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chose, calculant les chances que la mort des autres donne à leur avancement avec une mathématique précision, tirant le canon comme on gratterait le papier, et qui, sans entrain, sans colère, sans enthousiasme d'aucune sorte, se risquent aux coups, parce que c'est le métter, qu'on en vit et qu'il faut le faire ; il en est — et beaucoup — qui regarjient la guerre comme le meilleur et le plus prompt moyen de s'enrichir, d'attraper des grades, des titres, ce qu'on appelle des honneurs, et de l'argent, surtout beaucoup d'argent, afin de satisfaire toutes leurs fantaisies, de mener la vie la plus large, là plus somptueuse, la plus dépensière qui soit, une vie qui n'a point de frein, où la mesure n'existe point, où le caprice est tout. — Mais à peine en ont-ils goûté à leur guise, à peine ont-ils monté leur maison, meublé leurs châteaux, organisé leurs écuries, choisi une maîtresse, qu1l faut partir, reprendre cette vie de misère par qui Ton a gagné cette richesse, coucher à la belle étoile, manger de la maraude, boire Teau du ruisseau, et risquer de se faire tuer. — Et les dégoûts, les désespoirs alors, symptômes des trahisons prochaines!
Donc, se battre, c'est pour tous ceux-là un moyen, un plaisir, une coquetterie, non un but, non un art. Ils sont des soldats, non des hommes de guerre. A peine si, dans toutes les armées de la République et de TEmpire, on en eût compté cinq ou six qui en eussent les qualités nécessaires; encore, chez la plupart, étaient-elles gâtées par la
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volonté de s'enrichir à tout prix, par un abaissement moral qui ouvrait leur conscience à toutes les lâchetés, ou par une sorte d'indifférence qui ne les abandonnait que devant l'extrême nécessité.
Quelles sont donc ces qualités si rares de Thomme de guerre? « La première, a dit Napoléon, est d'avoir une tête froide qui reçoive des impressions justes des objets,, qui ne s'échauffe jamais, ne se laisse pas éblouir, enivrer par tes bonnes ou les mauvaises nouvelles : que les sensations successives ou simultanées qu'il reçoit dans le cours d'une journée s'y classent et n'occupent que la place juste qu'elles méritent d'occuper; car le bon sens, la raison, sont le résultat de plusieurs sensations prises en égale considération. »... « 11 faut qu'un homme de guerre, a-t-îl dit ailleurs, ait autant de caractère que d'esprit : Les hommes qui ont beaucoup d'esprit et peu de caractère y sont les moins propres : c'est un navire qui a une mâture disproportionnée à son lest. 11 vaut mieux beaucoup de caractère et peu d esprit. Les hommes qui ont médiocrement d'esprit et un caractère proportionné réussiront souvent dan&' ce métier; il faut autant de base que de hauteur. »
Ce caractère, Napoléon le reconnaissait au suprèhie degré à Davoul : « Ce Maréchal, a-t-il dit dans le cinquième Bulletin de la Grande-Armée pour la campagne de 1806» a déployé une bravoure distinguée et de la fermeté de* caractère, première qualité d'un homme de guerre. »
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Ce jugement suffirait; mais il en est un autre, d-un ennemi acharné qui entre plus au vif encore [dans le moral de Davout et qui, à ce point de vue, mérite d'être cité : Durant la première Restauration, M. Angles, préfet de police, adressait chaque jour à Louis XVIII des rapports sur les bruits de Paris et de Tile d'Elbe. Ce qui Toccupait surtout, c'étaient les menées bonapartistes, il accusait le Maréchal d'y jouer un rôle et à ce propos il traçait de lui ce portrait : « Doué à un degré assez remarquable de cet esprit tracassier qui trouve des fautes partout et des torts à tout le monde, entêté dans ses opinions et opiniâtre dans ses entreprises, il a dû sa haute faveur près de Napoléon et même quelques succès militaires à ces deux traits saillants de son caractère. Il versait le sang et Targuent, en gros en détail, avec la même indifférence que son maître^ mais, par une singulière exception, ce même homme, qui eût couru au Mogol pour en ravir les trésors, si Bonaparte l'eût ordonné, n'en eût pas gardé un sou pour lui : il est irréprochable siu* l'article de l'argent. Cette rare incorruptibilité servait de sauvegarde aux vices de son caractère et, en le rendant plus redoutable, le rendait plus odieux. »
Ainsi, abstraction faite des injures, l'esprit de détail qui forme les armées, Topiniâtreté qui gagne les batailles,, et rincomiptibilité, voilà les qualités que ses pires ennemis lui reconnaissent. Ils ajoutent, il est M'ai, qu'il était tracassier, trouvait des faules partout et des lorts à tout le