A LA MÉMOIRE DES EPOUX SEMPÉ
Au fond de la grand'rue qui conduit au Chorillo, se trouve à gauche, l'hôpital militaire où de braves sœurs , de nationalité différente, prodiguent leurs soins aux soldats. Au moment de notre arrivée , la violente épidémie de petite vérole et de fièvre jaune qui a emporté les époux Sempé, décime Panama.
Les hôpitaux regorgent de malades.
Nous faisons une visite à l'hôpital étranger qui est à côté de l'église San Francisco , une vieille église presqu'en ruines où on célèbre la messe cependant.
Au devant de l'hôpital , un jardin permet aux malades de se récréer au milieu des fleurs et de la verdure. Les fourmis ont envahi le jardin, elles pullulent du reste dans tous les jardins de Panama; les oiseaux mouches et les colibris aux couleurs chatoyantes et aux reflets métalliques , posés
sur des arbustes, ressemblent à des fleurs d'un éclat inconnu.
Pour garantir les fleurs, les plantes et les arbustes , on est obligé de mettre une vasque en zinc pleine d'eau à la naissance de la tige ; sans cette précaution, les arbustes même seraient dévorés en un clin d'œil.
La sœur Marie Rouleau, de Tordre de la Charité , une française dont le dévouement est sans bornes , est la supérieure de l'hôpital étranger. Elie est restée quelque temps au couvent de Montaudran , près Toulouse.
Une de ses jeunes compagnes , enfant de vingt ans , qui était venue avec elle a été frappée dès son arrivée, mais la sœur Marie Rouleau , défie fièvre , épidémie et climat sans sourciller. Elle se trouve très bien à Panama, dit-elle, où elle est heureuse en ce moment de pouvoir soulager tant de misères et d'infortunes.
Une croix ne serait pas mal placée sur cette poitrine.
Panama n'a rien d'intéressant à part peutêtre ses hôpitaux , ses vieux remparts désagrégés, par le ressac de la mer, le temps, et les tiges herbacées qui ont pris racine dans leurs fissures, et les ruines de nombreux couvents et de nombreuses églises.
En passant dans les rues , les pans des murs qui restent des maisons brûlées et des édifices ruinés font naître dans la pensée de l'étranger, une foule d'idées vagues et sombres , aussi , n'est-on pas fâché d'aller au théâtre, lorsqu'il y en a.
Il n'y a pas de théâtre à Panama en temps ordinaire , cependant au moment où nous nous y trouvons, une troupe de zarzuela (vaudeville) joue presque tous les soirs.
Elle s'est échouée là, devant aller à Guatemala et n'a pu quitter la ville.
Comme il n'y a pas de bâtiment pour le théâtre et que beaucoup d'églises et de couvents sont abandonnés , M. Damaso Cervera, le Président de l'Etat, a mis à sa disposition, l'église de « San Juan de Dios, » qui ne sert plus au culte.
Pour donner une idée du spectacle et de la manière ampoulée, du reste toute espagnole , dont les artistes annoncent leurs bénéfices, je copie le programme d'une soirée.