ALFRED DE MUSSET
Des diverses façons de dépenser son argent ! Voilà le chapitre d'un livre que les hommes de lettres n'ont guère l'occasion de méditer.
Un seul cependant, quoique dans une condition relativement modeste, a su lutter une fois de faste et de fantaisie avec les financiers les plus opulents.
C'est Alfred de Musset.
L'aventure vaut la peine d'être racontée.
Vers 1849 ou 1850, si mes souvenirs me servent bien, une de ses dernières œuvres, Carmosine, fut publiée dans le feuilleton du Constitutionnel, dirigé alors par le docteur Véron. M. Véron est une des rares personnes qui, par la splendeur de leurs offres, aient pu vaincre la paresse, l'indifférence et la sombre douleur du poète.
Le prix des trois ou quatre feuilletons de Carmosine avait été fixé à trois mille francs. — Un prix décent, à la bonne heure !
Il m'est permis de préciserces détails, car j'écrivais moi-même à cette époque au Constilution7iel, où l'anecdote est longtemps demeurée à l'état de légende.
Alfred de Musset, quelques jours après la publication de ce proverbe emjjrunté à.Boccace, monta chez le docteur Véron, toucha les trois mille francs