‹ De A à ZChapitre 64 sur 95 · ALFRED DE MUSSET · texte numérisé non relu

ALFRED DE MUSSET

convenus, causa quelque temps et se retira ni moins froid, ni plus réservé qu'à l'ordinaire, — le regard vague, comme toujours, la démarche lente et mesurée, sa badine à la main.

Le soir du même jour, M. le docteur Véron se rendit, à son heure accoutumée, au restaurant des Frères Provençaux, dans le Palais-Royal.

Il remarqua un mouvement et un bruit extraordinaires.

L'escalier était encombré de caisses de fleurs ; le nombre des lustres et des lampes était doublé. On entendait par intervalles des murmures de robes de soie, des éclats de rire, des chants. Les garçons montaient, descendaient, couraient avec une animation étrange, et semblaient n'avoir plus la tête à eux.

Le docteur Véron s'arrrêta un moment et s'informa.

C'était Alfred de Musset qui s'amusait. Il avait jeté les trois mille francs de Carmosine dans une de ses dernières fêtes...

Musset avait eu jadis de meilleures joies.

Il avait été un enfant sage et un adolescent studieux. J'ai retrouvé dans les Autographes de M. François Grille une lettre curieuse et touchante de M"^ de Musset, la mère, écrite lors du prix d'honneur remporté par son fils.

Voici une partie de cette lettre :

« Je vous remercie beaucoup. Monsieur, de la part que vous avez prise aux succès de mon Alfred. Je confesse à votre amitié que mon cœur maternel est encore tout ému de joie et même d'orgueil...

J'ai vu dans une enceinte richement décorée, contenant trois ou quatre mille personnes, les quatre Facultés en grand costume, réunies à tous les corps enseignants, présidés par le grand maître de l'Université. La famille du duc d'Orléans occupait une tribune réservée; l'intérêt connu de ces princes pour Alfred ajoutait les douceurs de l'amitié aux prestiges de la grandeur.

» C'est là que j'ai entendu proclamer le nom de mon fils, que je l'ai vu descendre des gradins aux sons éclatants des fanfares et venir présenter sa jolie tête blonde pour recevoir la couronne qu'il avait conquise sur quatre-vingts rivaux, l'élite de la jeunesse française. Il recevait les caresses et les encouragements du chef de l'instruction publique ; la famille d'Orléans le félicitait du regard et de la main; et moi, sa mère, je fusse restée ignorée dans un coin, si mes douces larmes n'eussent appris à mes voisins que j'étais la mère de cet aimable enfant...

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