CE MAGNES
violente émotion (la nouvelle d’un décès, vive réprimande), a pu faire reparaître tout le cortège symptomatique : douleurs, vomissements, paralysie. On note assez souvent le fait que les jeunes sujets sont anémiques et chétifs.
Nous n'’insisterons pas sur ce fait que la plupart des auteurs ont cherché sans les trouver les symptômes des diverses affections qui causent des paralyÿsies passagères des muscles de l'œil (tabès, sclérose en plaques), et des intoxications diverses (saturnisme, diphthérie, etc.), qu'on aurait pu mettre en cause.
SYMPTOMATOLOGIE
Etudions maintenant la manière dont s'établit un accès : prenons le malade au moment où il entre à l’hôpital. Voici ce qu'il raconte en général : depuis plusieurs jours il souffre de douleurs violentes localisées dans une moitié du crâne; ces douleurs s'’accompagnent d’un malaise général considérable, il y a des vomissements, de la courbature ; puis au bout d’un temps variable, la paralysie s'établit et ne diffère pas en nature des paralysies ordinaires du moteur commun, lorsque toutes ses branches sont atteintes, c’est-à-dire qu’on a du ptosis, du strabisme externe, de la mydriase, de la paralysie, de l’accommodation, enfin au point de vue fonctionnel une diplopie croisée. C’est là le cortèze symptomatique fondamental et qu'on retrouve dans toutes les observations avec quelques variantes que nous devons indiquer.
La douleur est constante et caractéristique : néanmoins deux observateurs ne la mentionnent pas; un autre a constaté son absence. Elle est généralement très intense, nettement unilatérale ou tout au moins à maximum latéral, et elle siège du côté de l’œil qui est ou sera paralysé quelques jours plus tard. Elle affecte des irradiations inconstantes vers la nuque, la partie supérieure du cou. C’est la région supra-orbitaire qui est le lieu le plus habituel du summum de la douleur. Dans quelques
Darquier 3
lie
observations (Manz, Ormerod, Darchkewitch) les points d'émergence du trijumeau étaient douloureux. Dans la grande majorité des cas, ils ne l’étaient pas. Chez la malade de Parinaud-Marie on la voyait intense le matin, portée au maximum à midi et réduite à une simple pesanteur le soir. Dans le cas de Wtadsworth la douleur paraît à midi, cesse à 3 heures, revient vers cinq heures et continue pendant quatre heures.
Dans un accès, la douleur précède toujours la paralysie; souvent elle persiste après l’apparition de celle-ci, mais, chose remarquable, dans un grand nombre de faits la paralysie, en apparaissant, donne le signal de la disparition des phénomènes douloureux. Le malade de Darchskewitch avait des attaques de migraine sans aucun phénomène oculaire s’intercalant avec celles où on voyait paraître les phénomènes paralytiques.
La durée de la période douloureuse varie d'un malade à l’autre et même chez le même malade. Ce fait n’est d’ailleurs pas indiqué dans toutes les observations. La durée la plus faible est de 36 heures (Hinde). Le professeur Charcot a noté un mois et lrois semaines dans des accès successifs. Entre ces deux extrêmes se tiennent les autres cas, et le nôtre en particulier, dans lequel la durée était de quatre jours.
A côté de la douleur il convient de placer un symptôme dont la constance est presque aussi grande et qui a une importance considérable au point de vue de la recherche de la pathogénie, c’est le vomissement. Néanmoins dans quelques faits les vomissements ont fait défaut : c'est le
cas dans la deuxième observation de Manz, dans celle de
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Piluger, de Joachim et dans la nôtre. Nous verrons que ce signe a été invoqué en faveur de la relation à établir entre l'affection que nous décrivons et la migraine ; il est vrai que les partisans de substratum anatomique y ont vu également un argument en faveur d’une tumeur cérébrale.
Ces phénomènes douloureux, ces vomissements amènent un état de malaise considérable ; les malades sont abattus, refusent la nourriture et ont souvent un état général relativement grave. Dans deux cas exceptionnels (Joachim, Cantalamessa) la malade était sans connaissance et faisait entendre de temps en temps une plainte étouffée. |
Bientôt s'établit la paralysie ; très rapidement quelque fois : en une nuit, le malade s’est endormi avec ses yeux normaux ; en se réveillant il s'aperçoit qu’il ne peut plus en ouvrir qu’un; plus lentement ; en trois ou quatre jours, progressivement.
Elle siège toujours du côté où se sont localisées les douleurs.
Dans quatorze cas la paralysie a siégé à gauche, dans huit à droite ; chez trois malades : Pfluger, Cantalamessa et la nôtre, les deux yeux furent pris, soit simultanément comme chez la malade de Cantalamessa, soit dans des attaques sucessives, comme chez celle de Pfluger et la nôtre.
