LE DEPART
Trois mois se sont écoulés. Le soleil d'août fait monter le thermomètre, qui marque trente-cinq degrés à l'ombre. Vainement, je me promène la nuit sur les bords de la Méditerranée pour respirer la brise marine. Il n^y a plus de brise, ni marine, ni terrestre. Il ne me reste qu'à boucler ma valise, et à prendre le premier paquebot en partance pour Marseille.
A moi cochers, facchini, bateliers ! Vite, en route ! A la mer ! Au port ! A bord de V Insulaire, qui lève
Tancre aujourd'hui au coucher du soleil ! J'ai hâte de revoir ma patrie, la France, là-bas ! Oh ! quelle joie de revenir !
Quand, à sept heures du soir, V Insulaire quitta le port de Palerme et prit la mer, je ne pus retenir une larme, en saluant cette ville antique, où j'avais cueilli quelques sensations heureuses, en faisant mes adieux aux amis dévoués dont j'avais été l'hôte, en apercevant pour la dernière fois la Flora, la Favorite, le théâtre, le mont Pellegrino.
On s'attache aux montagnes : on s'habitue à les regarder, on connaît leurs grottes et leurs sentiers ; ce sont des confidentes qu'on délaisse à regret.
Ma dernière pensée fut pour la Chapelle Palatine, cette merveille d'architecture dont la silhouette se détache sur une hauteur. Sous ces voûtes, j'avais ressenti la plus haute sensation que la pierre et le marbre m'aient donnée jusqu'ici. A mesure que le bateau s'éloignait et jusqu'au dernier rayon du jour, mes yeux contemplèrent ce chef-d'œuvre séculaire, et quand la nuit fut venue, je demeurai longtemps, sur le pont de VInsulaire, à me rappeler l'heure fortunée où j'avais franchi son seuil enchanté.
Le lendemain, aux aurores, nous étions à Naples.
Je n'ai fait qu'effleurer rapidement quelques impressions ressenties pendant mon séjour à Palerme. C'est une esquisse légère, ce sont des notes brèves qui mériteraient d'être complétées sur bien des points. Je n'ai rien dit des théâtres, de la presse, de l'Université, des fêtes paler mitaines. Il me faudrait écrire un volume, afin de raconter ce que j'ai vu et observé. Je me borne §, ces souvenirs.
D'ailleurs, on n'emporte point tout un parterre, on se contente d'y cueillir quelques fleurs, parfois même une seule qu'on pique à sa boutonnière pour aller au bal, puis qu'on met dans un livre, et qu'on regarde de loin en loin avec une indéfinissable mélancolie.