‹ De DieuChapitre 1 sur 11 · L IDEE DES DIEUX · texte numérisé non relu

L IDEE DES DIEUX

L'idée de dieux est Tidée que se font les hommes de l'organisation et du gouvernement du monde — et ridée aussi qu'ils se font d'euxmêmes, considérés comme aussi grands et aussi complets qu'ils désireraient l'être.

Les premiers hommes furent des êtres continuellement anxieux et effrayés. Ils ne constataient autour d'eux que des ennemis. Ennemis, les animaux plus armés qu'eux; ennemis, les puissances naturelles homicides et dévastatrices. lis virent assez vite que les animaux

étaient des êtres semblables à eux et seulement, pour la plupart, plus forts. Pour ce qui était des ouragans, des tempêtes, des tonnerres, des foudres, des tremblements de terre, des volcans, des incendies, des inondations, ils ne purent y voir que des manifestations d'êtres cachés, mystérieux, immensément forts, animaux ou hommes supérieurs.

Je dis : ils ne pouvaient y voir que cela, parce qu'il est naturel qu'à un animal tout paraisse force animale et la nature n'est pour le primitif qu'un miroir où il se voit, ou à peu près, pareil ou déformé ou rapetissé ou agrandi.

Je dis : animaux ou hommes supérieurs et l'on sait bien que les premiers dieux furent représentés sous formes d'animaux ou d'hommes, ou d'hommes ayant quelques organes d'animaux.

Ces premiers dieux, personnifiant Tair, le ciel, la mer, le fleuve ou le feu, étaient adorés avec ter-

reur. On leur faisait des sacrifices humains eu des sacrifices sanglants ; on ne cherchait qu'à les apaiser.

]]s étaient l'aristocratie du monde, à laquelle on cherchait à plaire ou ne pas déplaire.

Et ridée était juste; car les forces de la nature sont, en effet, l'aristocratie du monde sous laquelle la plèbe humaine fléchit longtemps, gémit longtemps jusqu'à ce qu'elle finisse par la garotter et par la déposséder en partie.

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