Le premier phénomène qui frappe le malade c’est le ptosis, et lorsqu'il se fait examiner on trouve une paralysie du moteur commun portant sur toutes ses branches : internes et externes : ce fait est d’une constance remar-
quable puisqu'il n’y a qu’une exception : c'est le cas de Parinaud-Marie dans lequel le releveur de la paupière était intact. On doit donc trouver du ptosis, du strabisme externe, de la mydriase, et au pointde vue fonctionnel des
troubles dans les mouvements d’adduction, d’abaissement, d’élévation, enfin une diplopie croisée. La paralysie est le plus souvent incomplète ; les mouvements ne sont pas totalement abolis; la motricilé de l’œil est considérablement diminuée ; mais les mouvements sont encore ébau- Chés.
Dans le cas de Gubler il y a un fait d'interprétation difficile c’est la contraction pupillaire au lieu de la dilatation qui aurait dû normalement exister (1).
Tels sont les trois symptômes les plus constants de l'affection ; à côté d’eux viennent se placer des signes moins fréquents, mais qu’on retrouve dans quelques observations: telles sont certaines altérations du fond de l'œil: papille mal limitée, vaisseaux dilatés (Saundbwv, Wtadsworth) fait exceptionnel, car dans la plupart des observations le fond de l’œil a été examiné et trouvé normal ; assez souvent l’acuité visuelle du côlé malade a été trouvée diminuée (Manz); dans deux observations (Thomsen, Cantalamessa) on retrouve un phénomène intéressant: le rétrécissement du champ visuel; le malade de Thommsen avait le champ visuel des deux côtés
1. Wernike a publié un cas de paralysie du moteur commun avec myosis; il altribue ce myosis à la propagation de la poliencéphalite vers le troisième ventricule : inflammation qui aurait excité le centre moteur du sphinctérien et aurait été suivi, si la mort n'était
survenue, de mydriase paralytique.
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rétréci; mais du côté malade, le côté droit, le rétrécissement était beaucoup plus considérable; mais le fait remarquable c'est que le rétrécissement paraissait avec la paralysie, était proportionnel à son intensité et disparaissait avec elle. La malade de Cantalamessa était hystérique, et l'observation ne mentionne pas si le rétrécissement que l'auteur a constaté pendant l'accès s’est accru à son apparition et a diminué ensuite.
Outre les phénomènes généraux déjà signalés: malaise, courbature, on a noté dans deux cas un léger mouvement fébrile, 38 le soir (Cantalamessa), il y avait de la fièvre, dit simplement Joachim. La malade de Wadsworth avait 39:
Signalons encore des faits exceptionnels, tels que ceux de Thommsen, de Joachim dans lesquels on voyait survenir pendant les accès des attaques épileptiformes, localisées principalement du côté malade et s’accompagnant de perte de connaissance. La malade avait d’ailleurs plusieurs frères épileptiques.
Dans le cas de Wadsworth il y eut du côté des oreilles toute une série des phénomènes pathologique$ dont l’auteur a tiré au point de vue pathogénique des conclusions très légitimes et sur lesquelles nous aurons à revenir. A chaque attaque violente et jusqu’à la fin de la période de migraine il y avait un écoulement de l'oreille droite tachant le coussin et demandant des lavages pendant plusieurs jours. Entre les accès les phénomènes du côté des oreilles disparaissaient.
Le spécialiste consullé constata la présence d’un polype
qui remplissait le conduit auditif externe.
ÉTAR ES
Une autre question se pose : que deviennent les autres parties du système nerveux, les autres nerfs crâniens, les. nerfs des membres ; du côté des membres on ne trouve que deux observations où on ait noté quelque phénomène, ce sont celles de Hinde dont la malade prétendit avoir eu dans une attaque antérieure une légère parésie du bras gauche, c’est-à-dire du mème côté que sa paralysie oculaire, et de l’hystérique de Cantalamessa qui eut une contracture des muscles postérieurs de la jambe après une paralysie oculaire bilatérale.
Du côté des nerfs crâniens la règle est qu’on ne trouve rien ; néanmoins il y a des exceptions, notre observation en fait partie; avec notre cas il faut ranger ceux de Pfluger, Cantalamessa, Furst, Saundby et Ormerod. La malade de Pfluger eut une paralysie passagère de son facial droit et de son facial gauche en deux attaques consécutives.
Pendant un accès intense de douleurs, Cantalamessa a vu apparaître une paralysie faciale droite avec une paralysie oculaire bilatérale. Saundby a noté une légère asymétrie dans le sillon noso-labial sans déviation de la langue.
Dans les deux cas le facial supérieur est intact. Enfin du côté de la sensibilité on voit de la paresthésie dans la moitié du front (Furst), des douleurs sur le trajet du nerf sus-orbitaire (Ormerod, Dark-kewitch). Dans notre cas la paralysie faciale était très nelle aussi et n’intéressait que le facial inférieur. Mais contrairement à ce qu’on a vu dans les autres observations elle a survécu à la paralysie oculaire, légèrement diminuée peut-être, mais encore appréciable. Nous n'avons rien trouvé du côté du trijumeau.