. Faites publier l'ordre de désarmement, laissant seulement 600 hommes de milice pour la police de la ville. On fera transporter les armes des bourgeois dans un lieu désigné, pour être à la disposition de l'armée. — Faites connaître à votre corps d'armée que l'Empereur le faisant entrer le premier à Berlin, lui donne une preuve de sa satisfaction pour la bonne conduite qu'il a tenue à la bataille d'Iéna. — Ayez soin que tous les bagages, et surtout celte queue si vilaine à voir à la suite des divisions, s'arrêtent à deux lieues de Berlin, et rejoignent le camp sans traverser a capitale, mais en s'y rendant par un autre chemin sur la droite. Enfin, Monsieur le Maréchal, faites votre entrée dans le plus grand ordre et par divisions, chaque division ayant son artillerie et marchant à une heure de distance Tune de l'autre. Les soldats ayant une fois formé leur camp, ayez soin qu'ils n'aillent en ville que par tiers, de manière qu'il y ait toujours deux tiers au camp. Gomme Sa Majesté compte faire son entrée à Berlin, vous pourrez provisoirement recevoir les clefs, en faisant connaître aux magistrats qu'ils ne les remettront pas moins à l'Empereur quand il fera son entrée. Mais vous devez toujours exiger que les magistrats notables viennent vous recevoir à la porte de la ville avec toutes les formes convenables. Que tous vos officiers soient dans la meilleure tenue, autant que les circonstances peuvent le permettre. LMntention de l'Empereur est que .votre entrée se fasse par.
la chaussée de Dresde. — L'Empereur ira vraisemblablement loger au palais de Charlottenbourg ; donnez des ordres pour que tout y soit préparé.
L'ordre, du 25 octobre, conPirmait ces dispositions de TEmpereur relatives au 3* corps et les portait à la connaissance de Tarmée tout entière :
L*Empereur, y était-il dit, a également lieu d'être satisfait de tous les corps de la grande armée ; ils rivalisent tous de zèle et de gloire; mais le 3"" corps, commandé par M. le mare- 'Chal Davout, a eu l'avantage d*étre appelé par les circonstances à donner à la bataille d'Iéna des preuves de courage toutes particulières. Sa Majesté voulant lui en témoigner toute sa satisfaction par la plus belle récompense pour des Français a ordonné que ce corps entrerait le premier à Berlin, aujourd'hui 25.
Le 24 octobre 1806, dix-sept jours après l'ouverture de la campagne, le 3* corps était arrivé aux portes de Berlin où d'après les ordres de l^mpereur, il devait faire son entrée le lendemain. Le samedi 25 octobre, à 10 heures du matin, le maréchal Davout à cheval, entouré de son étatmajor, était sur la route de Dresde à portée de canon de la capitale. C'est là qu'il reçut les magistrats berlinois qui venaient lui présenter les clefs de la ville. Il les refusa, disant <c qu'elles appartenaient à plus grand que lui » ; aux compliments d'usage, il se borna à répondre : « Sans vous demander de renier voire fidélité à votre ancien maître, je réclame de vous obéissance et respect aux ordres du gouverneur. » Puis les troupes françaises se mirent en mouvemept vers Berlin, au milieu d'une assez grande
228 DAVOUT, MARÉCHAL DEMPIRE
affluence d'habitants que la curiosité avait attirée sur leur passage. Il était environ midi quand Tavani-garde du Maréchal s'engagea Unler den Unden dans la direction de THôtel-de- Ville, aux sons de la musique qui jouait des airs de riphigénie de Gluck. Cette avant-garde, composée d'un détiichement de chasseurs à cheval, d'infanterie de ligne et d-artillerie à cheval, était précédée de 100 gendarmes à cheval. Toutes les troupes en grande tenue, après avoir défilé au travers de la ville allèrent prendre position en dehors de la porte de Halle.
L'officier d'ordonnance de l'Empereur, chargé d'assister à l'entrée du Maréchal et de l'accompagner jusqu'à ce que le corps d'armée eût pris position, rend ainsi compte de cette mission au souverain : «< M. le maréchal Davout est entré à Berlin vers les midi à la tête des différents corps en superbe tenue, et a établi son quartier général à Friedrichsfeld, village et maison de plaisance appartenant à M"'® la duchesse d'Holsteinbeck. Il a pris position dans les appartenances de ce village, ayant poussé à une demi-lieue son avant-garde composée de deux régiments de cavalerie légère et d'un bataillon d'infanterie. Son corps d'armée est gardée par des marais, un ruisseau, et s'appuie sur un bois où l'on a logé deux bataillons et quelques pièces de canon. M. le Maréchal a reconnu cette position bonne et en état d'être bien défendue. — Les habitants de Berlin sont parfaitement rassurés ; les rues sont pleines de curieux de tout sexe, les boutiques ouvertes. Une garde bourgeoise fait le service avec le 108' régiment de ligne, on s'occupe de la renouveler et de la composer d'une classe plus relevée. On a trouvé à l'arsenal plus de 300 canons, de la poudre el
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une grande quantité de plomb et de fusils. La ville a fourni «u corps de M. le maréchal Davout du beau pain, de la viande et de la bière. »
Napoléon, qui depuis deux jours était établi à Potsdam, arriva le 26 octobre à Charlottenbourg, pour faire le lendemain 27 son entrée triomphale à Berlin. En cetle occasion solennelle Télat major impérial était composé du prince de Neufchàtel, major général, des maréchaux Augereau et Davout, du grand maréchal Duroc, du grand écuyer Caulaincourt, et des aides de camp du souverain.
De son quartier général de Friedrichsfeld Davout, dans la nuit du 25 au 26, avait ordonné, au général Vialannes de marcher sur Francfort-sur-TOder avec la cavalerie légère du 3* corps, en se faisant flanquer par des partis sur les routes de Kiistrin et de Fûrstenwald. Le 27 octobre au soir, le Maréchal avisé de l'entrée de sa cavalerie à Francfort en faisait part aussitôt au prince de Neufchàtel :
J'ai rhonneur, lui écrivait-il, d'adresser à Votre Altesse le rapport que je reçois à l'instant du général Vialaimes qui est entré à Francfort aujourd'hui à 6 heures du matin. L'ennemi a coupé quelques arches du pont; mais il est à présumer que bêla peut être promptement réparé, le général Vialannes ayant donné des ordres aux magistrats de la ville fiour y faire travailler.
Dès le lendemain de son entrée à Berlin, le 28 octobre. Napoléon monta à cheval pour passer dans la plaine de Biesdorf la revue du corps du maréchal Davout. Après avoir passé dans les rangs, nommé à toutes les places vacantes, distribué de ses mains cmq cents décorations de