‹ De Châteaubriand à Ernest RenanChapitre 28 sur 32 · CHATEAUBRIAND A L*ARBAYE-AU-BOIS · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND A L*ARBAYE-AU-BOIS

taines règles, il ne faillit pas. Il enflamme derrière lui des émulations généreuses et des passions qui régénèrent ; il est pour beaucoup dans toutes les nobles pensées de ses contemporains et du jeune avenir. )>

Paroles admirables ! Par elles qui ne serait réconforté ? Elles nous disent qu'il faut fuir l'ironique et inutile scepticisme, croire à l'action, et lui consacrer généreusement et avec droiture les facultés, les énergies que la nature nous a données, et qu'a dévelopdées l'éducation. Lamartine l'a dit :

Hommes de peu de foi, les flots vous porteront!

Edgar Quinet, de son côté, a raconté les lectures des Mémoires, et là comme toujours son style et sa pensée ont de grandes allures. Son témoignage mérite aussi d'être rappelé. « Il n'est pas un homme, dit-il. de ceux qui ont assisté à ces lectures qui ne considère cette fête d'imagination comme un événement important dans sa vie... On se sentait frêle et mortel à côté d'un immortel écho, et cette impression n'était pas moins douce. Ces paroles qui vivront quand personne ne vivra plus de ceux qui les entendaient, vous atteignaient par mille chemins, et vous auriez voulu y attacher à chacune votre ^âme tout entière pour renaître et durer avec elles... Ces murs d'abbaye étaient faits pour recevoir cette confession du génie. On était là dans un Heu qui n'était ni le monde ni la retraite, comme les choses qu'on entendaient n'appartenaient ni à la vie ni à la mort. Les femmes cachaient leurs larmes ; les arbres soupiraient sous

le vent dans le jardin. De temps à autre, à travers les frémissements et les surprises des assistants, la grande figure de Chateaubriaad se détachait dans l'ombre sur son récit, et Thorloge du couvent qui sonnait l'heure, avait l'air de dire à chaque coup : C'est pour vous et non pour lui. »

Le récit laissé par M. Léonce de Lavergne, qui représentait la province, est écrit avec un enthousiasme que les hommes de notre temps ne connaissent plus. On sent là des sentiments généreux, une noble fierté, des aspirations élevées, un respect filial pour les hommes supérieurs, la foi dans l'idée, et aussi un don précieux et rare, la naïveté dans l'admiration. Ah ! quels accents trouve la sincérité pour raconter, pour captiver, pour émouvoir !

M. de Lavergne n'avait jamais vu Chateaubriand. Son cœur battait pendant l'attente. « Il parut enfin, dit-il, celui dont le nom avait réuni un tel auditoire, et toutes les têtes s'inclinèrent. A ce frémissement qui précède en nous les grandes émotions, je l'avais reconnu sur-le-champ sans l'avoir jamais vu. Ce n'était pas encore un vieillard, mais c'était mieux et plus qu'un homme dans la force de l'âge ; son front avait toute la dignité des cheveux gris, mais ses yeux vifs brillaient de jeunesse, et l'expression bienveillante de son sourire jetait une grâce inexprimable sur la grandeur de ses traits. Il portait à la main, comme un pèlerin ou un soldat, un paquet enveloppé dans un mouchoir de soie. Cette simplicité me parut merveilleuse dans un pareil sujet, car ce noble vieillard, c'était l'auteur des Martyrs^ du Génie du Christianisme, de René ! Ce paquet du

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